Parlement européen: «Ectoplasme», «aigri»... Nathalie Loiseau a-t-elle plombé les marcheurs?

UNION EUROPÉENNE Favorite pour présider le groupe centriste au Parlement européen, Nathalie Loiseau a fini par jeter l'éponge jeudi après des fuites dans la presse de ses propos peu diplomates

L.C.

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Nathalie Loiseau le soir des européennes, le 26 mai 2019.
Nathalie Loiseau le soir des européennes, le 26 mai 2019. — Lewis JOLY/SIPA
  • Nathalie Loiseau était la favorite pour présider le groupe centriste au Parlement européen, un poste aussi stratégique que symbolique pour l'influence des macronistes.
  • Mais l'ancienne ministre a renoncé à être candidate jeudi.
  • Même si son entourage le nie, elle y aurait été contrainte à cause de ses propos peu amènes sur des alliés européens, publiés dans la presse.

Après une campagne européenne difficile, les ennuis de Nathalie Loiseau ne sont pas finis. La tête de liste de la majorité a dû renoncer jeudi à briguer la présidence du groupe centriste au Parlement européen, fragilisée par ses propos peu diplomates qui ont fuité dans la presse. Un coup dur pour les macronistes, qui espèrent toutefois obtenir d’autres postes d’influence à Bruxelles, après être arrivés en deuxième position aux européennes, à un point du Rassemblement national.

Une balle dans le pied

Nathalie Loiseau était en pôle position pour présider le groupe centriste, troisième à Strasbourg après la droite et les sociaux-démocrates. Avec 21 députés élus le 26 mai, les marcheurs forment la délégation nationale la plus importante dans ce groupe d’une centaine de députés européens. Mais un petit incident diplomatique a balayé leurs chances de présider le groupe rebaptisé « Renouveler l’Europe ».

Devant une quinzaine de journalistes, Nathalie Loiseau a en effet critiqué, en off, plusieurs personnalités politiques, le 5 juin dernier. L’ex ministre des Affaires européennes qualifie alors le candidat du PPE à la présidence de la Commission, Manfred Weber, d'« ectoplasme ». Mais elle égratigne aussi ses alliés centristes, comme l’ancien eurodéputé français Jean Arthuis, « aigri », et le Belge Guy Verhofstadt, candidat à la présidence de la Commission, un « vieux de la vieille qui a des frustrations rentrées depuis quinze ans ». Ces propos n’étaient pas censés être divulgués, mais ils ont été publiés dans le quotidien belge Le Soir le 6 juin. Ambiance.

Et le démenti de Nathalie Loiseau n’a fait qu’aggraver les choses, en poussant plusieurs médias à confirmer les propos dont ils ont été témoins le 5 juin dernier.

« Tentatives d’humour noir »

Affaiblie dans son camp, la diplomate a fini par renoncer à briguer la présidence, qui était pourtant « son unique objectif ». Dans son entourage, on ne tente pas de démentir les propos de Nathalie Loiseau. « C’était contextuel, avec beaucoup de tentatives d’humour noir. Ses paroles ont clairement été déformées et utilisées hors contexte », dit à 20 Minutes un membre de l’équipe de la délégation française.

Il minimise l’effet des critiques de l’eurodéputée. « Aucune délégation ne s’est désolidarisée de nous, on a eu des demandes d’explication, c’est tout ». Quant à l’abandon de la présidence du groupe, il s’agirait d'« un choix stratégique » de la part des macronistes. « Les candidatures se sont multipliées. Arithmétiquement, on pouvait avoir la présidence, mais au prix de beaucoup de marchandage et en renonçant à d’autres postes ». Mais « il est évident que le "off" a joué un rôle », reconnaît-on malgré tout.

Rapport de force entre centristes

Il existe une autre version des faits. Selon une source au sein de La République en marche, citée par l’AFP, Nathalie Loiseau a finalement été convaincue, après avoir résisté, de renoncer à la présidence du groupe à l’issue d’une réunion mercredi soir avec certains de ses alliés européens. « Ils lui ont fait comprendre que ce n’était pas possible de prendre la présidence du groupe », explique cette source.

Malgré cet échec, les macronistes espèrent obtenir pour le numéro deux de leur liste, l’écologiste Pascal Canfin, la tête de la commission environnement du Parlement. La session constitutive du Parlement est prévue le 2 juillet.