Réforme des retraites : Jean-Paul Delevoye, un « macroniste avant l’heure » habitué des négociations

PORTRAIT Jean-Paul Delevoye, le Haut-Commissaire à la réforme des retraites,  a été nommé ministre, ce mardi, après un « réaménagement » du gouvernement

Thibaut Le Gal

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Jean-Paul Delevoye
Jean-Paul Delevoye — : Jacques WITT/SIPA
  • Jean-Paul Delevoye a fait son entrée au gouvernement en tant que Haut-Commissaire aux retraites.
  • L’ancien chiraquien va devoir mener à bien ce projet très contesté par les syndicats.
  • L’homme de 72 ans a déjà piloté la réforme des retraites de fonctionnaires sous Jacques Chirac en 2003.

Il est le « monsieur retraites » d'Emmanuel Macron. Jean-Paul Delevoye a fait son entrée au gouvernement, ce mardi, en tant que Haut-Commissaire aux retraites. L’ex-médiateur de la République va devoir mener à bien ce dossier délicat, alors qu’Edouard Philippe lance en fin de semaine une nouvelle phase de concertation en recevant syndicats et patronat. 20 Minutes revient sur le parcours de ce « macroniste avant l’heure », habitué des négociations.

Un vieux routard de la politique

A 72 ans, Jean-Paul Delevoye n’incarne pas vraiment le nouveau monde. Ce « gaulliste social » revendiqué s’appuie sur une longue expérience politique. Maire de Bapaume (Pas-de-Calais) en 1982, sa ville natale, il est également député, sénateur et ministre chiraquien de la Fonction publique (2002-2004). L’ancien négociant en aliments pour bétail a aussi présidé l’Association des maires de France (AMF) pendant dix ans et le Conseil économique, social et environnemental (CESE) de 2010 à 2015, dont il est évincé après avoir échoué à le réformer.

Comme Emmanuel Macron, l’homme a fait ses classes à la Providence, un lycée jésuite d’Amiens. Comme le président, il a souvent cultivé l’image d’un homme au-dessus du clivage gauche-droite. En 2013, quittant son mandat local, il soutient le candidat PS plutôt que celui investi par son parti, entraînant son exclusion de l'UMP. « Il était macroniste avant l’heure, en ce sens qu’à l’époque, il jugeait les individus sur leur intelligence et leurs capacités plutôt que sur leur appartenance politique », salue le sénateur LREM François Patriat, proche du chef de l’Etat.

Une mission réussie à la tête de la CNI

Après la défaite d’Alain Juppé à la primaire de droite, Jean-Paul Delevoye se tourne logiquement vers le macronisme. « Dès la fin de 2016, il a rejoint Emmanuel Macron. Depuis, il a la confiance du président, son écoute. D’autant qu’il a bien réussi son passage à la Commission nationale d’investiture lors des législatives », poursuit Patriat. A la tête de la stratégique CNI, chargée de sélectionner les candidats LREM, Jean-Paul Delevoye offre une large majorité parlementaire au chef de l’Etat. « Il avait l’expérience de plusieurs mandats, une connaissance des territoires en profondeur. C’est la raison pour laquelle Macron lui a confié cette mission », précisé l’ancien député PS Jean Launay, qui l'a cotôyé à la CNI et à l’AMF.

Fin 2017, le président lui offre le difficile chantier des retraites. « Le président a accepté que l’on prenne le temps », se félicite l’intéressé. Avec son équipe, le haut-commissaire consulte à tout va pendant 18 mois. « C’est quelqu’un de droit, qui a des idées affirmées et qui sait les développer. Il a mis de la méthode dans le dossier des retraites : son savoir-faire et beaucoup d’écoute, même si des ajustements restent à faire », poursuit Jean Launay.

L’expérience de la réforme des retraites de fonctionnaires en 2003

Jean-Paul Delevoye connaît son sujet : en 2003, il pilote avec François Fillon la réforme de retraites des fonctionnaires. « Sur le marché en ce moment, il est le mieux placé pour faire le job. A l’époque, on se heurtait à une opposition très dure, mais Delevoye s’en sortait souvent grâce à de longues tirades, où chacun comprenait ce qu’il avait envie d’entendre », s’amuse un de ses anciens collègues au gouvernement, qui poursuit : « C’est un pragmatique, pas un idéologue. Un gars très créatif, mais qui peut se prendre les pieds dans le tapis à force de vouloir résoudre seul tous les problèmes ».

Sa recette a reçu un accueil mitigé de la part des corps intermédiaires, selon l’AFP. Pour Frédéric Sève, de la CFDT, la méthode Delevoye a surtout permis de « montrer qu’un chantier que l’on disait hallucinant, infaisable, était possible ». « Sa méthode, c’est de ne pas parler des sujets qui fâchent », a jugé de son côté Philippe Pihet (FO), qui a boycotté la dernière séance de concertation. Surtout, l’instauration d’une décote avant 64 ans, présentée dans son rapport à la mi-juillet, a été unanimement rejetée par les syndicats. CGT et FO en faisant même le principal mot d’ordre de leurs manifestations prévues fin septembre.

« Il va devoir négocier pour faire la synthèse entre ses propositions générales et la mise en œuvre concrète pour telles ou telles catégories professionnelles, trouver des points d’accord, affirme François Patriat. Mais c’est un médiateur né, qui a l’écoute des syndicats et des parlementaires. Il a l’autorité pour faire entendre sa voix ». Nommé ministre, Jean-Paul Delevoye pourra la tester dès jeudi lors d’une nouvelle phase de concertation avec les corps intermédiaires à Matignon.