Emmanuel Macron a-t-il «censuré» une partie de la lettre du résistant Henri Fertet pendant sa lecture?

FAKE OFF Emmanuel Macron est accusé d'avoir «censuré» une partie de la lettre du résistant français Henri Fertet pendant sa lecture, lors d'une commémoration du débarquement

Alexis Orsini

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Emmanuel Macron pendant sa lecture de la lettre d'Henri Fertet, à Portsmouth (Royaume-Uni), le 5 juin 2019.
Emmanuel Macron pendant sa lecture de la lettre d'Henri Fertet, à Portsmouth (Royaume-Uni), le 5 juin 2019. — REX/SIPA
  • Mercredi 5 juin, au Royaume-Uni, Emmanuel Macron est intervenu, au même titre que Donald Trump ou encore Justin Trudeau, lors d'une cérémonie célébrant le 75e anniversaire du débarquement.
  • Il a lu, pendant environ deux minutes, la dernière lettre du résistant français Henri Fertet, fusillé avant son 17e anniversaire.
  • Des internautes l'accusent d'avoir «censuré» des passages du texte faisant notammant référence à la religion catholique. S'ils ont bien été omis de sa lecture, l'Elysée nie «toute volonté de censure», et évoque le «timing ultra minuté» de cette intervention.

« Adieu, la mort m’appelle. Je ne veux ni bandeau, ni être attaché. Je vous embrasse tous. C’est dur quand même de mourir. Mille baisers. Vive la France. » C’est sur ces mots poignants qu’Emmanuel Macron a conclu, mercredi 5 juin à Portsmouth (Royaume-Uni), devant les nombreux chefs d’État rassemblés pour le 75e anniversaire du débarquement, sa lecture de la dernière lettre adressée par le résistant Henri Fertet à ses parents.

Tandis que certains internautes complimentaient l’hommage rendu à ce héros de la résistance, fusillé à l’âge peu avant son 17ème anniversaire, d’autres dénonçaient les omissions du président de la République à sa lecture de ce texte rédigé après 87 jours d’emprisonnement et de torture.

« SCANDALE Comme le journal Le Parisien il y a quelques années, Macron lit cette lettre en CENSURANT certains passages. Elle contient en fait de nombreuses références à la religion catholique (au curé, à l’évêque du lieu qui l’avait défendu etc) et à la "France éternelle" », a par exemple affirmé un utilisateur de Twitter, dont le coup de gueule a été repris par de nombreux internautes.

FAKE OFF

Si l’Elysée a bien présenté cette intervention comme une « lecture de la lettre d’adieu d’Henri Fertet », Emmanuel Macron en a en réalité lu des extraits, comme on peut le vérifier en comparant son intervention au texte intégral de la lettre, disponible sur le site Chemins de mémoire.

Il en a retenu les premières lignes (« Chers parents, ma lettre va vous causer une grande peine, mais je vous ai vus si pleins de courage que, je n’en doute pas, vous voudrez encore le garder, ne serait-ce que par amour pour moi »), puis, essentiellement, des passages présents vers la fin du texte, ayant notamment trait à sa vision du pays (« Je meurs pour ma Patrie. Je veux une France libre et des Français heureux. Non pas une France orgueilleuse, première nation du monde, mais une France travailleuse, laborieuse et honnête. Que les français soient heureux, voila l’essentiel. Dans la vie, il faut savoir cueillir le bonheur. »).

Le chef de l’État a donc bien laissé de côté la phrase dans laquelle Henri Fertet demandait de dire à ses « proches parents et amis » sa « confiance en la France éternelle », ainsi que les salutations adressées à son curé (« Dites à M. le Curé que je pense aussi particulièrement à lui et aux siens. Je remercie Monseigneur du grand honneur qu’il m’a fait, honneur dont, je crois, je me suis montré digne »). Ou encore la mention « Au Ciel, près de Dieu ».

« Un timing ultra minuté »

Contacté par 20 Minutes, l’Elysée nie « toute volonté de censure » : « La cérémonie ayant eu lieu à Portsmouth, elle était entièrement organisée par les Britanniques, avec un timing ultra minuté pour chaque intervention, limitée à environ deux minutes. » Donald Trump et Justin Trudeau, qui ont pris la parole avant Emmanuel Macron, ont respecté la même durée d’intervention que lui – d’environ 2 minutes –, comme on peut le voir sur la vidéo tournée par la BBC pendant la cérémonie (respectivement à partir de 28’20 puis de 37’00).

« La lettre ne pouvant être lue dans son intégralité, le choix a été fait de lire uniquement les messages généraux d’Henri Fertet sur la France et sur sur son engagement plutôt que ses messages plus personnels adressés à ses proches », poursuit l’Elysée. Une partie de la lettre fait en effet référence aux différentes « dettes » du résistant et de ses camarades du lycée.

Emmanuel Macron avait-il bien connaissance du texte intégral ? « Le président connaissait la lettre dans son entièreté, l’arbitrage sur les extraits conservés a été fait en amont de sa lecture », assure l’Elysée.