Réforme des retraites : Concertations, « temps long »… Edouard Philippe lance l’opération déminage

POLITIQUE Le Premier ministre tente de déminer le terrain de la réforme des retraites, affirmant la détermination de l'exécutif à boucler ce dossier explosif d'ici l'été prochain

T.L.G.

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Edouard Philippe écoute avec attention au Conseil économique social et environnemental (Cese)
Edouard Philippe écoute avec attention au Conseil économique social et environnemental (Cese) — Martin BUREAU / AFP
  • Edouard Philippe s'est exprimé au JT de TF1 et devant le Conseil économique, social et environnemental pour déminer le dossier des retraites.
  • Le Premier ministre souhaite boucler ce dossier délicat d'ici l'été prochain.
  • De multiples concertations ont été lancées mais l'opposition au projet a déjà prévu des manifestations.

Edouard Philippe en opération déminage. Le Premier ministre était de tous les fronts ce jeudi pour défendre la réforme des retraites. Après un discours devant le Conseil économique, social et environnemental (Cese) en fin de matinée, le chef du gouvernement a rappelé au 20h de TF1 la détermination de l'exécutif pour boucler ce dossier explosif. « Nous voulons réformer profondément le système de retraites pour le rendre plus juste, plus solide, et plus transparent ».

Mais à la veille d’une journée de grève monstre dans les transports parisiens, et alors que plusieurs manifestations sont déjà prévues, le gouvernement se montre prudent. Edouard Philippe a confirmé que le projet de loi, qui définira le nouveau système universel par points et les générations concernées, n’était pas pour tout de suite, mais voté au Parlement « d’ici la fin de la session parlementaire de l’été prochain », soit juillet 2020.

« Etre un peu moins vertical dans la manière de s’exprimer »

Car pour mieux déminer, l’exécutif veut « prendre du temps ». Et discuter, façon grand débat. Des « consultations citoyennes » seront lancées fin septembre « jusqu’à la fin de l’année », mais aussi des concertations avec les syndicats, dès la semaine prochaine jusqu’au début du mois de décembre, et des rencontres avec les représentants des catégories professionnelles concernées.

Une manière d’illustrer la « nouvelle méthode » censée caractériser l’acte II du quinquennat. « Dans la première partie du quinquennat, on sortait tout juste de la campagne, on bénéficiait en quelque sorte de l’onction du suffrage universel pour appliquer un programme très clair. Ce n’est pas la même chose aujourd’hui », résume l’entourage du Premier ministre. « Actons qu’on peut toujours progresser, et être sans doute un peu moins vertical dans la manière de s’exprimer ».

L’opposition y voit surtout une volonté de gagner du temps avant les municipales

« Temps long », « concertation »… L’opposition y voit surtout une manière de jouer la montre, d’autant que le haut-commissaire aux retraites a déjà pris soin de consulter syndicats et citoyens pendant 18 mois avant de remettre son rapport mi-juillet. « Jean-Paul Delevoye a établi une base, sur de grands principes. Il faut maintenant écrire un projet de loi, avec un niveau de précision plus engageant », évacue Matignon. La présidente de la région Ile-de-France Valérie Pécresse, avec d’autres, a souligné que cette « phase d’écoute » permet à l’exécutif de repousser ce dossier délicat pour l’après municipales.

D’autant que sur les détails les plus sensibles de la réforme (âge de départ, durée de cotisation) Edouard Philippe s’est montré évasif, confirmant simplement que « l’idée de travailler plus longtemps n’est plus taboue ». « Le gouvernement démine avec plusieurs mois de concertation car le dossier des retraites est celui qui va le plus marquer l’opinion », reconnaît François Patriat, sénateur LREM proche d’Emmanuel Macron. « Sur ce sujet, comme sur d’autres, la pédagogie est nécessaire car il y a un risque d’opposition. Et le gouvernement n’ignore pas que les “gilets jaunes” pourraient venir se greffer aux différentes mobilisations ».