Fillon «puni», Royal «furieuse», «jalousie» chez LR ... Six anecdotes du livre de Nicolas Sarkozy

LECTURE L’ancien président raconte quelques anecdotes de son parcours politique et personnel dans un livre intitulé « Passions », publié ce jeudi

L. C. et T. L. G.

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Nicolas Sarkozy, le 21 juin 2019.
Nicolas Sarkozy, le 21 juin 2019. — Thomas SAMSON / AFP
  • Nicolas Sarkozy sort ce jeudi son nouvel ouvrage, Passions.
  • L’ancien président retrace ses souvenirs politiques et personnels jusqu’à son accession à l’Elysée en 2007.
  • 20 Minutes l’a lu et vous livre les meilleurs passages.

Des confidences et pas mal de règlements de comptes. Nicolas Sarkozy publie ce jeudi son autobiographie, sobrement intitulée Passions*. L’ancien président y raconte son parcours politique et personnel, jusqu’à son arrivée à l’Elysée en 2007. 20 Minutes l’a lue et vous en livre les meilleurs passages.

Fillon en prend pour son grade

Pour la première fois, l’ancien président évoque longuement ses relations avec son ancien Premier ministre François Fillon. Il dit s’être trompé au sujet du candidat malheureux à la présidentielle de 2017, qui a une « personnalité dissimulée ». Jacques Chirac l’avait pourtant mis en garde dès 2007. « Il me confia : "On dit que tu veux nommer Fillon comme Premier ministre. Tu fais une grande erreur. Tu ne pourras pas compter sur lui. Il te trahira comme il a trahi tous ceux dont il s’est servi." (…) Avec le recul, je pense qu’il avait raison et que j’avais tort, en tout cas sur la personnalité dissimulée de François Fillon. »

Plus loin, Sarkozy continue le portrait haut en couleur de son ex-Premier ministre. « Je m’aperçus avec le recul que je n’avais pas senti ni compris son profond mal-être. L’image qu’il renvoie est bien différente de ce qu’il est en profondeur. Il paraît calme, pondéré, discret. Or, il peut, dans certaines occasions, être cassant et rancunier. Cela n’enlève rien à ses qualités d’orateur, ni à son intelligence. Rarement, je ne suis autant passé à côté d’une personnalité. »

Sur les affaires judiciaires, il ajoute : « Il était bien placé pour connaître ma parfaite innocence. Le voir utiliser ces calomnies contre moi pour mieux m’éliminer, c’est ici qu’il a commis une faute. » Dernier tacle pour son ancien fidèle : sa phrase « désolante », « Imagine-t-on le général de Gaulle mis en examen ? » « Depuis, François Fillon, à la manière des Tudors, a été puni par là où il avait péché. Il n’empêche, son attitude fut une surprise, et une déception. »

« Je voulais pousser Ségolène Royal à l’exaspération » lors du débat de l’entre-deux tours

Nicolas Sarkozy revient sur son débat avec Ségolène Royal en 2007. « Je me rendis compte immédiatement de son profond état de stress. Elle était tendue comme un arc. J’ai même cru à un moment qu’elle ne me serrerait pas la main, tant elle semblait agressive. C’est peu dire qu’elle fut sèche, et assez désagréable. »

Pour déstabiliser la candidate, il s’amuse avec l’un de ses conseillers, le socialiste Julien Dray. « Il était si présent que je lui dis, sur le ton de la plaisanterie : “Je suis heureux de débattre avec toi ce soir !” De simplement énervée, Ségolène Royal devint furieuse et exaspérée. J’avais gagné mon entrée en matière en réussissant si visiblement à la déstabiliser. »

Lors des discussions préparatoires au débat, le camp Sarko avait insisté pour qu’il n’y ait aucun plan de coupe. « Je voulais pousser mon adversaire du soir à l’exaspération, afin de lui faire quitter ce magnifique sourire qui était l’un de ses atouts majeurs. Or, quoi de plus horripilant que de s’adresser à votre contradicteur alors que celui-ci ne vous prête aucune attention ? En effet, chaque fois qu’elle prenait la parole, je feignais de regarder les deux journalistes. Ségolène Royal, qui aime prendre à partie son contradicteur, se trouvait alors en quelque sorte dans le vide. »

