Assurance-chômage: Retour sur trois approximations de Muriel Pénicaud et Bruno Le Maire

FAKE OFF Muriel Pénicaud et Bruno Le Maire ont commis quelques approximations en défendant la réforme de l'assurance-chômage

Alexis Orsini

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Muriel Pénicaud, la ministre du Travail, à Matignon, le 29 avril 2019.
Muriel Pénicaud, la ministre du Travail, à Matignon, le 29 avril 2019. — AFP
  • Le gouvernement a dévoilé les détails de sa réforme de l'assurance-chômage, mardi 18 juin.
  • Depuis, les ministres multiplient les apparitions médiatiques pour en vanter la nécessité et les mérites.
  • Quitte à tenir des propos exagérés ou inexacts, comme l'ont fait Bruno Le Maire et Muriel Pénicaud. 

Depuis l’annonce détaillée, mardi 18 juin, de la réforme de l’assurance-chômage portée par le gouvernement, certains ministres et élus multiplient les apparitions médiatiques pour en vanter les mérites.

Mais les arguments avancés par la ministre du Travail, Muriel Pénicaud, et par Bruno Le Maire, ministre de l’Economie, pour défendre cette refonte – qui prévoit notamment 3,4 milliards d’euros d’économies d’ici à la fin 2021 pour désendetter l’Unédic et de réduire le nombre de chômeurs d’au moins 250.000 – sont-ils toujours exacts ?

20 Minutes revient sur certaines de leurs déclarations.

FAKE OFF

Ce qu’a dit Muriel Pénicaud sur BFM TV/RMC, le 19 juin : « Si on ne fait pas d’économies, dans 10 ans on n’aura plus de quoi indemniser les chômeurs »

Ce scénario alarmiste lié à la dette de l’assurance-chômage – qui s’élevait à plus de 30 milliards d’euros fin 2017 – est-il vraiment envisageable ? « Ce n’est pas du tout réaliste, ou alors la ministre ne croit pas aux prévisions de l’Unédic, qui font consensus chez les économistes, selon lesquelles on retrouverait un équilibre financier au deuxième semestre 2020 avec près d’1,5 milliard d’excédent », indique Mathieu Plane, économiste à l’OFCE, à 20 Minutes.

Dans ses prévisions de mars, l’organisme chargé de gérer l’assurance chômage notait en effet qu’après une année 2019 avec un déficit équivalent à celui de 2018 (1,9 milliard d’euros), il atteindrait l’équilibre en 2020 avant de devenir excédentaire en 2021 (plus précisément d’1,4 milliard d’euros).

Le tout sans tenir compte des « effets du décret sur l’assurance chômage-annoncé par le gouvernement ». L’affirmation de la ministre surprend donc encore plus Mathieu Plane : « Il y a une incompatibilité entre l’ambition affichée du gouvernement sur la baisse du chômage et ce discours sur la fin de l’assurance chômage. Si le gouvernement croît à un taux de chômage à environ 8 % contre 9 % actuellement – comme le prévoit l’Unédic – on aurait chaque année, jusqu’à la fin du quinquennat, un excédent d’au moins 1,5 milliards donc aucune nécessité d’économiser 3,4 milliards d’euros ».

D’autant, comme le souligne le sociologue Mathieu Grégoire, que « le régime d’indemnisation du chômage n’est, ces dernières années, en déficit que du fait du prélèvement de 10 % des cotisations pour financer Pôle Emploi. » Or, si Muriel Pénicaud a affirmé que la dette de l’assurance-chômage s’élevait à 36 milliards d’euros, celle-ci est en réalité de 33,5 milliards d’euros puisque 3,3 milliards de ses dépenses annuelles font partie d’une dotation visant à financer Pôle Emploi.

Ce qu’a dit Muriel Pénicaud sur BFM TV/RMC, le 19 juin : « Vous savez combien il y a d’offres d’emploi aujourd’hui, 19 juin, disponibles sur le site de Pôle Emploi ? Aujourd’hui, il y en a 688.000. Il y a deux jours, c’était 672.000. Il y a 37 millions d’offres d’emploi par an. »

Si le site de Pôle Emploi dénombrait bien un peu plus de 688.000 annonces aujourd’hui et environ plus de 670.000 le 17 juin, le chiffre de 37 millions d’offres par an avancé par Muriel Pénicaud (à 14 : 19 ci-dessus) est plus étonnant.

Pole Emploi n’en dénombre en effet que 3,3 millions en cumulé sur toute l’année 2018, avec un détail trimestre par trimestre, qui tourne en général aux alentours de 800.000 offres – sans tenir compte, comme le fait peut-être la ministre, des offres postées en double ou des annonces frauduleuses supprimées ensuite.

Ce qu’a dit Bruno Le Maire sur Europe 1 le 18 juin : « Nous avons aujourd’hui en France un système d’indemnisation du chômage parmi les plus généreux en Europe »

La France propose un montant d’indemnisation à 57 % du salaire. Mais, comme le montrent les données compilées par l’Unédic au 1er janvier 2019, celui-ci reste dans la moyenne de nombreux voisins, comme l’Allemagne (60 à 67 %), l’Espagne (70 % pendant 6 mois puis 50 %), ou encore le Portugal (65 %). Et la France reste loin derrière des pays comme la Suisse (70 ou 80 %) et le Danemark (90 %).