Soupçons de financement libyen: Brice Hortefeux échappe à une mise en examen

ENQUETE Les juges ont estimé « qu'il y avait suffisamment d'indices » pour procéder à la mise en examen du député européen LR

20 Minutes avec AFP

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Brice Hortefeux, en mai dernier à Paris.
Brice Hortefeux, en mai dernier à Paris. — ACau/SIPA

L’ex-ministre Brice Hortefeux, convoqué jeudi par les juges d’instruction chargés de l’enquête sur les accusations de financement par l’ex-régime libyen de Kadhafi de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2007, n’a pas été mis en examen, a annoncé son avocat.

Désormais député européen LR, Brice Hortefeux avait été convoqué par les juges d’instruction le 9 juillet mais son interrogatoire avait été suspendu et il a repris jeudi matin. A l’issue, il a été placé sous le statut intermédiaire de témoin assisté. « Les juges n’ont pas considéré qu’il y avait suffisamment d’indices pour le mettre en examen », a affirmé Me Jean-Yves Dupeux, ajoutant que son client était « très soulagé ».

Me Dupeux a précisé que l’homme politique n’avait pas répondu aux questions des juges mais qu’il avait fait deux longues déclarations pour s’expliquer sur le fond du dossier. Il a récemment déposé une requête aux fins de saisine de la Cour de Justice de la République (CJR), seule habilitée à juger des délits commis par des membres du gouvernement dans l’exercice de leurs fonctions, car il considère que ce dossier ne relève pas de la compétence des juges d’instruction.

Des accusations à vérifier

Depuis 2013, ces juges mènent de vastes investigations pour vérifier les accusations de financement libyen, formulées par l’homme d’affaires franco-libanais Ziad Takieddine et d’anciens dignitaires du régime de Mouammar Kadhafi, qui n’ont cependant pas été matériellement étayées jusqu’ici.

L’ancien ministre et secrétaire général de l’Elysée Claude Guéant et Nicolas Sarkozy ont été mis en examen, notamment pour « corruption passive » et « recel de détournements de fonds publics » dans cette procédure, qui fait l’objet de recours devant la cour d’appel.

Transferts de fonds

Les soupçons visant Brice Hortefeux reposent sur les accusations de Ziad Takieddine et d’Abdallah Senoussi, beau-frère de Mouammar Kadhafi et ancien chef des renseignements militaires libyens. Brice Hortefeux avait été interrogé le 20 mars 2018 par les policiers de l’office anticorruption à Nanterre.

Abdallah Senoussi avait déclaré avoir « personnellement supervisé » des transferts de fonds destinés à la campagne du candidat de l’UMP (devenu LR). Il affirme qu’en décembre 2005 Brice Hortefeux, alors ministre aux Collectivités territoriales, lui a remis « une feuille (avec) un nom de banque et un numéro de compte » sur lequel les fonds devaient être versés. Devant les policiers, Brice Hortefeux avait confirmé s’être rendu chez M. Senoussi en marge d’un voyage officiel, mais assure ne lui avoir remis « aucune référence de compte ».

Ziad Takieddine, qui a affirmé avoir convoyé entre novembre 2006 et début 2007 « un total de cinq millions d’euros » dans des valises lors de trois voyages entre Tripoli et Paris, a été mis en examen pour « complicité de corruption et de trafic d’influence actifs et passifs ».