Mort de Steve: Christophe Castaner, un ministre de l'Intérieur (encore) dans la tourmente

POLITIQUE Après la mort de Steve Maia Caniço, l’opposition cible le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner.

Thibaut Le Gal

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Christophe Castaner avec le Premier ministre.
Christophe Castaner avec le Premier ministre. — NICOLAS MESSYASZ/SIPA
  • La découverte du corps sans vie de Steve Maia Caniço, lundi dans la Loire, a amplifié la polémique.
  • L’opposition pointe la responsabilité de Christophe Castaner.
  • Depuis sa prise de fonction, le ministre de l’Intérieur est régulièrement sous le feu des critiques.

Un an après l'affaire Benalla, l’exécutif va-t-il connaître un nouvel été mouvementé ? La découverte du corps sans vie de Steve Maia Caniço, lundi dans la Loire, a amplifié la polémique. Edouard Philippe a très vite tenu à affirmer que le rapport de l’IGPN n’établissait « pas de lien » entre l’intervention des forces de l’ordre et la disparition du jeune homme à Nantes le 21 juin. Mais ces réponses ont été jugées insatisfaisantes pour l’opposition, qui tente depuis plusieurs jours d’acculer le ministre de l'Intérieur.

« Monsieur Castaner est un ministre faible, un homme faible face notamment aux méthodes de la police », a taclé mardi le député de La France insoumise Alexis Corbière sur France info. Cette affaire « met dans la lumière [sa] nullité », a également fustigé Sébastien Chenu sur BFMTV, qui a demandé sa démission. Il « a été marginalisé par le Premier ministre, réduit au rôle de marionnette », a ajouté le député Rassemblement national.

Soutien d’Edouard Philippe ou reprise en main du dossier ?

Depuis le début de semaine, Christophe Castaner est apparu en retrait. Mardi, c’est Edouard Philippe en personne qui, sur le perron de Matignon, a présenté le rapport de la « police des polices ». A ses côtés, Christophe Castaner, visage fermé, n’a pas dit un mot. Le lendemain, lors d’un déplacement dans l’Essonne, le locataire de Beauvau n’a guère été plus loquace devant les caméras.

C’est encore le Premier ministre qui a principalement répondu aux sollicitations. « Le ministre de l’Intérieur n’est pas fragilisé. Il a, par définition, le soutien du Premier ministre », a même dû se justifier le chef du gouvernement devant l’intéressé. Chacun y a vu ce qu’il voulait y voir : pour l’opposition, la relégation au second plan d’un ministre dans la tourmente ; et pour la majorité un soutien indéfectible de Matignon.

« La prise de parole du Premier ministre est légitime et nécessaire. Il était important de montrer la solidarité de l’Etat dans une affaire aussi importante. LFI et le RN sont dans leur rengaine habituelle pour faire polémique et exister au milieu de l’été », balaie le député LREM Didier Baichère. « Je pense que Christophe Castaner est assez grand pour se protéger lui-même. Après, que le Premier ministre remette un peu d’ordre, pourquoi pas ? C’est aussi son rôle en tant que chef du gouvernement si un de ses ministres connaît un moment de difficulté », ajoute sa collègue Sonia Krimi.

Un ministre souvent critiqué

Ce n’est pourtant pas la première fois que Christophe Castaner est sous pression. Le ministre a été sous le feu des critiques peu de temps après sa nomination en octobre, pour sa gestion des manifestations des « gilets jaunes », qui ont fait de nombreux blessés. Mais aussi pour ses sorties parfois hâtives, comme sur l'affaire de l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière, début mai. Raillé pour sa virée en boîte de nuit relayée par la presse people, « Casta » aurait d’ailleurs essuyé « la soufflante du siècle » de la part d’Emmanuel Macron en mars dernier.

Mercredi, « le premier flic de France » a reçu une nouvelle salve de critiques après avoir qualifié d’«attentat» les dégradations commises sur la permanence du député LREM Romain Grau. « Je connais peu de ministres de l’Intérieur qui n’aient été critiqués. C’est un poste très exposé. Dès qu’une situation devient tendue, on se retrouve sous le feu des critiques », défend Didier Baichère. « Depuis sa prise de fonction, il n’a pas eu un moment de répit, tout ça est éprouvant », abonde la députée Sonia Krimi. « Je ne dis pas qu’il n’a jamais fait de fautes ou d’erreurs. Lui-même l’a reconnu. Mais il les a toujours surmontées, avec beaucoup de sang-froid. Il sait prendre les coups », ajoute François Patriat, patron des sénateurs macronistes.

Par le passé, et dans des contextes bien différents, les décès de deux jeunes, Malik Oussekine en 1986, et Rémi Fraisse en 2014, avaient marqué l’opinion. Le nom de Steve Maia Caniço pourrait-il marquer le quinquennat Macron ? « Aujourd’hui, il n’est absolument pas prouvé qu’il y ait un lien entre l’intervention de la police et la mort du jeune homme. Je pense que l’opinion publique a beaucoup de recul sur affaire Steve. Je ne pense pas que ce sera une affaire Oussekine bis », répond François Patriat.

Sonia Krimi temporise : « L’opposition a le droit de demander des comptes, mais je n’aime pas la chasse à l’homme. Une fois que les différentes enquêtes sur la mort de Steve seront connues, on saura ce qu’il s’est passé et chacun prendra alors ses responsabilités ».