Municipales 2020 : LREM fait sa première université d’été sur fond de tensions

PARTI Les élections municipales vont agiter les débats de la première université d’été organisée par La République en marche

Laure Cometti

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Stanislas Guerini, délégué général de La République en marche, pilote la première université d'été du parti, les 7 et 8 septembre 2019 à Bordeaux.
Stanislas Guerini, délégué général de La République en marche, pilote la première université d'été du parti, les 7 et 8 septembre 2019 à Bordeaux. — Emma Prosdocimi/SIPA
  • La République en marche organise sa première université d’été les 7 et 8 septembre à Bordeaux, où elle attend environ 3.000 personnes.
  • Les élections municipales seront au cœur de ce rassemblement que les marcheurs veulent centrer sur les territoires.
  • L’échéance suscite des tensions au sein des marcheurs mais aussi avec leurs alliés centristes.

La République en marche adopte un rituel politique traditionnel en organisant sa première université d’été ce samedi et dimanche à  Bordeaux. L’événement, baptisé « Campus des territoires », doit rassembler 3.000 personnes, dont la quasi-totalité du gouvernement et des parlementaires LREM, ainsi que des militants du mouvement créé il y a trois ans par Emmanuel Macron. A six mois des élections municipales, ce grand raout ne s’annonce toutefois pas de tout repos.

Numéro d’équilibriste pour Edouard Philippe

A trois jours de l’université de rentrée, l’annonce de la candidature de Cédric Villani à Paris, face à Benjamin Griveaux investi par LREM, a gâché un peu la fête. Officiellement soutenu par quelques députés LREM, le mathématicien n’a pas été exclu du parti qui menace pourtant les futurs dissidents de sanctions.

Bordeaux, théâtre de ce rassemblement de marcheurs, est un point de tension de la campagne municipale. Dans le fief d’Alain Juppé, LREM a investi son candidat, Thomas Cazenave, face à celui du parti Les Républicains Nicolas Florian, juppéiste soutenu par le MoDem. De quoi placer le Premier ministre Edouard Philippe, juppéiste également, face à un exercice d’équilibriste pour son discours de clôture du campus prévu dimanche.

De « l’animosité » dans la course aux investitures

Dans plusieurs villes, les investitures et soutiens distribués au compte-gouttes par le parti font grincer des dents les référents locaux LREM (à Besançon par exemple). « Dans les comités locaux, beaucoup de gens se jugent légitimes à l’investiture », observe le député du Rhône Bruno Bonnell, pour qui le parti « doit fixer des règles » pour éviter « l’égotisme politique traditionnel ».

Sa collègue la députée de la Manche Sonia Krimi déplore déjà les tensions : « Il y a beaucoup d’animosité, les grandes villes, ça fait perdre la tête à certains ». Elle n’assistera pas au campus, préférant se rendre au Forum des associations de sa ville, Cherbourg. Comme elle, d’autres référents et élus LREM privilégient ce week-end des événements locaux au grand raout du parti, signe que les municipales sont la priorité, plutôt que la vie du mouvement.

Dans d’autres communes la course à l’étiquette LREM suscite des tensions avec les alliés centristes du MoDem et de l’UDI, comme à Metz ou Annecy. Le patron du MoDem François Bayrou s’est d’ailleurs fait désirer, en attendant ce vendredi pour confirmer sa présence au campus.

Un « rappel des fondamentaux » pour se rassembler ?

L’université de rentrée de LREM permettra-t-elle d’apaiser ces tensions ? La conférence d’ouverture prévoit en tout cas de rentrer dans le vif du sujet en évoquant autour de la Fondation Jean-Jaurès (marquée à gauche) les « lignes de fractures » du scrutin. L’après-midi, un débat intitulé « Qu’attendez-vous des futurs maires En marche ? » sera animé par le député Didier Baichère, soutien de la candidature dissidente de Cédric Villani à Paris.

Pour se rassembler, rien de tel qu’un « rappel des fondamentaux », selon Bruno Bonnell. « Nos méthodes peuvent changer, mais le cap reste le même, c’est le programme d’Emmanuel Macron et le progressisme ». Des ateliers et débats sont ainsi prévus sur la démocratie participative. Le mouvement doit aussi accoucher d’une nouvelle réforme de ses statuts, un sujet qui divise les tenants d’un mouvement horizontal et ceux qui veulent organiser davantage le parti avec plus de règles. « C’est normal, on est encore un parti adolescent et magmatique », relativise l’élu de Villeurbanne.

Le campus sera aussi l’occasion pour les marcheurs de se retrouver avant une rentrée chargée, avec notamment la délicate réforme des retraites ou le projet de loi bioéthique. « Il y a un côté pow wow des Indiens d’Amérique, on va se remettre ensemble pour se redonner de l’énergie mutuellement, conforter les gens agressés ou traumatisés », souligne Bruno Bonnell, après que de nombreuses permanences parlementaires LREM ont été dégradées au cours des derniers mois.