Perquisitions chez Gérard Collomb: De quoi le maire de Lyon est-il soupçonné?

JUSTICE Le domicile de l’élu et la mairie de Lyon ont été perquisitionnés mercredi dans le cadre d’une enquête préliminaire sur des soupçons de détournement de fonds publics

Caroline Girardon

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Le domicile de Gérard Collomb et la mairie de Lyon ont été perquisitionnés le 5 juin dans le cadre d'une enquête préliminaire sur des soupçons détournement de fonds publics, ouverte par le parquet national financier.
Le domicile de Gérard Collomb et la mairie de Lyon ont été perquisitionnés le 5 juin dans le cadre d'une enquête préliminaire sur des soupçons détournement de fonds publics, ouverte par le parquet national financier. — JOEL SAGET / AFP
  • Le parquet national financier a ouvert une enquête préliminaire sur des soupçons de détournements de fonds publics.
  • Gérard Collomb, le maire de Lyon est soupçonné d’avoir fait bénéficier son ancienne compagne d’emplois fictifs à la mairie et d’emplois surpayés.
  • Le montant du détournement présumé serait chiffré à 500.000 euros brut sur dix ans.

Une affaire dont Gérard Collomb se serait bien passé. Et qui n’est pas sans rappeler celle qui a éclaboussé François Fillon. A dix mois seulement des élections municipales, l’ancien ministre de l’Intérieur est dans le viseur du parquet national financier.

Son domicile et la mairie de Lyon qu’il dirige à nouveau depuis son retour de la place Beauvau, ont été perquisitionnés mercredi dans le cadre d’une enquête préliminaire sur des soupçons de détournement de fonds publics. Si les chefs de prévention ne sont pas encore fixés, l’édile est soupçonné d’avoir fait bénéficier son ex-compagne d’emplois fictifs à la mairie et d’emplois surpayés.

Qu’est ce qui a mis le feu aux poudres ?

Tout serait parti de soupçons émis par la chambre régionale de la Cour des comptes, qui s’est penchée sur les finances de la ville de Lyon et aurait relevé un cas litigieux, celui de Myriam N., employée par la municipalité depuis une vingtaine d’années. La principale intéressée n’est autre que l’ancienne compagne de Gérard Collomb, qu’il a rencontrée en 1995, un an après son divorce d’avec sa première épouse. Entre eux : une « histoire passionnée » qui a duré trois ans, selon une biographie consacrée au maire de Lyon (Le Baron rebelle, parue en 2013), et au cours de laquelle est né le troisième des cinq enfants de l’ancien ministre de l’Intérieur.

Relevant plusieurs irrégularités, la chambre régionale des comptes aurait transmis un audit provisoire au parquet national financier, qui a décidé d’ouvrir une enquête préliminaire. Si le parquet confirme l’ouverture de cette enquête, la chambre régionale se refuse à tout commentaire, précisant que son rapport n’a pas encore été rendu public.

Quelles sont les irrégularités relevées ?

« Titularisée comme agent administratif en juin 2005 », l’ancienne compagne du maire de Lyon a travaillé dans différentes mairies d’arrondissement de Lyon, au cabinet du maire puis dans les services d’aménagement urbains. Durant plusieurs années, elle aurait bénéficié d’une rémunération supplémentaire sous forme d’heures supplémentaires. Une pratique courante et légale. La principale intéressée n’a pas démenti, évoquant dans les colonnes du Point, un salaire mensuel « de moins de 1.500 euros » et précisant « travailler plus qu’il n’en faut ».

C’est le volume de ces heures supplémentaires qui aurait alerté la chambre régionale de la cour de Comptes. « Sur beaucoup des postes occupés, elle aurait eu un maximum d’heures supplémentaires attribuées » alors que les missions qui lui étaient confiées « ne justifiaient pas » un tel dépassement, précise-t-on dans l’entourage de Gérard Collomb.

Autre problème : elle n’aurait pas toujours été en poste lorsque certaines heures supplémentaires ont été déclarées, notamment parce qu’elle ne travaillait pas aux périodes mentionnées ou n’occupait plus le poste en question, apprend-on d’une source proche du dossier.

Au total, le montant des détournements présumés serait de 500.000 euros sur une période allant de 2009 à 2018. Soit un salaire mensuel gonflé d’environ 50 % grâce aux heures supplémentaires.

Quel est le rôle attribué à Gérard Collomb ?

« Ce cas précis était connu depuis de nombreuses années par beaucoup de gens », confie-t-on dans l’entourage de l’élu, qui entretenait des relations tendues avec son ex. Une femme que beaucoup décrivent comme « particulière » ou « compliquée à gérer de par sa personne ». L’idée avancée par certains serait que le maire de Lyon aurait voulu apaiser la situation et s’éviter des complications en lui assurant un avenir professionnel.

L’édile a souhaité couper court à toute rumeur en précisant dès mardi soir, et avant la publication d’un article du Canard Enchaîné, révélant l’ouverture de l’enquête préliminaire, qu’il était étranger à cela. Dans un communiqué transmis à l’AFP, le maire de Lyon affirme avoir lui-même été informé de ces dérives en février 2019 à la suite d’un « signalement » effectué par la hiérarchie de Meriem N. Quel en était l’objet ? Aucune information n’a filtré mercredi à ce sujet.

« J’ai aussitôt pris l’initiative de faire diligenter une enquête administrative dont les conclusions seront rendues fin juin et, conformément à l’article 40, j’ai informé le procureur de la République », poursuit Gérard Collomb.

Des propos qui laissent dubitatifs plusieurs sources, voyant ainsi dans cette communication « une stratégie de défense » ou « une façon de se couvrir » et affirmant à 20 Minutes que les « ordres venaient du plus haut niveau » et que des « traces » existeraient.

A qui profite le scandale ?

Impossible de ne pas voir un parallèle avec l’affaire Fillon. Le maire de Lyon lui-même est convaincu que la divulgation de cette affaire a pour but de lui nuire alors qu’il brigue à nouveau la Métropole. « Il n’échappera à personne les véritables raisons qui conduisent ceux qui ont pris l’initiative de diffuser de telles informations de m’atteindre à dix mois des élections municipales », s’est-il défendu sans donner de nom.

David Kimelfeld, président de la Métropole de Lyon, qui entretient des relations compliquées avec Gérard Collomb, a assuré au Progrès qu’il ne « pouvait en aucune façon, se réjouir de cette affaire ». « J’ai toujours vu un homme qui, jusqu’à preuve du contraire, respectait règles, un homme honnête », rappelle-t-il.

« Cette situation doit être difficile à vivre pour lui et sa famille et je rappelle que le droit à la présomption d’innocence est essentiel et élémentaire », déclare de son côté Thomas Rudigoz, député de la 1re circonscription du Rhône.

Le maire de Lyon a prévu de réagir ce mercredi soir à l’issue de la perquisition.