Municipales 2020: LREM et la stratégie du coucou

POLITIQUE LREM prépare des alliances avec des maires sortants de droite et de gauche en échange de bonnes places pour ses militants

Laure Cometti et Thibaut Le Gal

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EmmanuelMacron
EmmanuelMacron — ELIOT BLONDET-POOL/SIPA
  • La République en marche a présenté ses 19 premiers candidats pour les élections municipales de 2020.
  • Le scrutin est d’une importance cruciale pour l’implantation locale du mouvement.
  • LREM prépare des alliances avec des maires sortants de droite et de gauche en échange de bonnes places pour ses militants.

En zoologie, on appelle ça la technique du coucou : s’incruster dans le nid d’autres espèces pour y pondre ses œufs qui profiteront ainsi du gîte et du couvert. Pour les municipales, La République en marche compte adopter cette stratégie dans certaines mairies. Le parti souhaite présenter ses propres listes dans la plupart des communes de plus de 9.000 habitants. Mais dans d’autres villes, le mouvement misera sur des figures locales « Macron-compatible » et négociera la présence de marcheurs en bonne place sur les listes. Il compte ainsi se déployer à l’échelle locale sur tout le territoire et faire émerger une nouvelle génération d’élus.

La majorité espère multiplier par cinq le nombre de ses élus locaux, pour arriver à 10.000 en 2020. « Ils sont indispensables pour prendre le pouls du terrain, et nous ont manqué cruellement lors des « gilets jaunes ». Le scrutin sera crucial pour renforcer notre maillage territorial », reconnaît le député de Paris Pierre Person, délégué général adjoint d’En Marche.

Discussions

Pour atteindre cet objectif, le parti ne présentera pas systématiquement sa propre liste. « Il y a des communes où on n’aura pas la capacité à avoir une tête de liste », constate à neuf mois du scrutin le député Stéphane Travert, chargé de fédérer un réseau d’élus locaux. LREM pourra alors soutenir une figure locale, de droite comme de gauche, ou sans étiquette.

« Soutenir un maire sortant, populaire, qui a fait le job vaut mieux que faire 10 % avec notre tête de liste. A condition qu’il y ait un certain nombre de marcheurs sur cette liste », explique le député de Paris Pacôme Rupin. « Des marcheurs figureront sur des listes de rassemblement municipal, sans étiquette », abonde Stéphane Travert.

Au QG, les analyses et tractations vont bon train afin de mettre en place de telles listes. « Des discussions à cette fin se déroulent actuellement dans une multiplicité de villes, petites et grandes. C’est vrai avec des maires sortants et aussi avec des challengers », détaille le sénateur Alain Richard, coprésident de la Commission nationale d’investiture du mouvement.

Préparer les sénatoriales et… 2022

LREM songe aussi aux sénatoriales de septembre 2020 durant lesquelles 160.000 grands électeurs se prononcent, dont une immense majorité de conseillers municipaux. Et prépare la présidentielle 2022: « L’objectif sera de conforter le renouvellement des visages et la recomposition politique, c’est l’attente des marcheurs. Mais nous ne sommes pas dans le dégagisme : nous travaillons aussi avec les élus sortants qui seront des soutiens et des relais dans la mise en œuvre des réformes, dans la perspective d’un second mandat pour Emmanuel Macron », assure Pierre Person.

Les municipales permettront aux adhérents élus d’engranger de l’expérience. « Le mandat local est une formation politique formidable. On a besoin de monter en niveau sur ce point », dit Pacôme Rupin.

Des tensions avec les comités locaux ?

Mais dans certaines villes, cette stratégie risque de se heurter aux ambitions des comités locaux du parti. A Bordeaux, le maire juppéiste Nicolas Florian (LR), soutenu par François Bayrou, pourrait être confronté à Thomas Cazenave, ex-collaborateur d’Emmanuel Macron, poussé par les marcheurs.

« Tout le monde ici est aligné sur cette candidature. Nicolas Florian n’a d’ailleurs pas demandé d’investiture, ni de soutien. A notre niveau, il n’y a aucune discussion sur une éventuelle alliance, ce ne serait pas le choix local », tranche Aziz Skalli, référent territorial LREM en Gironde. En cas de litige, la décision finale appartiendra aux commissions d’investiture, souligne Pierre Person d’une formule toute macroniste : « Il pourrait y avoir des cas où les orientations seront divergentes, mais les décisions nationales seront toujours validées par des orientations locales ».