Non, Recep Tayyip Erdogan n’a pas fermé des écoles françaises en Turquie en représailles à Emmanuel Macron

FAKE OFF Une intox affirme que le président turc a fait fermer plus de 70 écoles françaises en Turquie en riposte à une décision d'Emmanuel Macron

Alexis Orsini

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Recep Tayyip Erdogan et Emmanuel Macron à Istanbul, le 27 octobre 2018.
Recep Tayyip Erdogan et Emmanuel Macron à Istanbul, le 27 octobre 2018. — Lefteris Pitarakis/AP/SIPA
  • Selon un post Facebook viral, abondamment repris depuis sa première publication, une passe d'armes aurait opposé, en coulisses, les présidents français et turc.
  • Emmanuel Macron aurait décidé d'annuler la construction d'une école turque à Paris, ce qui aurait entraîné, en représailles, la fermeture par Recep Tayyip Erdogan de nombreuses écoles françaises en Turquie.
  • Il s'agit en réalité d'une intox (comme le confirment plusieurs sources à 20 Minutes), qui s'appuie toutefois sur des tensions existantes entre la France et la Turquie à propos d'une idée d'Erdogan. 

Un bras de fer diplomatique entre Emmanuel Macron et son homologue turc, Recep Tayyip Erdogan, a-t-il été passé sous silence ? C’est ce que laisse penser un post Facebook particulièrement relayé depuis sa publication, le 28 mai.

« Le président français Macron a annoncé hier sa décision d’annuler le permis délivré par la municipalité de Paris pour y installer une école turque. Après seulement une demi-heure, la présidence turque a décidé de fermer toutes les écoles françaises situées sur le territoire turc et plus de 70 écoles françaises […] en activité dans toute la Turquie », affirme-t-il.

« Quelques minutes plus tard, le président français a retiré sa décision, s’est excusé auprès de la municipalité de Paris et [lui] a demandé de fournir les installations nécessaires aux Turcs pour la construction de leur école », poursuit ce texte. Il s’appuie en outre sur un montage photo montrant les présidents en désaccord, dans la continuité de leurs relations tendues des derniers mois – notamment depuis qu’Erdogan a conseillé à Emmanuel Macron « d’apprendre à être honnête en politique » alors que la France commémorait le génocide arménien.

Si la question de l’ouverture de lycées turcs en France a récemment donné lieu à des échanges assez vifs entre Paris et Ankara, ni Emmanuel Macron ni Recep Tayyip Erdogan n’ont pris de telles décisions, comme l’indique une source diplomatique à 20 Minutes : « Ces rumeurs sont sans fondement. »

FAKE OFF

L’intox est d’autant moins vraisemblable que « la France ne compte pas 70 établissements scolaires en Turquie » mais « deux établissements français gérés par l’Agence pour l’enseignement du français (AEFE) à l’étranger : le lycée Pierre Loti à Istanbul et le Lycée Charles de Gaulle à Ankara », comme le précise cette source.

Contactée par 20 Minutes, l’AEFE confirme que « ses deux lycées en Turquie sont toujours ouverts », tout en précisant : « Ce sont les deux seuls établissements reconnus par l’État français, les deux seuls lycées français à l’étranger de Turquie – qui couvrent en fait l’école, le collège et le lycée, comme les cités scolaires françaises – même s’il existe des écoles privées turques qui enseignent le français. »

Sur son site, l’ambassade de France en Turquie dénombre bien, en plus de ces lycées, une dizaine d’« écoles françaises et francophones », majoritairement situées à Istanbul.

Des tensions (bien réelles) entre Paris et Ankara

L’intox rebondit en revanche sur une polémique bien réelle, née d’un entrefilet du Point publié le 3 mai sous le titre « Erdogan veut créer des lycées turcs en France ». Il évoquait, outre ce souhait du président turc, des visites « modérément courtoises » de fonctionnaires d’Ankara auprès des responsables de lycées français en Turquie. Ainsi que le passage, les 20 et 21 mai derniers, d’une délégation turque chargée d’observer les lycées internationaux de l’Hexagone, ce que nous confirme le ministère de l’Education nationale : « Une délégation turque est bien venue à Paris, où elle a été reçue par le ministère des Affaires étrangères. »

Le 10 mai, sur le plateau de RMC-BFM TV, Jean-Michel Blanquer avait clairement indiqué l’opposition de l’Education nationale au projet d’Erdogan : « Je lui dis non parce que je pense qu’aujourd’hui nous avons trop de gestes inamicaux qui nous viennent de la Turquie. […] Si nous avions un Etat neutre sur le plan idéologique et religieux, qui ne cherche pas ces logiques d’expansion, bien entendu, il y a toujours des possibilités de discuter. […] Mais ça n’est pas la situation que nous avons aujourd’hui. ».

La mairie de Paris indique pour sa part à 20 Minutes ne pas « avoir reçu de demande d’installation d’une école turque parmi les peu de demandes d’ouvertures d’écoles reçues ces derniers mois », tout en rappelant que ce type de structure nécessite un triple accord entre académie, ville et préfecture.