RIP : Comment l’opposition espère relancer la mobilisation contre la privatisation d’ADP

POLITIQUE Le Conseil constitutionnel a enregistré à la date de mercredi 761.000 soutiens au référendum d’initiative partagée (RIP) sur la privatisation d’Aéroports de Paris, ce qui confirme un tassement de la mobilisation depuis l’été

Thibaut Le Gal

— 

Des "gilets jaunes" protestent contre la privatisation d'Aeroports de Paris (ADP) devant l'Assemblée nationale, le 13 mars 2019.
Des "gilets jaunes" protestent contre la privatisation d'Aeroports de Paris (ADP) devant l'Assemblée nationale, le 13 mars 2019. — Philippe LOPEZ / AFP
  • Depuis le 13 juin, les électeurs peuvent apporter leur soutien à la proposition de loi réclamant la tenue d’un référendum d’initiative partagée (RIP) sur la privatisation d’ADP.
  • Le Conseil constitutionnel a indiqué ce mercredi avoir recueilli 761.000 soutiens à ce jour, confirmant un tassement de la mobilisation.
  • Les opposants au projet espèrent atteindre le seuil symbolique du million de signatures d’ici fin septembre.

L’été n’a pas profité à la lutte contre ADP. Depuis le 13 juin, les électeurs inscrits sur les listes électorales peuvent apporter leur soutien à la proposition de loi réclamant la tenue d’un référendum d’initiative partagée (RIP) sur la privatisation du groupe aéroportuaire. Les citoyens ont jusqu’au 12 mars pour déposer leur signature sur la plateforme consacrée. Le Conseil constitutionnel a indiqué ce mercredi avoir recueilli 761.000 soutiens à ce jour (soit 48.000 de plus par rapport au dernier pointage, le 29 août).

Or pour atteindre les 4.7 millions de signatures, la pétition doit être en moyenne soutenue chaque jour par 17.000 personnes. Pour tenir le rythme, le chiffre aurait dû se situer davantage autour des 1.5 million de personnes ce mercredi, comme l’illustre le graphique ci-dessous.

Des mobilisations communes pour relancer le mouvement

Après un début en fanfare, le tassement de la mobilisation se confirme. « C’est logique, pendant les vacances, les Français ne pensent pas forcément à ADP. Mais on n’est pas si loin du million, malgré toutes les difficultés. On va relancer la mobilisation dès cette rentrée », espère la présidente du groupe PS à l’Assemblée Valérie Rabault.

La socialiste compte sur la mobilisation de terrain et sur l’organisation d’un meeting à Toulouse le 26 septembre avec la députée insoumise Clémentine Autain, la sénatrice écolo Esther Benbassa, l’élue communiste Elsa Faucillon et le député LR Aurélien Pradié. Sur le même principe, le député LFI Eric Coquerel a également proposé mardi l’organisation d’un grand rassemblement à Paris, en octobre ou novembre, pour « réunir tous les opposants au nom de l’intérêt général contre la privatisation », citant en exemple les mobilisations transpartisanes organisées contre le référendum européen de 2005.

« C’est la règle depuis le début : chacun mène sa campagne de son côté et de temps en temps, on organise des meetings communs », confirme Valérie Rabault. « Ce dont on se rend compte, c’est que les Français ne sont pas au courant. Il faut faire comprendre qu’il ne s’agit pas d’une simple pétition en ligne mais d’un droit constitutionnel pour déclencher directement un référendum. Or le gouvernement n’a pas envie de faire de la publicité dessus, alors qu'ils ont dépensé 12 millions d’euros sur un grand débat qui n’a aucune légitimité constitutionnelle ».

L’opposition accuse le gouvernement de passer sous silence le RIP

Les opposants au projet accusent l’exécutif de ne pas communiquer sur le RIP. « Le gouvernement ne fait rien pour transmettre de manière honnête l’information aux citoyens », abonde Aurélien Pradié. « C’est un problème, d’autant que les Français ont aussi perdu l’habitude d’être entendus ». Un constat confirmé, non sans malice, par un cadre de la majorité LREM à l’Assemblée. « L’Etat a mis les outils en ligne pour signer. De là à faire de la communication spécifique dessus… Il ne faut pas trop nous en demander non plus. S’il y a une réelle volonté populaire de faire un référendum, on votera. Mais pour le moment, personne ne m’en parle dans la rue ».

Les initiateurs de la pétition visent le million de signatures fin septembre grâce à une intensification de la mobilisation, notamment à l’occasion de la Fête de l’Humanité ces 14 et 15 septembre. « Ce sera un moment fort de la mobilisation, avec des débats et des endroits permettant aux gens de signer », confirme le député communiste Pierre Dharréville. « De nombreuses personnes se plaignent encore de bugs sur le site. Depuis le temps, le gouvernement aurait pu lancer une deuxième version, plus ergonomique, mais ils sont dans une logique d’obstruction, c’est scandaleux ».

L’élu PCF poursuit : « On peut avoir des surprises, les dynamiques sont parfois cycliques. Certains seuils symboliques peuvent relancer la mobilisation. Si on atteint le million, par exemple, ça posera un problème politique au gouvernement, qui sera obligé de s’exprimer ». Une référence au projet de loi constitutionnelle présentée fin août par le gouvernement, qui prévoit que le seuil du RIP soit abaissé, à terme, à 1 million d’électeurs.