LFI: On vous explique la crise chez les insoumis avec les sujets du bac de philo

POLITIQUE Manque de démocratie interne, débat sur les lignes stratégiques, remise en cause du chef... Tout ça avec les sujets bac philo du jour

Thibaut Le Gal

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Mélenchon s'interroge sur Hegel
Mélenchon s'interroge sur Hegel — Sarah ALCALAY/SIPA + photomontage
  • Démocratie interne, stratégie, remise en cause de Jean-Luc Mélenchon... La France insoumise est plongée dans une crise après la défaite aux élections européennes.
  • Pour vous expliquer les débats internes à LFI, 20 Minutes vous les présente à travers les sujets philo du bac proposés ce lundi matin aux élèves.

 

Peut-on concilier philo et politique ? Vous ne le savez peut-être pas, mais le logo de La France insoumise est un « phi » [φ]. Cette lettre grecque est un clin d’œil au sigle LFI mais aussi à la philosophie, comme l’expliquait Jean-Luc Mélenchon en 2016.

Le patron des insoumis, titulaire d’une licence en la matière, a pris quelques jours de distance médiatique après l'échec de son parti aux européennes. Pour mieux se replonger dans les livres des grands auteurs ? Nul ne le sait. En attendant, on a bachoté pour vous expliquer les débats internes à LFI à travers les sujets philo du bac proposés ce lundi matin aux élèves.

Premier sujet bac S : « La pluralité des cultures fait-elle obstacle à l’unité du genre humain ? »

Appliquée à la stratégie politique, cette question pourrait intéresser La France insoumise. Le mouvement créé en 2016 avait pour but de rassembler des personnalités politiques de tout horizon autour d’un programme commun. Mais la débâcle aux européennes a réveillé les différentes « cultures » du mouvement. Clémentine Autain a ainsi mis en cause « la ligne politique », dénonçant la stratégie populiste. Une critique balayée par plusieurs cadres de LFI, qui à l’inverse, ne veulent plus entendre parler « d’union de la gauche ».

« En cette période où le clivage gauche-droite, PS-UMP, en réalité, n’est plus le grand clivage structurant, nous devons porter notre propre clivage […] Le respect de la souveraineté populaire doit être la grande controverse que nous incarnons », lui répond notamment Alexis Corbière dans Libération.

>> Dans le contexte post-défaite, la « pluralité des cultures » semble faire obstacle à l’unité du mouvement (pour « l’unité du genre humain », il nous faut encore réfléchir).

Deuxième sujet bac S : « Reconnaître ses devoirs, est-ce renoncer à sa liberté ? »

Sans avoir à convoquer Kant, cette interrogation pourrait pousser LFI à s’interroger sur les devoirs et libertés de chaque insoumis dans le cadre d’un parti. François Ruffin a toujours revendiqué sa position « d’élection libre » mais sans jamais critiquer ouvertement les décisions internes ou Jean-Luc Mélenchon, comme l’a fait récemment Clémentine Autain. Pour certains insoumis, ces critiques publiques ont nui au mouvement. « Ce [qu’elle] fait est déloyal », a ainsi raillé l’ancienne porte-parole Rachel Garrido dans la revue Regards.

Charlotte Girard a, elle, décidé de reprendre sa liberté de ton, en claquant la porte du mouvement le 8 juin, fustigeant sa « désorganisation » et l’impossibilité d’y exprimer des désaccords. Cette ancienne coordinatrice du programme fait partie des 42 cadres et militants de LFI signataires d'une note interne, dévoilée par Le Monde, qui dénonce le fonctionnement du mouvement où n’existe selon eux « aucune véritable instance de décision collective ». « La difficulté c’est comment être un mouvement qui investit dans la société sans s’ossifier en parti, et pourtant avoir des règles de fonctionnement », résumait sur France Inter François Ruffin.

>> Difficile d’apporter une réponse ici, tant les avis divergent. On renvoie donc à cette pensée de Hegel, soumis ce lundi aux lycéens de L :

« L’homme ne s’en tient pas à ce qui est donné dans l’existence, mais il affirme, au contraire, avoir en lui la mesure de ce qui est juste […] c’est en lui-même qu’il trouve la confirmation ou la désapprobation de ce qui est en vigueur ».

Premier sujet L : « Est-il possible d’échapper au temps ? »

Cette question se pose aussi au mouvement, et à son patron Jean-Luc Mélenchon. Après une perquisition mouvementée et un mauvais score européen, le tribun n’échappe plus aux critiques. Après deux candidatures à la présidentielle et une longue carrière politique, pourrait-il prendre un peu de recul ? « Je proposerai une suite pour notre chemin et je dirai ce qu’il en sera pour moi », a prévenu l'intéressé sur son blog, précisant : « Je ne déprime pas, je ne pars pas à la retraite. Je suis au combat et j’y resterai jusqu’à mon dernier souffle, si je le peux ».

Mais toute idée de succession est balayée par les cadres insoumis. « Il n’est pas immortel, mais il est en bon état de marche, intellectuellement, physiquement, il a de l’énergie », répondait récemment Alexis Corbière, l’un de ses lieutenants. « Qu’il doute c’est normal, c’est un être humain, il n’est pas en colère, il réfléchit à quel peut être son rôle et comment il peut être le plus utile », a ajouté l’eurodéputée Manon Aubry vendredi.

>> Jean-Luc Mélenchon n’échappe pas au temps des critiques et devrait y répondre prochainement. Et si, comme nous tous – pauvres mortels !-, il n’échappe pas au temps qui passe (il aura 71 ans en 2022), la question de sa succession ne semble pas d’actualité pour les insoumis.