VIDEO. Quelle trace laisse François de Rugy après son passage éclair au ministère de l’Ecologie?

BILAN François de Rugy a démissionné ce mardi, après plusieurs articles de « Médiapart ». Cette sortie fracassante tranche avec son passage plutôt discret à l’Hôtel de Roquelaure, aux antipodes de son prédécesseur, Nicolas Hulot

F.P. avec AFP

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François de Rugy, le 11 juillet 2019, lors d'un déplacement à Niort sur la thématique de la gestion de l'eau.
François de Rugy, le 11 juillet 2019, lors d'un déplacement à Niort sur la thématique de la gestion de l'eau. — GEORGES GOBET / AFP
  • François de Rugy, au cœur d’une polémique sur ses dépenses excessives, a annoncé avoir présenté sa démission ce mardi matin au Premier ministre.
  • Il avait été dépêché à ce poste en septembre dernier pour prendre la suite de l’engagé et tourmenté Nicolas Hulot.
  • Dix mois plus tard, que retenir de son passage au ministère de l’Ecologie ? Jean-François Julliard, directeur de Greenpeace France, et Morgane Créac’h, directrice du Réseau action climat, répondent à 20 Minutes.

Dépêché pour prendre la suite de l’engagé et tourmenté Nicolas Hulot, François de Rugy a été un ministre de l’Ecologie autrement plus politique, pragmatique et policé. Un changement de style qui n’aura pas été synonyme d’une plus grande longévité au « ministère de l’impossible ».

« Agir pour l’écologie avec méthode, détermination et persévérance »

« Je suis ici pour agir pour l’écologie avec méthode, détermination et persévérance dans le temps », avait-il lancé début septembre lors de sa prise de fonction, à peine descendu du perchoir de l’Assemblée nationale pour suppléer le démissionnaire Nicolas Hulot.

Un « temps » qui a souvent manqué aux récents titulaires de ce portefeuille, souvent partis avant d’avoir pu imprimer leur marque, à l’image de Nicolas Hulot, et avant lui de Delphine Batho ou Nicole Bricq. Rugy n’en aura pas eu davantage :  il a démissionné mardi, après plusieurs articles de Mediapart.

Manquant de vision, mais paradoxalement plus facile d’accès

Cette sortie fracassante après plusieurs jours de flottement tranche avec un passage plutôt discret à l’Hôtel de Roquelaure. Le ministre était décrit par les ONG environnementales comme manquant de vision mais paradoxalement plus facile d’accès que son prédécesseur, pourtant lui-même issu du monde militant. Ce que confirme à 20 Minutes Morgane Créac’h, directrice du Réseau action climat (RAC), un collectif d’associations françaises engagées sur les questions climatiques. « Il nous a reçus à plusieurs reprises pour faire le point sur les dossiers prioritaires et nous avions un accès facile à son cabinet pour échanger sur les différents projets de loi. »

Mais l’attitude pouvait visiblement changer d’une ONG à l’autre. « En dix mois, François de Rugy ne nous a accordé que deux entrevues et elles ont été très tendues », raconte, de son côté, Jean-François Julliard, directeur de Greenpeace France.

Un mouvement climat subi plus qu’accompagné ?

La deuxième rencontre, en pleine Affaire du siècle - cette action en justice contre l’État français pour son inaction en matière de lutte contre le changement climatique, lancée par Greenpeace et trois autres ONG - « s’est particulièrement mal passée, raconte Jean-François Julliard. François de Rugy était accompagné du Premier ministre, Edouard Philippe. Tous deux nous ont signifié ne pas avoir du tout apprécié la méthode. Mais leur réponse, celle de François de Rugy en particulier, était regrettable. D’un côté, il soulignait la mobilisation des 2 millions de signataires. De l’autre, il s’est contenté de dire que le gouvernement français était exemplaire sur les questions climatiques, du moins l’un des meilleurs du monde, et que tout allait bien. »

Que ce soit d’ailleurs sur l’Affaire du siècle ou sur les manifestations successives de citoyens, lycéens ou de militants comme ceux d’ Extinction Rebellion, le ministre de Rugy a semblé davantage subir le mouvement que l’accompagner, analyse l’AFP.

Sur le fond des dossiers, un ministre trop souvent inaudible ?

Sur le fond des dossiers, Greenpeace comme le RAC dressent cette fois-ci le même bilan de François de Rugy au ministère de la Transition écologique : « globalement insuffisant ». « On peut citer quelques avancées à travers le projet de loi mobilités, commence Morgane Créac’h. Je pense au fonds vélo ou à la mise en place de zones à faibles émissions dans les villes les plus polluées. Mais ces deux points avaient déjà commencé à être négociés sous Nicolas Hulot. François de Rugy n’a fait que les finaliser. »

La directrice du RAC retient surtout « les rendez-vous manqués pour doter le pays de mesures concrètes pour réduire nos émissions. Il a été complètement inaudible sur de nombreux combats à mener, regrette-t-elle. Ce fut le cas ces dernières semaines sur la question des passoires énergétiques, un volet pourtant crucial dans la lutte contre le réchauffement climatique. Nous demandions l’interdiction de louer ces logements énergivores [souvent mal isolés et entraînant ainsi une surconsommation d’énergie]. Julien Denormandie [ministre chargé de la Ville et du Logement] s’y est opposé et la mesure n’est finalement pas passée dans le projet de loi Energie climat. Nous aurions aimé que François de Rugy pèse un peu plus sur ce dossier. C’est important, à ce poste, de pouvoir porter des sujets à l’agenda médiatique. »

En contradiction avec ses positions passées ?

Une différence avec son prédécesseur ? « S’il n’a pas fait avancer tous les sujets, notamment parce qu’il n’est pas resté en place longtemps, Nicolas Hulot portait néanmoins de vraies ambitions, que ce soit sur la lutte contre la déforestation, la fin de la vente des véhicules thermiques, la biodiversité, compare Jean-François Julliard. François de Rugy a été beaucoup plus discret et parfois même en contradiction avec les positions militantes qu’il a pu tenir par le passé. »

Le directeur de Greenpeace France prend l’exemple de la loi énergie et climat actuellement en lecture devant l’Assemblée nationale. « François de Rugy était le premier à défendre le report de la baisse de la part du nucléaire à 50 % promise par le gouvernement [de 2025 à 2035]. Il était pourtant un antinucléaire convaincu lors de son passage à Europe Ecologie les Verts (EELV). Et en 2017 encore, lors de la primaire de la gauche, il portait une sortie du nucléaire pour la France. »

Pas qu’une histoire de ministre…

Jean-François Julliard comme Morgane Créac’h ne mettent pas non plus ces rendez-vous manqués sur le seul dos de François de Rugy. « Avec une tout autre méthode, Nicolas Hulot n’a pas obtenu de biens meilleurs résultats, estime la directrice du Réseau action climat. Quel que soit d’ailleurs le profil du ministre, si plus haut, ça ne suit pas, si les arbitrages sont toujours faits au détriment de l’environnement, on n’avancera jamais. » Les deux directeurs d’ONG en font d’ailleurs une priorité : mettre sur une même longueur d’onde l’ensemble du gouvernement sur les questions environnementales.