Affaire de Rugy: «Il est mal barré», «personne ne le soutient»... Le ministre de l'Ecologie peut-il rester à son poste?

POLITIQUE Plusieurs affaires révélées par Mediapart ont mis la pression sur le ministre de la Transition écologique, peu soutenu dans la majorité ce jeudi

Thibaut Le Gal avec L.C.

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François de Rugy à Gif-Sur- Yvette, le 24 juin 2019.
François de Rugy à Gif-Sur- Yvette, le 24 juin 2019. — CHAMUSSY/SIPA
  • François de Rugy est sous pression depuis mercredi après les révélations de Mediapart.
  • Ce jeudi, rares sont ceux qui le défendent encore le ministre dans la majorité.
  • L’écologiste a été convoqué à Matignon dans l’après-midi pour être reçu par Edouard Philippe.

Même les homards peuvent voler en escadrille. Pour François de Rugy, les « affaires » s’accumulent. Après l’article sur les fastueux dîners organisés lorsqu’il était président de l’Assemblée nationale, Mediapart révèle deux nouvelles informations : un logement HLM indûment occupé par sa directrice de cabinet, qui a été immédiatement limogée par le ministre, et ce jeudi, les 63.000 travaux effectués dans l’appartement de fonction du ministère.

Ces multiples accusations plongent François de Rugy dans la tourmente. Mercredi, la porte-parole du gouvernement, Sibeth Ndiaye, a assuré que le ministre conservait « bien évidemment la confiance » du président et du gouvernement. En déplacement dans les Deux-Sèvres, François de Rugy a été contraint d’écourter sa visite, pour être reçu par Edouard Philippe à Matignon. Après les nouvelles révélations, le ministre pourra-t-il se maintenir à son poste ?

« J’ai senti un malaise en regardant ces photos »

Ce proche du chef de l’Etat le pensait… jusqu’à mercredi soir. « Ca se corse un peu pour lui. A l’heure qu’il est, il peut encore tenir, mais il sort affaibli de la séquence », souffle désormais le macroniste. « Aujourd’hui, personne ne le soutient. Son arrogance et son côté donneur de leçons vont le mettre à mal ». Dans la majorité, les rares députés ayant répondu à nos demandes sont agacés par ces révélations.

« J’ai senti un malaise en regardant ces photos. C’est malheureux, on a voté une loi de moralisation de la vie politique [en 2017] et là on va retomber à la case 0, sur le mode tous pourris », cingle Sonia Krimi, députée LREM de la Manche. « Tous les parlementaires LREM ont fait des efforts de transparence. Il y a un décalage quand je vois la légèreté avec laquelle François de Rugy a géré ses dîners, qu’il ne se soit pas posé la question de la décence en présentant des bouteilles à 500 euros ».

Un député de la majorité abonde : « Je ne comprends pas qu’on puisse encore se faire attraper par la patrouille. On sait tous qu’il faut faire super gaffe. Un dressing à 17.000 euros, c’est scandaleux, c’est ça qui me met en colère. Car sur le terrain, nous allons encore devoir expliquer aux gens que nous ne sommes pas des nantis ».

La transparence, son combat à l’Assemblée

La polémique passe d’autant plus mal que François de Rugy s’est toujours présenté comme un défenseur de la transparence. A l’été 2017, son bureau avait acté la suppression de certains avantages des parlementaires (retraite, frais de mandat). « Si tout est confirmé, ce serait bien qu’il s’explique précisément. Il faut qu’on soit tous vertueux et que chaque euro dépensé ait une légitimité. Sinon, ça me choque », confie Erwan Balanant, député du MoDem. « Si les dîners étaient d’ordre privé, je trouverais normal qu’il les rembourse ».

Ce jeudi, les soutiens au gouvernement se faisaient plus rares, ou à demi-mot. « Je ne peux pas douter de son honnêteté. Maintenant, comme lui je peux comprendre que ces images puissent vraiment interpeller les Français », a concédé Brune Poirson, secrétaire d’Etat à l’écologie, sur Europe 1. Marlène Schiappa a aussi défendu son collègue sur LCI, ajoutant l’air de rien : « Moi, la première mesure que j’ai prise, c’est de faire en sorte […] qu’on serve de l’eau en carafe et des plats extrêmement simples à table ».

« Il y a un risque que ça devienne le nouveau feuilleton de l’été. Je pense qu’il est mal barré », avoue un député de la majorité. Un parlementaire l’assure : « Dans des pays scandinaves, on démissionne pour beaucoup de moins pour ça. Il doit prendre ses responsabilités ».