Des maires à Grand Bourgtheroulde dans l'Eure le 15 janvier 2019.
Des maires à Grand Bourgtheroulde dans l'Eure le 15 janvier 2019. — ISA HARSIN/SIPA

MANDATS LOCAUX

Municipales 2020: Pourquoi y a-t-il si peu de femmes maires?

En France, seules 17 % des 35.000 communes sont dirigées par des femmes

  • La secrétaire d’Etat chargée de l’Egalité entre les femmes et les hommes Marlène Schiappa et le délégué général de LREM Stanislas Guerini ont appelé, dimanche dans une tribune au journal Le Parisien, les femmes à se présenter aux élections municipales de mars.
  • En France, seuls 17 % des maires sont des femmes, et 40 % des conseillers municipaux sont des conseillères municipales.
  • Comment expliquer cette sous-représentation des femmes dans la vie politique locale ?

A neuf mois des élections municipales, y a-t-il une pénurie de candidates ? Dans une tribune publiée dimanche, c’est que laissent entendre Marlène Schiappa et Stanislas Guerini. « La femme la plus difficile à élire est celle qui ne se présente pas. (…) Présentez-vous ! », lancent la secrétaire d’Etat chargée de l’Egalité entre les femmes et les hommes et le patron de La République en marche (LREM),  dans Le Parisien. Les marcheurs, qui ont investi mercredi soir six femmes pour les municipales (sur 17 candidats), ne sont pas les seuls à déplorer le manque de parité au niveau local.

Le constat statistique est implacable : en 2019, seuls 17 % des maires sont des femmes*. Elles sont plus nombreuses dans les rangs des conseillers municipaux (avec une moyenne nationale de 40 %), mais la parité n’est pas atteinte. Plusieurs facteurs peuvent expliquer cette sous-représentation des femmes dans les mandats locaux.

Une lente progression

Depuis les municipales de 1945, première élection à laquelle les femmes ont pu voter et se présenter en France, il y a certes eu des progrès. Les archives publiées par le ministère de l’Intérieur montrent que les femmes maires sont passées de 1 % du total des édiles, à 13 % en 2008. Le nombre de conseillères municipales a connu une inflation bien plus forte, passant de 1 % en 1959 à 35 % en 2008, toutes communes confondues.

Par ailleurs, «les femmes restent exclues des têtes d’exécutifs : 84% des collectivités locales sont aujourd’hui présidées par un homme», pointe le Haut Conseil à l’Egalité entre les femmes et les hommes (HCE), dans son un rapport paru en 2017

Dans le détail, il existe des disparités régionales (seulement 6 % de femmes maires en Martinique, 12 % en Corse, mais 20 % en Ile-de-France) et démographiques (les femmes représentent 20 % des maires de communes de moins de 100 habitants, mais 14 % dans celles de plus de 1.000 habitants). « Dans les toutes petites communes, le mandat de maire est quasiment du bénévolat, car l’indemnité est faible. Cela favorise les candidatures de femmes, dont la rémunération est perçue comme un salaire d’appoint dans un foyer », explique Luc Rouban, chercheur au Cevipof.

Poids des traditions

La sous-représentation des femmes dans les mairies s’explique principalement par « le poids de la culture politique » et une « anthropologie du pouvoir plus masculine », selon le politologue. Concrètement, l’héritage d’une tradition politique où les femmes accèdent moins aux postes de pouvoir.

En outre, les conditions d’exercice du mandat de maire se sont dégradées : « de plus en plus d’édiles font état de tensions physiques ou verbales avec leurs administrés. Cela peut freiner davantage les femmes, exposées aux attaques sexistes », poursuit-il.

Un mandat très prenant et pas assez valorisé

Autre facteur, la charge de travail des élus locaux a de quoi rebuter les femmes (et les hommes). « S’engager dans les collectivités locales représente beaucoup de temps, il faut parvenir à adapter son activité professionnelle, avec employeur, et gérer sa vie familiale », pointe Edith Gueugneau, maire de Bourbon-Lancy (Saône-et-Loire) et présidente d’une communauté de communes. Une étude de l'Insee pointe les inégalités entre les sexes en matière de tâches domestiques et familiales : en 2010, les femmes effectuaient la majorité des tâches ménagères (71 %) et parentales (65 %).

Coprésidente du groupe de travail sur la parité de l’Association des maires de France (AMF), Edith Gueugneau mise sur une réforme du statut de l’élu afin de faciliter et mieux valoriser cet engagement. Et elle compte sur la législation pour atteindre la parité. « Les législations en matière de parité ont eu des effets depuis 1959 », observe Luc Rouban. Mais elles se heurtent à des limites dans les plus petites communes, où la loi n’impose pas la parité.

Pas de parité dans les petites communes

Depuis 2000 et la première loi dite de parité, l’obligation de présenter des listes paritaires (parfois appelées listes « chabada », alternant un homme, une femme) a été étendue. Elle s’applique désormais à toutes les communes de plus de 1.000 habitants. « Mais les communes de moins de 1.000 habitants représentent les deux tiers de toutes les communes françaises », pointe l'élue Edith Gueugneau.

Dans près de deux tiers des mairies, il n’y a donc aucune obligation de présenter des listes paritaires. Et pour cause, ces petites communes n’ont pas le même mode de scrutin : les listes incomplètes et les candidatures individuelles y sont autorisées. Une proposition de loi a été déposée en mars par la délégation aux droits des femmes à l’Assemblée pour généraliser le scrutin de liste paritaire aux communes de moins de 1.000 habitants, sans suites à ce jour. En attendant, LREM s'est engagée à ne présenter que des listes paritaires dans ces petites communes.

La tendance à la hausse, lente mais constante depuis 1959, de la proportion de femmes dans les mairies pourrait toutefois se poursuivre en 2020. « Il y a un phénomène de renouvellement générationnel : plus les élus locaux sont jeunes, et plus ce sont des femmes », analyse Luc Rouban. Pour Edith Gueugneau, en plus d’une réforme du mode de scrutin municipal, « un changement de logiciel culturel » est nécessaire : « il faut faire prendre conscience aux femmes qu’il faut qu’elle s’engage, on a besoin d’elles pour gérer les villes ». Quant au HCE, il préconise «le recours à des contraintes légales», comme des quotas.

 

* Selon un rapport publié en mars 2019 par la Direction générale des collectivités locales, une administration centrale dépendant de l’Etat.