Démission de Laurent Wauquiez: Qui pour lui succéder à la tête des Républicains?

CASTING Elu par les adhérents en décembre 2017, Laurent Wauquiez a démissionné dimanche de la présidence des Républicains, une semaine après l'élection européenne

Laure Cometti

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Laurent Wauquiez à Aubergenville le 8 février 2019.
Laurent Wauquiez à Aubergenville le 8 février 2019. — Jacques Witt/SIPA
  • Laurent Wauquiez démissionne de la présidence des Républicains, qu’il assurait depuis décembre 2017 après avoir été élu par les adhérents LR.
  • Son annonce, dimanche, a été saluée par l’ensemble des Républicains, soulagés du départ du président de la région Auvergne-Rhône-Alpes, après la débâcle des européennes le 26 mai.
  • Le parti compte plusieurs potentiels candidats à la présidence, mais la succession s’annonce déjà délicate.

Pour une fois, il a fait l’unanimité. Poussé vers la sortie, accusé d'avoir «rétréci» la ligne politique des Républicains et mené le parti à sa perte aux européennes, Laurent Wauquiez a annoncé sa démission dimanche. Sa décision a été saluée par l’ensemble des membres de son parti. Mais l’après Wauquiez comporte plus de questions que de réponses. A moins d’un an des élections municipales, une période d’incertitude s’ouvre pour la droite, à commencer par la question de la future présidence du parti.

Gérard Larcher, l’atout de l’expérience locale

Il y a déjà plusieurs noms qui circulent. A commencer par celui de Gérard Larcher, 69 ans, qui est pour certains l’homme de la situation. Le président du Sénat doit tenir mardi la première réunion du « chantier de reconstruction » de la droite et du centre qu’il a lancé dès le 27 mai. « Il a deux avantages, son expérience territoriale, pour éviter l’hémorragie d’élus, et sa fibre sociale », note Damien Abad, vice-président du parti. Mais « il est président du Sénat, je ne suis pas sûr qu’il ait envie de présider LR », estime Daniel Fasquelle, député du Pas-de-Calais.

Valérie Pécresse pour « élargir la droite »

Valérie Pécresse pourrait-elle succéder à Laurent Wauquiez ? La présidente de la région Ile-de-France avait renoncé à briguer la tête du parti en décembre 2017, préférant lancer son mouvement, Libres !. Elle a les faveurs de Philippe Gosselin. « C’est quelqu’un de dynamique, qui a de l’expérience, elle a été ministre, et puis elle a un regard un peu différent sur la politique. Elle a la capacité de rassembler », estime le député de la Manche. Dès le 27 mai, elle a formulé une sorte de profession de foi sur France 2, prônant « l’élargissement de la droite » : « il faut s’appuyer sur la droite conservatrice, mais il faut parler aux libéraux, aux écolos, aux jeunes, aux urbains, aux femmes… ».

Xavier Bertrand, de retour au bercail ?

La piste Xavier Bertrand est également évoquée. Le président de la région Hauts-de-France a quitté LR dès l’élection de Laurent Wauquiez. Il bénéficie d’une bonne cote de popularité. Son retour au parti est souhaité, notamment par Daniel Fasquelle, Valérie Pécresse ou encore Guillaume Peltier.

« Qu’il revienne dans sa famille politique, qu’il apporte son expérience, pourquoi pas. Mais cela me semble difficile qu’il dirige le parti, ce serait un signal compliqué pour tous ceux qui sont restés jusqu’au bout chez LR, qui ont fait tourner la boutique depuis deux ans », tempère Philippe Gosselin. Xavier Bertrand rencontrera en tout cas Gérard Larcher en tête à tête mercredi, selon RTL.

Retailleau, Baroin, Peltier ou Didier…

Bruno Retailleau fait lui aussi partie des potentiels successeurs. Mais il ne fait pas l’unanimité au lendemain d’un score interprété comme un échec de la stratégie misant sur la ligne conservatrice du parti, à laquelle il appartient. « Un profil à la Retailleau, c’est pire que tout », souffle un cadre qui lui préfère de loin François Baroin. Le président de l’association des maires de France a le profil pour « faire le lien entre les sensibilités et les générations, réconcilier les militants et les électeurs ».

Guillaume Peltier, et Geoffroy Didier, respectivement premier vice-président du parti et ancien directeur de campagne de la liste LR, se sont eux positionnés pour participer à la reconstruction du mouvement. Mais ils agacent certains en interne. « Leurs récentes saillies nous nuisent. Quand on a été directeur de la campagne des européennes, on ne se désolidarise pas à ce point de la tête de liste », s’exaspère un cadre au sujet des critiques virulentes émises par Geoffroy Didier au lendemain du scrutin, visant en creux François-Xavier Bellamy et Laurent Wauquiez. « L’avenir de la droite ça ne peut pas être d’être contre l’IVG, avait-il taclé. Pour une partie de nos sympathisants, nous sommes devenus une droite "peut-être ben que oui, peut-être ben que non". Les gens qui nous sont fidèles en ont ras le bol de ces girouettes ».

La piste d’une direction collégiale

De nombreux LR craignent que la question de la succession de Laurent Wauquiez nuise au parti. « Ce qu’il faut éviter absolument, c’est la guerre des chefs », a prévenu le député de Paris Claude Goasguen sur LCI ce lundi. Puisqu’aucune figure ne fait à ce jour l’unanimité, certains plaident pour une direction collégiale, comme Eric Woerth.

« Pourquoi pas, mais on a déjà fait le triumvirat, rappelle Damien Abad. Plus qu’une direction collégiale, il faut un état d’esprit collectif ». Pour Philippe Gosselin, « ce n’est pas une solution tenable à l’avenir. Plusieurs crocodiless dans le même marigot, ça finit rarement bien… En revanche, celui ou celle qui reprendra les rênes devra pratiquer l’ouverture, avec un bureau où les différentes sensibilités seront représentées ».

Pour peser parmi les courants, une dizaine de jeunes élus LR a lancé une offensive après le 26 mai, en appelant Laurent Wauquiez à mettre en place un «comité de renouvellement». « Il faut que la jeune génération ait toute sa place », appuie Daniel Fasquelle.

Un scrutin à l’automne ?

Qui que ce soit, le ou la futur(e) président(e) s’exposera à des pressions internes en vue de la présidentielle. Certains cadres veulent en effet que la future direction du parti renonce à ses éventuelles ambitions pour la présidentielle de 2022.

Les statuts prévoient qu’une nouvelle élection soit organisée dans un délai de 65 jours, donc à la mi-août, mais la majorité des cadres LR plaide pour un scrutin à l’automne. « Ça n’a pas de sens de faire voter les adhérents fin juillet, début août explique Philippe Gosselin. Mi-octobre, ça laisse le temps de rassembler, de préparer des équipes et un projet ». Un temps utile car à ce jour « il n’y a pas de tête qui s’impose », constate-t-il.

Rassembleur, charismatique mais pas trop ambitieux, connu mais capable d’incarner le renouveau… « C’est un peu le mouton à cinq pattes », conclut Philippe Gosselin. A tel point que certains nostalgiques rêvent d’un retour de Nicolas Sarkozy.