Le jour même, Nicolas Sarkozy raconte qu’il venait d’apprendre une lourde décision prise par sa désormais ex-femme. « J’arrivais seul au débat, Cécilia n’ayant pas souhaité m’accompagner. Il est vrai qu’elle m’avait annoncé dans l’après-midi sa volonté de divorcer. »

Il conseille aux Républicains de se « rassembler »

Nicolas Sarkozy donne quelques conseils à la crise que traverse sa famille politique. « J’aspirais à rassembler le plus grand nombre, pas à dominer la secte de mes plus proches partisans. J’observe tristement aujourd’hui le phénomène strictement inverse. Dès qu’apparaît le moindre désaccord, la division semble devenue inéluctable. Ainsi, Valérie Pécresse a créé Libres, Xavier Bertrand la Manufacture, Bruno Retailleau Force républicaine… À l’arrivée, je crains fort que chacun sera déçu. En effet, quand toute la famille est rassemblée, la victoire est déjà très difficile à obtenir. Quand elle est divisée, la victoire devient impossible. »

L’ancien président ajoute : « Le seul chemin à suivre est donc celui du rassemblement. Pour cela, il faut être capable de faire abstraction des inimitiés, des malentendus, des coups reçus, des mauvaises manières des uns comme des autres, pour privilégier le seul objectif commun. La jalousie ne peut pas avoir sa place dans un combat de long terme […] Celui qui veut être le leader, le chef, le numéro 1, doit s’inspirer, se nourrir de la force de ses concurrents. Il n’y a pas d’autres choix que d’affronter la compétition pour en triompher car, en aucun cas, elle ne peut être évitée. »

Un retour en politique ?

« J’aime gagner. Je me suis toujours battu pour la victoire, mais force est de reconnaître que j’ai beaucoup plus appris de mes échecs que de mes succès », explique l’ancien chef de l’État. Battu par Hollande en 2012 et auteur d’un retour manqué lors de la primaire de la droite en 2016, Nicolas Sarkozy pourrait-il revenir ? « Souvent, on m’a demandé si, aujourd’hui, la politique me manquait. Invariablement, je réponds non, et je vois bien que peu nombreux sont ceux qui me croient. Pourtant, c’est la vérité, si l’on veut bien se donner la peine de comprendre que ce n’est pas la politique que j’aime, c’est la vie ! Et comme la politique, c’est la vie sous une loupe, j’aime aussi la politique. Mais la vie ne s’arrête pas quand la politique a fait son temps. »

Des mots doux pour les Macron et Edouard Philippe

Pour l’exécutif en place, Sarkozy a des mots plus doux. Surtout pour la première dame. L’ex-président raconte que le couple Macron les a invités, lui et son épouse, Carla Bruni-Sarkozy, à dîner à l’Elysée deux mois après la présidentielle de 2017. « Le dîner fut d’autant plus agréable qu’il commença par une déclaration de Brigitte Macron précisant : “J’ai toujours eu de la sympathie pour vous et je ne le regrette pas.” J’ai été sensible à la sincérité et la simplicité de Brigitte Macron. C’est une femme de qualité. J’apprécie son engagement auprès de son mari, et la conscience avec laquelle elle remplit son rôle », écrit Sarkozy. Par ailleurs, il se dit « touché » par une « attention » d’Emmanuel Macron : deux motards de police avaient escorté la dépouille de sa mère le jour de son enterrement.

L’actuel Premier ministre, issu des Républicains, reçoit lui aussi des compliments. Edouard Philippe « démontre ainsi une force et un calme que je ne lui supposais pas. Il est un Premier ministre loyal et compétent. Il a même fait de son supposé manque de charisme un atout. »

* Passions, Nicolas Sarkozy (éditions de L’Observatoire, 2019).