Jean-Luc Mélenchon le 26 mai 2019.
Jean-Luc Mélenchon le 26 mai 2019. — NICOLAS MESSYASZ/SIPA

GAUCHE

Elections européennes: La déroute de LFI dans les urnes ravive les divergences des Insoumis

Au lendemain des européennes, la France insoumise est de nouveau secouée par des débats internes sur sa ligne politique

  • Le score de La France insoumise aux européennes (6,31%) est « très décevant » selon Jean-Luc Mélenchon.
  • Au lendemain de cette déroute électorale, le débat interne sur la ligne idéologique du mouvement est ravivé par plusieurs cadres.
  • Mais certains pointent aussi des erreurs dans la stratégie de la campagne.

Après les européennes, c’est l’heure du bilan pour les Insoumis. Leur score (6,31 %), « très décevant » selon Jean-Luc Mélenchon, ravive les divergences en interne, sur la stratégie et l’idéologie. Dès lundi, la députée LFI Clémentine Autain a attaqué « la ligne politique » du mouvement, et son fondateur. Mais les Insoumis sont divisés sur le bilan à tirer du vote de dimanche et la stratégie à adopter à l’avenir.

Clémentine Autain attribue la déroute de son mouvement dimanche à « la ligne politique ». « L’état d’esprit polémique et clivant a sans doute pris le dessus sur la mise en avant de notre vision du monde et de nos propositions. Or notre famille politique prospère quand elle s’appuie sur le ressort de l’espérance et non sur celui de la haine. », a-t-elle déclaré à L’Obs.

Ligne populiste vs. « union des gauches »

Des critiques balayées par Eric Coquerel, proche de Jean-Luc Mélenchon. « Clémentine dit que la ligne populiste, dégagiste, est trop clivante, mais d'autres disent qu’elle n'a pas été assez dégagiste », relativise-t-il auprès de 20 Minutes. « Après un échec, certains sont tentés d’accroitre les différences, en essayant de trouver une raison ». Mais pour le député de Seine-Saint-Denis, « à la base de notre mouvement, les débats ne portent pas sur la ligne qui serait trop clivante, ou trop "union des gauches" ».

Ce débat n'est en tout cas pas nouveau chez les Insoumis. A-t-il plombé la campagne ? « Il y a un problème quant à la ligne de sortie ou non de l’Union européenne pendant cette campagne », a jugé Raquel Garrido, l’ancienne porte-parole de LFI  interrogée ce mardi par la revue Regards. « Notre discours sur l’UE n’est pas facile », préfère nuancer Eric Coquerel. « On veut rompre avec cette Europe, mais on ne peut pas mentir aux gens et leur dire que le Parlement européen peut modifier les traités, c’est faux, or ce discours n’est pas de nature à mobiliser l’électorat ».

Une campagne anti-Macron dont LFI n’a pas tiré profit

D’un point de vue stratégique, les Insoumis ont présenté ce scrutin comme un référendum sur la politique d’Emmanuel Macron. « Je souhaite le battre aux Européennes. Je dis aux gens "faites de cette élection un référendum anti-Macron" », déclarait dès le mois d’octobre 2018, Jean-Luc Mélenchon sur RMC. Le mantra a rythmé les meetings : « L’objectif, c’est de dire non à l’Europe des Macron », scandait le député de la Somme François Ruffin, en meeting à Amiens le 10 avril dernier.

Mais cette stratégie n’a pas eu l’effet escompté par les Insoumis. « On avait raison de dire, il fallait le dire : le bulletin de vote va servir à sanctionner Macron, mais ça s’est traduit par un vote utile pour le RN, constate désormais Eric Coquerel. C’est vrai que ce rapport de force nous a desservis ». Pour expliquer ce score de 6 %, l’élu pointe aussi l’abstention, et l’absence d'« un socle électoral » suffisamment solide. C’est pour lui le prochain défi de La France insoumise. Cela pourrait passer par « la création d’une fédération populaire », un appel lancé il y a un mois par Jean-Luc Mélenchon dans Libération. « Il faut qu’on reparte de l’avant, en priorisant les classes populaires », résume Eric Coquerel, à propos des municipales de 2020.