Démission de Valérie Pécresse: Pourquoi quitte-t-elle Les Républicains?

POLITIQUE La présidente de la Région Île-de-France a annoncé mercredi soir quitter le parti, trois jours après la démission de Laurent Wauquiez de la présidence

T.L.G.

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La présidente de la région Ile-de-France, Valérie Pécresse, dans son bureau ce lundi à Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis)
La présidente de la région Ile-de-France, Valérie Pécresse, dans son bureau ce lundi à Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis) — JACQUES WITT / Sipa pour 20 Minutes
  • Après la débâcle du parti aux européennes et la démission de Laurent Wauquiez, la crise s’intensifie chez Les Républicains.
  • Valérie Pécresse, présidente de la région Île-de-France, a annoncé mercredi soir quitter le parti.
  • Ce départ s’explique en partie par un rétrécissement de la base militante.

Chez Les Républicains, les portes n’en finissent plus de claquer. Valérie Pécresse a annoncé mercredi soir son départ du parti, accompagnée de quelques-uns de ses proches. Le parti plonge un peu plus dans la crise, après sa cinglante défaite aux européennes et quelques jours après la démission de son président, Laurent Wauquiez.

Le départ de Valérie Pécresse a été accueilli très froidement par les cadres du parti. « Dans les moments difficiles on ne quitte pas le navire », a ainsi répliqué Éric Ciotti. Mais pourquoi la présidente de la région Ile-de-France a-t-elle choisi de s’en aller ?

Reconstruire la droite depuis l’extérieur des Républicains

« J’ai acquis la conviction que la refondation de la droite ne pourra pas se faire à l’intérieur et qu’elle doit se faire à l’extérieur du parti […] Le parti est cadenassé de l’intérieur, dans son organisation mais aussi dans ses idées », a déclaré l’élue francilienne sur France 2 mercredi. « Tous ceux qui sont aujourd’hui dans le parti, qui sont aux responsabilités dans le parti, y compris les parlementaires, ne souhaitent pas ouvrir une réflexion sur la France d’aujourd’hui ». L’ancienne ministre de Nicolas Sarkozy dit vouloir reconstruire la droite depuis l’extérieur des Républicains.

« Peu de gens pensaient que Jean-Luc Mélenchon serait un acteur important de la présidentielle après son départ du PS en 2008. L’autre exemple réussi est celui d’Emmanuel Macron avec le lancement d’En Marche mais dans un contexte très particulier », indique Bruno Cautrès, chercheur au CNRS et au Cevipof. « Mais c’est une stratégie risquée : cela demande des moyens humains et financiers importants. Il y a d’ailleurs plusieurs échecs dans le domaine, comme Florian Philippot [Les Patriotes] ou Benoît Hamon [Génération. s] ».

Une ligne minoritaire au sein des militants LR

Valérie Pécresse incarnait depuis plusieurs années l’aile modérée des Républicains. La fondatrice du mouvement Libres ! s’opposait à la ligne « droitière » défendue par Laurent Wauquiez depuis son élection en décembre 2017. « Ça fait trois ans que je plaide pour un changement de ligne et un changement de stratégie, j’ai plaidé pour l’élargissement de la droite : on a eu le rétrécissement », a-t-elle déploré. Comme un aveu : Valérie Pécresse n’a jamais su convaincre au sein du mouvement.

« Il y a comme un décalage entre une partie de l’État-major, qui désire se rapprocher du centre comme Valérie Pécresse et les adhérents », assure Bruno Cautrès, politologue du Cevipof. « Ces dernières années, à chaque fois que la parole a été donnée aux militants, la ligne juppéo-centriste a échoué. En 2012 lors du duel Jean-François Copé-François Fillon, en 2014 lors du retour de Nicolas Sarkozy, lors de la primaire 2016 où Fillon l’a emporté ou lors du Congrès LR de 2017 », précise-t-il.

A ce dernier scrutin, le proche de Valérie Pécresse, Maël de Calan, n’avait obtenu que 9.25 % des suffrages, écrasé par les 74.64 % de Laurent Wauquiez, élu dès le premier tour. Comme un symbole : Valérie Pécresse avait essuyé les sifflets des militants lors d’un conseil national en janvier 2018. « Le parti a connu de nombreux départs de militants [de 370.000 en mai 2007 à 70.000 aujourd’hui]. Ceux qui restent sont le noyau dur, qui ont des positions plus à droite sur les questions de sécurité, de frontières, d’immigration », dit Bruno Cautrès.

Un intérêt stratégique pour sa réélection en 2021 ?

De plus, la présidente de la région IDF pouvait craindre une réélection compliquée avec la seule étiquette Les Républicains en 2021. « Lorsqu’on voit le vote LR en Ile-de-France aux européennes, elle pourrait avoir du mal à se faire réélire en 2021 avec le seul score de la droite, d’autant que sa victoire avait été très serrée face à Claude Bartolone en 2015 », ajoute Bruno Cautrès. A Paris et dans des fiefs franciliens traditionnellement de droite, comme les Hauts-de-Seine, la liste LREM est arrivée en tête devant celle des Républicains.