Ceta: «Antidémocratique», «fake news !»… A l’Assemblée, l’opposition fait front contre le traité de libre-échange

REPORTAGE Les débats sur le projet de loi de ratification du traité entre l'Union européenne et le Canada (Ceta), examiné mercredi à l'Assemblée, ont été houleux

Thibaut Le Gal

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François Ruffin, illustration.
François Ruffin, illustration. — STEPHANE DE SAKUTIN / AFP
  • Le projet de loi de ratification du traité entre l’Union européenne et le Canada (Ceta), était examiné mercredi à l’Assemblée.
  • L’opposition a fustigé l’accord de libre-échange défendu par le gouvernement.
  • La ratification du projet de loi a été reportée à mardi prochain dans l’hémicycle.

A l’Assemblée nationale, de rares députés défilent dans la salle des Quatre colonnes avant la séance publique. Tous évoquent la nomination d’Elisabeth Borne en emplacement de François de Rugy. La nouvelle ministre de la Transition écologique pourra-t-elle incarner l’orientation écolo de l’acte II du quinquennat ?

« S’il devait y avoir un nouvel acte, il n’y aurait pas de ratification du Ceta, un accord climaticide qui porte une catastrophe écologique majeure », glisse Delphine Batho. L’élue des Deux-Sèvres rappelle que les parlementaires débattent dans l'après-midi de la ratification du traité de libre-échange entre l’Union Européenne et le Canada. La sonnerie retentit, les parlementaires prennent place dans l’hémicycle.

« Fake news ! Fake news ! », s’agace l’insoumis François Ruffin

C’est Jean-Yves Le Drian, poids lourd du gouvernement, qui lance les débats sur ce texte. Le traité, qui supprime notamment les droits de douane sur 98 % des produits échangés entre les deux zones, est critiqué pour d’éventuels risques sanitaires, agricoles et environnementaux.

Le ministre des Affaires étrangères évoque,lui, le « bilan positif » de l’accord, appliqué déjà depuis près de deux ans, vantant l’excédent commercial de « 400 millions d’euros », sur le vin ou les produits laitiers notamment. « Le Ceta facilite l’entrée des entreprises françaises au marché canadien. Les chiffres sont là et ils sont têtus ».

Mais quand le ministre dit « que les normes européennes s’appliqueront » pour toute importation de viande animale, l’opposition exulte. « C’est faux ! », « il n’y a aucun moyen de contrôle ! », hurle la droite. « Fake news ! Fake news ! », s’agace l’insoumis François Ruffin. La majorité couvre les cris par de timides applaudissements.

L’ambiance se tend un peu plus quand Marie Lebec, co-rapporteure du texte, évoque « la France des PME, fière de ses savoir-faire, qui innove et crée de l’emploi ». « Et nos agriculteurs ? », interroge un parlementaire LR. « Tout pour le pognon », lance François Ruffin.

La majorité frôle la catastrophe

Dans cette atmosphère confuse, Laurence Dumont défend une motion de rejet du texte. La députée PS ironise sur le double langage d’Emmanuel Macron : « Nous avons eu le make our planet great again… mais la phrase n’était pas finie, c’est great again pour les multinationales et les gros investisseurs financiers ». L’élue dénonce un accord « incompatible avec les accords de Paris », affirmant qu’il va « entraîner une hausse des émissions de gaz à effet de serre ». Dans l’hémicycle, le Ceta fait l’unanimité des oppositions contre lui. Christian Jacob, chef du groupe Les Républicains, insiste sur les « risques » pour la filière bovine.

Le communiste André Chassaigne fustige, lui, le « caractère antidémocratique de cet accord et de son parcours », appliqué avant même la ratification par les parlements nationaux. « Vous n’êtes pas au service des Français, mais des lobbys », tacle ensuite François Ruffin, fustigeant l’importation de viandes nourries à la « farine de sang d’animaux, du sang d’animaux déshydraté, des poils d’animaux hydrolysés ».

Le patron du PS, Olivier Faure, prévient l’exécutif : « L’alerte est venue de partout : des ONG, des agriculteurs, des partis politiques d’opposition et même de vos propres rangs ». La majorité, peu mobilisée ce mercredi pour défendre le traité, manque de peu le coup de théâtre. La motion PS n’est rejetée qu’à 26 petites voix (136 contre 110). Le vote sur la ratification a lui été reporté à mardi prochain.