Permanences LREM dégradées: Les violences visant les députés, une pratique nouvelle?

POLITIQUE Des parlementaires de la majorité ont subi une nouvelle série de dégradations de leurs locaux après le vote du Ceta, le traité de libre-échange avec le Canada

T.L.G.

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La permanence du député LREM  Damien Pichereau au Mans saccagée en février dernier.
La permanence du député LREM Damien Pichereau au Mans saccagée en février dernier. — GILE Michel/SIPA/SIPA
  • Une dizaine de permanences de députés de la majorité a été dégradée après le vote sur le Ceta, le 23 juillet dernier.
  • En février dernier, Laurent Nuñez avait recensé plus de 80 « dégradations » et « exactions » visant des permanences ou des domiciles d’élus LREM.
  • Cette manifestation de violence contre des parlementaires est-elle une nouveauté ?

« Nous sommes en train de nous habituer à l’intolérable ». Vingt députés de la majorité dénoncent un regain de violence dans une tribune publiée mardi sur le site de franceinfo, après une nouvelle série de dégradations. « En lieu et place on voit nos permanences murées, cassées, les députés dénoncés sur tel ou tel réseau social parce qu’ils auraient mal voté, certains ont eu leur domicile visité et même incendié », s’indignent les parlementaires.

Lundi soir, un local à Foix a été tagué avec des « messages antitout, anti-police, antisystème, anti-LREM » selon le référent départemental du mouvement. Cet incident s’ajoute à d'autres attaques contre des permanences, parfois emmurées ou taguées après la ratification du Ceta, voire saccagées, comme à Perpignan, par des personnes vêtues de noir en marge d’une manifestation de « gilets jaunes ». Au total, une dizaine de locaux a été prise pour cible ces derniers jours, selon un décompte de l’AFP.

Un contexte de violence depuis le début des « gilets jaunes »

En février dernier, déjà, le secrétaire d’État à l’Intérieur Laurent Nuñez avait recensé plus de 80 « dégradations » et « exactions » visant des permanences ou des domiciles depuis le début du mouvement des « gilets jaunes ».

« Nous vivons une période caractérisée par un très haut niveau de conflictualité et de violence. La profonde crise démocratique et sociale que nous venons de traverser nous a donné l’occasion de voir pendant des semaines beaucoup d’images de violences exercées de tous les côtés », rappelle Bruno Cautrès, chercheur au CNRS et au Cevipof.

« Des gens ont été blessés, mutilés, des vies ont été perdues. Des forces de l’ordre ont été également touchées. Tout ceci a laissé des traces, le climat général n’est pas très bon », poursuit le politologue. Cette vague de violences contre des parlementaires est-elle pour autant inédite ?

« La multiplication de ces attaques est une nouveauté dans le cadre de la Ve République »

« Ce n’est pas un phénomène nouveau dans la mesure où il existe une tradition française dans le domaine du déversement d’ordures, de fruits et légumes ou même de purin devant les préfectures, les permanences politiques ou d’autres bâtiments publics », note Bruno Cautrès. « En revanche, s’en prendre physiquement à des élus ou à leur permanence lorsqu'ils sont à l'intérieur me semble plus inédit ». En 2016, en plein mouvement social contre la loi El Khomri, des dizaines de permanences socialistes avaient été également visées. En Isère, un local PS avait même été visé par des tirs d'arme à feu.

« La multiplication de ces attaques est une nouveauté dans le cadre de la Ve République. On a connu auparavant des violences contre des politiques, mais de manière plus isolée, pas dans le cadre de mouvements sociaux comme aujourd’hui », avance Christophe Bellon, maître de conférences en histoire contemporaine à l’Université catholique de Lille et chargé d’enseignement à Sciences Po Paris.

« Ce phénomène ressemble à ce que l’on a connu sous la IIIe République, avec les crises viticoles de 1907 notamment, et surtout dans les années 1930, lors des mouvements agraires, où les manifestants venaient devant les Chambres pour intimider les parlementaires », poursuit-il.

Le spécialiste de l’histoire parlementaire y voit surtout une nouvelle forme de défiance politique : « On a glissé d’un antiparlementarisme global, contre la classe politique, à une défiance plus personnalisée, où les attaques se concentrent contre une personne précise, un député que l’on a auparavant identifié ».