Démission de François de Rugy: Le récap des départs liés aux «affaires» sous Emmanuel Macron

POLITIQUE Après une semaine de polémiques, François de Rugy a annoncé mardi sa démission du ministère de l'Ecologie, dénonçant un «lynchage médiatique»

T.L.G.

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Le ministre de la Transition écologique, François de Rugy lors d'une visite à Niort, le 11 juillet 2019.
Le ministre de la Transition écologique, François de Rugy lors d'une visite à Niort, le 11 juillet 2019. — GEORGES GOBET / AFP
  • Depuis une semaine, François de Rugy est mis en cause par des articles du site Internet Mediapart pour l’utilisation d’argent public.
  • Le ministre a annoncé mardi sa démission du ministère de l’Ecologie, dénonçant un « lynchage médiatique ».
  • François de Rugy n’est pas le seul à quitter son ministère suite à des affaires. Avant lui, l’ex-ministre de la Cohésion des territoires, Richard Ferrand, ou encore le ministre de la Justice, François Bayrou, ont été poussés vers la sortie.

Dans la tourmente, François de Rugy s’en va. Après plusieurs révélations de Mediapart sur des dîners fastueux ou des travaux aux frais du contribuable, l’écologiste a annoncé qu’il quittait le ministère de l'Ecologie, dénonçant un «lynchage médiatique». Il a été remplacé par Elisabeth Borne, qui ajoutera cette fonction à son portefeuille des Transports. Cette démission de François de Rugy, acceptée par Emmanuel Macron, devance un nouvel article sur l’utilisation de ses frais professionnels en tant que député, publié par le journal d’investigation dans la foulée.

Le cas Rugy n’est pas isolé. Plusieurs ministres d’Edouard Philippe ont dû abandonner leur portefeuille après avoir été mis en cause par des « affaires ».

Richard Ferrand et les Mutuelles de Bretagne

Quelques jours à peine après sa nomination au ministère de la Cohésion des territoires, Richard Ferrand est épinglé par Le Canard enchaîné. L’hebdomadaire révèle qu’en 2011 les Mutuelles de Bretagne, qu’il dirigeait alors, avaient décidé de louer des locaux commerciaux appartenant à sa compagne. Le procureur de Brest ouvre une enquête préliminaire en juin 2017. Le ministre dément toute irrégularité mais trouve une porte de sortie : le 19 juin, il quitte le gouvernement pour briguer la présidence du groupe LREM à l’Assemblée nationale.

François Bayrou et les emplois fictifs présumés au Parlement européen

En mars 2017, le parquet de Paris ouvre une enquête préliminaire pour « abus de confiance » dans une affaire d’emplois fictifs présumés au Parlement européen visant 19 eurodéputés, dont 2 du MoDem : Robert Rochefort et Marielle de Sarnez. Radio France affirme qu’entre 2009 et 2014 une dizaine de salariés du parti centriste présidé par François Bayrou étaient parallèlement collaborateurs des députés européens du MoDem, au profit notamment de Marielle de Sarnez, devenue ministre des Affaires européennes, et Sylvie Goulard, désormais ministre des Armées.

Dix jours après l’ouverture d’une enquête pour « abus de confiance » par la justice, Sylvie Goulard quitte le gouvernement, suivie du ministre de la Justice François Bayrou et de Marielle de Sarnez.

Laura Flessel et des « soucis fiscaux » ?

Le 4 septembre 2018, la ministre des Sports Laura Flessel annonce à la surprise générale son départ du gouvernement « pour raisons personnelles ». Dans la foulée, Le Canard enchaîné et Mediapart évoquent «des manquements déclaratifs de la ministre concernant une société de droit à l’image», dont son mari était le gérant. Une version contredite par l’entourage de l’ex-ministre.

Françoise Nyssen et les travaux litigieux de sa maison d’édition

En octobre 2018, l’exécutif profite d’un remaniement pour évincer Françoise Nyssen du ministère de la Culture. La cofondatrice des éditions Actes Sud, brocardée pour n’avoir pas su endosser les habits de ministre, était également fragilisée par une enquête ouverte pour des soupçons de travaux litigieux dans les locaux parisiens de sa maison d’édition.

Morale de l’histoire : Emmanuel Macron pris au piège de la moralisation ?

Après une campagne polluée par l’affaire Fillon, le chef de l’Etat avait ouvert symboliquement son quinquennat en faisant voter des lois de moralisation de la vie publique. Le 15 septembre, le président les promulguait d’ailleurs en direct à la télévision dans une mise en scène inédite.

« Il y a un effet de contraste avec la promesse initiale du quinquennat, de changer les pratiques de la vie politique. Ces cinq ou six départs de ministres liés à des affaires [sur les 14 départs du gouvernement au total], représentent un nombre important à mi-mandat, d’autant que d’autres démissions, comme celle de Hulot, sont intervenues après des désaccords avec Emmanuel Macron », note Bruno Cautrès, politologue du CNRS et du Cevipof.

Le dernier touché, François de Rugy, a d’ailleurs été l’un des chantres de cette transparence lorsqu’il était président de l’Assemblée nationale. L’ex-ministre, qui assure n’avoir « rien fait qui soit en dehors des clous » et n’est pour le moment pas inquiété par la justice, a malgré tout été contraint de quitter le ministère. « L’époque où l’on attendait la mise en examen pour débarquer un ministre est révolue », assure Bruno Cautrès. « François de Rugy ne pouvait pas tenir car les pressions médiatique, politique et de l’opinion publique étaient trop fortes. »