Nominations à la tête de l'Union européenne: Emmanuel Macron sort-il gagnant des négociations?

EUROPE Emmanuel Macron s’est félicité mardi soir de la « solution consensuelle » finalement trouvée, mais le président a-t-il réussi à imposer ses candidats ?

T.L.G.

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Emmanuel Macron a hâte de lire notre article pour savoir.
Emmanuel Macron a hâte de lire notre article pour savoir. — Frederic Sierakowski / Is/SIPA
  • Les responsables des 28 Etats européens ont fini par se mettre d’accord sur la répartition des postes-clés de l’Union européenne.
  • Emmanuel Macron s’est félicité de la « solution consensuelle » finalement trouvée.
  • Le président français a-t-il réussi à imposer ses choix aux responsables européens?

Après d’éternelles tractations, un compromis a été trouvé. Les responsables des 28 Etats européens ont fini par se mettre d’accord sur la répartition des postes-clés de l’Union européenne. Emmanuel Macron s’est félicité mardi soir de la « solution consensuelle » finalement trouvée, et d’un choix « extrêmement positif pour l’Europe ». Mais le chef d’Etat français est-il parvenu à avancer ses pions pour mieux peser sur l’échiquier européen ?

Un changement dans le mode de désignation, souhaité par Emmanuel Macron

Emmanuel Macron, comme d’autres chefs d’Etat, a toujours écarté le principe des «spitzenkandidats» (chaque parti européen présente un candidat à la présidence de la Commission européenne, et le vainqueur des élections remporte la mise). Le président français s’est ainsi opposé à ce que l’Allemand Manfred Weber, chef de file du PPE (droite) au Parlement, devienne la future tête de l’exécutif bruxellois.

Si le chef de l’Etat français a bien réussi à écarter ce dernier, c’est Ursula von der Leyen, une Allemande, membre du PPE, qui a été choisie. « Macron ne voulait pas se faire imposer un nom par le Parlement européen, donc c’est plutôt un succès », assure Olivier Rozenberg, professeur associé à Sciences po Paris, au Centre d’études européennes et de politique comparée. Qui nuance quand même l’influence du Président français : « La raison de ce refus est principalement la personnalité de Weber », largement critiqué en Europe notamment par les socialistes européens.

Le président n’est d’ailleurs pas parvenu à rendre moins opaques les différentes tractations comme il l’espérait et a appelé à « réformer les méthodes de travail et de nomination ». « Il faut relativiser cette critique car ces quatre ou cinq nominations doivent se faire avec des équilibres subtils, c’est logique que cela prenne du temps et les dirigeants sont parvenus à éviter un nouveau report », poursuit le spécialiste.

Une Française à la BCE, mais pas à la Commission

Dans ce genre de tractations, chaque responsable pousse ses candidats, et notamment ceux de sa nationalité. Emmanuel Macron a échoué à imposer le Français Michel Barnier à la Commission européenne. Un échec qui s’ajoute au sabordage de Nathalie Loiseau pour prendre la tête du groupe ALDE. Mais c’est bien une Française, Christine Lagarde, qui devient la première présidente de la Banque centrale européenne, huit ans après la fin du mandat de Jean-Claude Trichet.

« Difficile de savoir si c’est le leadership personnel de Macron qui a joué, ou plus simplement le fait que la France est un grand Etat, et partage les deux principaux postes avec l’Allemagne. Il y a probablement un peu des deux », relativise Olivier Rozenberg.

Ce choix d’une Française n’a pas échappé aux critiques d’une partie de l’opposition, qui a rappelé que l’ancienne patronne du FMI avait été condamnée pour « négligence » dans l’affaire Tapie (mais « dispensée » de peine).

La parité respectée aux postes importants, pas la répartition géographique

La parité pour les quatre postes « désignés » par les dirigeants européens était l’un des souhaits d’Emmanuel Macron. Un principe respecté avec le choix d’Ursula von der Leyen à la Commission, de Christine Lagarde à la BCE, du Premier ministre belge Charles Michel au Conseil européen et du ministre socialiste espagnol Josep Borrell comme Haut représentant pour les Affaires étrangères.

« Souvent, la parité fait les frais des autres critères dans la distribution des postes. C’est donc là une avancée notable », remarque le spécialiste. « En revanche, il y a une régression sur l’équilibre géographique car les pays de l’est n’obtiennent aucun poste ».

Un proche d’Emmanuel Macron au Conseil européen

Emmanuel Macron a salué l’arrivée d’un de ses alliés, le libéral belge Charles Michel à la tête du Conseil européen. « Les libéraux s’en sortent bien car ils obtiennent un poste très important, mais il ne faut pas l’attribuer principalement à Macron », nuance Olivier Rozenberg. « En termes de couleur des gouvernements européens, les Libéraux arrivent juste derrière la droite, en deuxième position. Le rapport de force leur accordait donc logiquement un poste important ».