LR après Wauquiez: Refaire l'UMP en 2019, est-ce vraiment une bonne idée?

POLITIQUE Depuis plusieurs jours, les initiatives se multiplient à l'intérieur et en dehors du parti pour la reconstruction «de la droite et du centre»

Thibaut Le Gal

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Les responsables de la droite.
Les responsables de la droite. — GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP
  • Laurent Wauquiez a démissionné de la présidence du parti dimanche.
  • Les initiatives de cadres LR se multiplient à l’intérieur et en dehors du parti pour la reconstruction « de la droite et du centre »
  • Tiraillée entre le RN et Emmanuel Macron, la droite peut-elle refaire le coup de l’UMP ?

Dans Game of Thrones comme en politique, la question des alliances est cruciale pour l’emporter. Après le coup de massue européen, Laurent Wauquiez a rendu sa couronne. Décapités, Les Républicains se cherchent un nouveau chef et s’interrogent fatalement sur leur propre existence : comment survivre entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen ?

Depuis plusieurs jours, les initiatives se multiplient à l'intérieur et en dehors du parti pour la reconstruction « de la droite et du centre ». Sans le dire, la droite est tentée de réinventer l’Union pour un mouvement populaire, créée en 2002 pour endiguer le Front national de Jean-Marie Le Pen. Mais refaire l’UMP en 2019, est-ce vraiment une bonne idée ?

Emmanuel Macron poursuit son OPA sur la droite

Le patron du Sénat Gérard Larcher a convoqué le ban mardi à Paris pour rebâtir «un projet pour la droite et le centre». Cette stratégie de recentrage est défendue par tous les cadres depuis la débâcle du 26 mai. « Il faut élargir notre famille politique, reparler aux centristes, aux déçus d’En marche, à tous ceux qui sont touchés par la fracture périphérique », résume Damien Abad, le vice-président du parti.

Or il n’aura échappé à personne que depuis 2017, une nouvelle écurie est entrée dans le jeu. La République en marche a d’ailleurs poursuivi aux européennes son opération de siphonnage de l’électorat de droite entrepris depuis deux ans. L’espace politique n’est plus celui de 2002 : « Le parti central est LREM. C’est lui qui attire les électeurs de centre-gauche et de centre-droit. Emmanuel Macron avait déjà rallié en 2017 50 % des électeurs de Hollande, une majorité des votes Bayrou, et 1/5 du vote Sarkozy », rappelle Frédéric Dabi, directeur général adjoint de l’Ifop.

Aux européennes, 27 % des électeurs de François Fillon en 2017 ont choisi la liste de la majorité selon la dernière enquête de l'institut. « La droite est face à une vraie question d’espace politique, car ce mouvement de fond se poursuit. Comme l’a dit Edouard Philippe, la poutre travaille toujours », ajoute le sondeur.

L’appel à l’unité de Gérard Larcher a d’ailleurs été balayé par une partie des anciens alliés, Jean-Christophe Lagarde de l'UDI, l’ex-LR Xavier Bertrand, ou Fabienne Keller et les membres d’Agir. « Il s’agit d’une question interne à LR, ça ne nous regarde pas, souffle l’eurodéputée, élue sur la liste de la majorité. L’UMP avait été pensé par Chirac comme un rempart contre le FN. Ce grand rassemblement de la droite et du centre a échoué par la stratégie de droitisation de Laurent Wauquiez, soutenue par l’ensemble de LR, et par l’ambiguïté au second tour de la présidentielle [ certains élus avaient voté blanc] ».

La droite cherche donc peut-être surtout à empêcher l’hémorragie : l’exécutif a profité de la débâcle pour lancer plusieurs opérations séduction dans la perspective des municipales.

Des électeurs tentés par le Rassemblement national ?

Autre écueil pour la droite : le risque de pousser les élus et électeurs déçus de ce recentrage dans les bras de Marine Le Pen, qui n’attend que ça. L’enquête de l’Ifop montre que 15% des électeurs de François Fillon en 2017 ont voté pour la liste menée par Jordan Bardella le 26 mai dernier.

L’idée d’une potentielle alliance électorale entre les deux partis serait d’ailleurs en progression auprès des sympathisants Républicains, à 47 % selon un sondage Kantar Sofres-onepoint, réalisé en février dernier (contre 43 % en 2018 et 38 % en 2017).

« Cette stratégie de recentrage est un suicide pour les Républicains. En refusant de se penser, l’UMP est devenue un simple cartel électoral, qui n’a plus de sens aujourd’hui puisque Macron a pris tout le centre », insiste le souverainiste Paul-Marie Coûteaux. Ce partisan historique de l'union des droites estime le rapprochement inévitable. « La démission de Wauquiez précipite le calendrier de Marion Maréchal, mais elle savait que l’effondrement de LR arriverait. La difficulté, pour elle, sera d’extraire du brouillard actuel un électorat qui existe potentiellement », poursuit-il.

Jérôme Sainte-Marie relativise, lui, les désirs d’une nouvelle UMP : « La formule d’alliance entre la droite et le centre me semble dépassée, puisqu’on ne peut parler du centre sans parler de LREM, dit le président de PollingVox. Ce qui se joue actuellement, c’est la stratégie pour les municipales. La droite, qui est désormais un grand parti d’élus locaux, prépare déjà les alliances qu’elle fera en 2020, notamment dans les grandes villes où LREM à un électorat important ».