Affaire de Rugy: Les six grands actes qui ont poussé le ministre à la démission

RETROSPECTIVE Sous pression depuis une semaine, le ministre de la Transition écologique a finalement présenté sa démission

Jean-Loup Delmas

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François de Rugy
François de Rugy — Michel Euler/AP/SIPA
  • François de Rugy a décidé de quitter son poste ce mardi, où il a été remplacé par Elisabeth Borne.
  • Le ministre est au centre, depuis mercredi dernier, d’une série de révélations émanant de Mediapart.
  • 20 Minutes revient sur les six chapitres qui ont abouti à son départ.

Ce mardi, François De Rugy​ a présenté sa démission du gouvernement, où son portefeuille sera repris par la ministre des Transports Elisabeth Borne. Dernier acte d’une affaire qui a ébranlé le ministère de la Transition écologique depuis une semaine, après la révélation de Mediapart sur des dépenses fastueuses de sa part. Retour sur une histoire de homards, de dîner de la  Saint-Valentin et de révélations médiatiques en six actes.

Les dîners fastueux à l’Hôtel de Lassay

Mercredi 10 juillet, François de Rugy est épinglé par Mediapart. Le ministre serait friand de dîners privés fastueux et ne se serait pas gêné pour en organiser à l’Hôtel de Lassay, la résidence du président de l’Assemblée, en 2017 et 2018, lorsqu’il occupait ce poste. Grand cru de vin à 500 euros la bouteille, champagne et homards emplissent la table. Mediapart recense une dizaine de ces dîners, documents, photos et témoignages à l’appui, avec notamment le cliché d’un repas de la Saint-Valentin avec son épouse Séverine de Rugy.

Si certains tentent de défendre le ministre en arguant que le prix du homard n’est pas aussi cher qu’on le dit, la principale polémique vient du fait que ces dîners auraient été organisés aux frais du contribuable. Des accusations d’autant plus lourdes que François de Rugy avait fait de la transparence politique son cheval de bataille, étant notamment l’auteur de plusieurs lois sur des dépenses mieux contrôlées et surveillées à l’Assemblée nationale.


Une défense pas terrible

Si la défense de certains partisans semble plutôt faible, le ministre ne va pas faire beaucoup mieux. Le soir même, il évoque des « dîners informels dans un travail de représentation » requis par ses fonctions et s’engage à « rembourser chaque euro contesté ». Surtout, il est interrogé par RMC/BFMTV le 12 juillet. Et à l’antenne, il évoque une « intolérance aux crustacés et aux fruits de mer », tout en indiquant qu’il ne boit pas de champagne, car « ça lui donne mal à la tête ».

Une défense d’autant plus poreuse que très vite, de nombreux tweets passés du ministre remontent, dans lesquels il évoque son amour de la pêche ou du champagne.

Le logement social de sa directrice de cabinet

Le 10 juillet au soir, Mediapart indique que la directrice de cabinet de François de Rugy, Nicole Klein, occupe un logement HLM à Paris depuis 2001, et qu’elle l’a gardé entre 2006 et 2018 alors qu’elle ne vivait plus dans la capitale. François de Rugy la démet de ses fonctions le lendemain. « François de Rugy a voulu sauver sa tête en offrant la mienne » déclare-t-elle dans Ouest-France, dénonçant un départ glacial.

Rénovation et loyer social

Les révélations continuent le jeudi 11 juillet. Mediapart évoque des rénovations entre fin 2018 et début 2019 pour son logement de fonction à l’Hôtel de Roquelaure, un immeuble du XVIIIe siècle, à Paris, pour un montant de 63.000 euros. Un artisan interrogé évoque des travaux révélant plus du confort que de la nécessité. Le ministre se justifie sur Twitter par le besoin de rénover « régulièrement » ce bâtiment. Mais très vite, un autre problème immobilier débarque, avec une révélation de Mediapart sur un appartement loué par le ministre en périphérie de Nantes, qui serait « à loyer social préférentiel », autrement dit des loyers plafonnés pour des revenus modestes.

Les autres médias s’en mêlent

Le 12 juillet, Mediapart explique que François de Rugy n’a pas été imposable en 2015 pour ses revenus déclarés de 2014, grâce à plusieurs opérations, certes légales. Le Parisien affirme le jour même que l’épouse de François de Rugy a acheté, avec l’argent de l’Assemblée nationale, un sèche-cheveux doré à la feuille d’or, pour 499 euros. Ouest-France, quant à lui, annonce que François de Rugy aurait organisé un dîner « informel » avec des lobbyistes de l’énergie en mars, ne conviant pas certains membres de son entourage. Une pratique qu’avait dénoncée Nicolas Hulot au moment de claquer la porte du gouvernement.

Démission et clap de fin

Quatre jours plus tard, le ministre annonce sa démission au Premier ministre, s’estimant victime d’un « lynchage médiatique » et précisant avoir déposé une plainte en diffamation contre Mediapart. Le site publie, dans la foulée de sa démission, une nouvelle enquête sur l’utilisation de ses frais professionnels. François de Rugy se serait servi de ses frais de mandat de député pour payer une partie de ses cotisations chez EELV, tout en les déduisant de ses impôts,