«Echanges de fond», «pas le prix Nobel de la peur», «coup de com»... Comment Greta Thunberg a-t-elle été accueillie par les députés à l’Assemblée?

REPORTAGE Greta Thunberg, égérie de la lutte climatique, était invitée dans une salle de l’Assemblée nationale ce mardi

Thibaut Le Gal

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Greta Thunberg avec Matthieu Orphelin (à gauche) et Richard Ferrand (à droite)
Greta Thunberg avec Matthieu Orphelin (à gauche) et Richard Ferrand (à droite) — Rafael Yaghobzadeh/AP/SIPA
  • Greta Thunberg, l’égérie suédoise de la lutte contre le réchauffement, était invitée à parler du climat à l’Assemblée et a appelé les politiques à prendre leur responsabilité.
  • Une rencontre qui a permis « un dialogue inédit » selon Matthieu Orphelin, instigateur de cette visite.
  • Mais pour d’autres députés, il s’agissait plutôt d’un « coup de com » monté le jour où les parlementaires ont ratifié l’accord du Ceta.

Coup de chaleur ce mardi à l'Assemblée nationale. Au-delà des 38 °C à Paris, c’est la venue de Greta Thunberg, égérie de la lutte contre le réchauffement climatique, qui fait monter la température. L'invitation de la médiatique militante à une réunion sur le climat a en effet été vivement critiquée par certains élus LR ou RN, la qualifiant de «prophétesse en culottes courtes» ou de «gourou apocalyptique», et préférant décliner l’invitation.

« Elle porte une vérité qui dérange. Ce n’est pas Greta Thunberg que ces députés ne veulent pas voir. C’est la réalité du réchauffement climatique, c’est ce que dit la science », nous glisse la députée écologiste Delphine Batho en arrivant salle Victor Hugo, à quelques mètres de l’Hémicycle, où est attendue la Suédoise de 16 ans.

« Vous n’êtes pas obligés de nous écouter. Mais vous devez écouter la science »

Les invités du collectif transpartisan pour le climat « Accélérons » patientent avant le début de la conférence. Et la climatologue Valérie Masson-Delmotte se moque de la controverse : « Les polémiques ne m’intéressent pas. On parle de la messagère mais pas du message. Je suis reconnaissante envers le mouvement des jeunes pour le climat, qui va me permettre de présenter le rapport du GIEC [Groupe d’experts de l’ONU sur le climat] aux députés pour la première fois ». Instigateur de cette visite, Matthieu Orphelin se félicite des rangs bien remplis dans la salle. « C’est un dialogue inédit à l’Assemblée Nationale entre la jeunesse, les scientifiques et plus de 170 députés », salue l’ex-marcheur.

Les flashs crépitent. Greta Thunberg prend la parole. « Nous sommes devenus les méchants qui doivent dire des choses désagréables aux gens car personne d’autre ne veut le faire. Et (pour cela), nous recevons un déferlement de haine et de menaces », lance-t-elle en anglais, dans un silence absolu. « Certaines personnes ont choisi de ne pas venir. Vous n’êtes pas obligés de nous écouter, nous ne sommes que des enfants après tout. Mais vous devez écouter la science », ajoute-t-elle, citant à plusieurs reprises le dernier rapport du Giec.

« Je n’ai pas assisté à une messe, je n’ai pas vu de prix Nobel de la peur »

Les élus de tous bords se succèdent ensuite au micro pour saluer l’action des jeunes présents. Parmi eux, Eric Diard. « Je suis un des rares députés LR. Je voudrais dire que je n’ai pas assisté à une messe, je n’ai pas vu de prix Nobel de la peur. On gagne toujours à écouter la jeunesse », glisse-t-il en réponse aux attaques venues de la droite.

Les députés insoumis François Ruffin et Adrien Quatennens veulent quant à eux rallier la militante à leur cause, contre le vote du Ceta, prévu dans l'après-midi dans l'Hémicyle. « On a des adversaires dont l’urgence est de continuer leurs profits. Greta ou Ceta, il faut choisir ». Mais l’intéressée balaie la question d’une moue. « Je n’ai pas d’opinion par rapport à ce vote ». Et après une heure d’écoute, Greta Thunberg tranche, intraitable : « Au lieu de nous féliciter, essayez de faire quelque chose », déclenchant une salve d’applaudissements.

« Une opération de com, qui vise à cacher le vote sur le Ceta »

L’ambiance est un peu moins sympathique quelques minutes plus tard, salle des Quatre Colonnes. Car pour Nicolas Dupont-Aignan, de Debout la France, il s’agit d'« opération de com, qui vise à cacher le vote sur le Ceta. C’est très bien qu’elle vienne à l’Assemblée, mais le faire le jour où la majorité va ratifier cet accord anti-écologique qui favorise les échanges lointains polluants, c’est une tartufferie incroyable ».

Damien Abad est plus mesuré : « Nous ne sommes ni dans le boycott ni dans la critique, mais dans la méfiance. Le combat est louable, mais on s’interroge sur le buzz médiatique. S’il s’agit d’un coup politique sans lendemain, ce sera sans nous », souffle le vice-président LR. Comme souvent, les critiques les plus dures sont visibles sur Twitter. « Greta Thunberg… Dommage que la fessée soit interdite, elle en mériterait une bonne », écrit notamment Emmanuelle Ménard, députée apparentée RN.

« Il y a toujours deux ou trois bougons, mais aujourd’hui, c’était tout sauf un coup de com. On a vraiment eu des échanges de fond », nous confie Matthieu Orphelin. « Greta Thunberg a fait un discours un peu différent cette fois, en mettant les politiques devant leur responsabilité. La phrase qui résume bien la journée est celle où elle leur demande d’agir plutôt que d’encenser la mobilisation de la jeunesse ».

L’adolescente assiste pour finir aux questions au gouvernement depuis la tribune d’honneur, dans l’Hémicycle. Quelques minutes à écouter, impassible, les échanges houleux sur le Ceta, avant de repartir. En train, probablement.