Municipales 2020 : Pécresse et Larcher à la conquête des banlieues en Seine-Saint-Denis

REPORTAGE Après la déroute du scrutin européen, la droite mise sur les banlieues pour faire entendre son discours sur les « fractures territoriales », à six mois des élections municipales

Laure Cometti

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Gérard Larcher et Valérie Pécresse, deux ténors de la droite, au Blanc-Mesnil (Seine-Saint-Denis) le 12 septembre 2019.
Gérard Larcher et Valérie Pécresse, deux ténors de la droite, au Blanc-Mesnil (Seine-Saint-Denis) le 12 septembre 2019. — Jacques Witt/SIPA
  • Valérie Pécresse et Gérard Larcher ont passé leur jeudi après-midi et soir en Seine-Saint-Denis, département où la droite avait réalisé une percée lors des élections municipales de 2014.
  • Celle qui a quitté le parti Les Républicains et celui qui organise une série de déplacements en France pour le relancer se sont affichés ensemble.
  • La présidente de la région Ile-de-France a dénoncé les « fractures » entre villes et banlieues lors de tables rondes et attaqué le bilan d’Emmanuel Macron, à six mois des prochaines municipales.

Le gratin de la droite francilienne est rassemblé ce jeudi soir à Noisy-le-Grand en Seine-Saint-Denis. Le président du Sénat Gérard Larcher ( Les Républicains) et la présidente de la région Ile-de-France Valérie Pécresse y organisent une convention sur le thème des fractures entre les villes et les banlieues.

Le parti Les Républicains mise sur les quartiers populaires pour se relancer après sa déroute aux Européennes et les  divisions internes, d’autant que son score en mars prochain conditionnera sa capacité à conserver la majorité au Sénat.

Confirmer la vague bleue de 2014

L’après-midi, les deux ténors de la droite étaient au Blanc-Mesnil, bastion historique du parti communiste français que Thierry Meignen (divers droite) a conquis aux municipales de 2014. Ce soir, ils assistent à des tables rondes sur l’autorité et l’ascenseur social à Noisy-le-Grand, qui a basculé à droite il y a quatre ans. « C’est une terre de reconquête », lance avec emphase sa maire Brigitte Marsigny (LR) à la tribune. La droite compte bien confirmer sa percée historique en Seine-Saint-Denis aux prochaines municipales. « Nos maires ont de bons bilans », estime, optimiste, Robin Reda, député LR proche de Valérie Pécresse.

La Seine-Saint-Denis offre à la droite le terrain idéal pour aborder les fractures territoriales. « J’aurais pu rester tranquille au Sénat », blague Gérard Larcher, qui égrène les étapes de ses conventions aux quatre coins de la France et prône « une nouvelle décentralisation ».

Un angle d’attaque contre Macron

LR a choisi les banlieues comme angle d’attaque contre Emmanuel Macron. « Les quartiers populaires sont un angle mort de la politique du gouvernement », dénonce Valérie Pécresse dans un discours improvisé. Comme de nombreux élus de droite, Valérie Pécresse n’a pas digéré que le rapport sur les banlieues de « [leur] ami » Jean-Louis Borloo soit enterré par le président en mai 2018.

« C’est une faute de l’avoir abandonné, la droite doit reprendre le flambeau de la banlieue », assure la fondatrice de Libres !. Or « la droite n’a plus de discours social Gérard », lance au sénateur celle qui a quitté LR en juin après avoir régulièrement  critiqué l’accent mis par l’ancien président du parti Laurent Wauquiez sur les sujets régaliens et identitaires.

Malgré cette teinte sociale, le discours de LR sur les banlieues n’est pas exempt de thèmes régaliens. « Ce gouvernement n’a pas d’ambition sur la déghettoïsation d’un certain nombre de villes », enfonce Robin Reda qui dénonce « un manque d’autorité » et un laxisme à l’égard des « trafics d’armes, de la prostitution, du séparatisme religieux et de l’immigration illégale ».

Une stratégie « opportuniste » ?

La majorité raille les plans de LR. « Je ne vois absolument pas de percée de la droite dans les quartiers politiques de la ville », relativise Pierre-Alain Raphan, député LREM de Grigny, qui taxe la tribune publiée lundi par Valérie Pécresse d'« opportuniste ». « Ils font feu de tout bois car ils sont à la recherche d’un électorat perdu », balaie Saïd Ahamada, député LREM de Marseille.

Mais les marcheurs reconnaissent à demi-mot que les quartiers prioritaires sont loin d’être acquis à LREM. « On n’a pas emmené les Français de ces territoires avec nous. Il faut qu’on soit plus audible sur ce qu’on fait, notre plan pauvreté, les mesures pour l’éducation, la formation professionnelle », égrène Saïd Ahamada.