Elections européennes: Au QG du RN, en pole position, on ouvrait les bouteilles de champagne une heure avant 20h

POLITIQUE Le Rassemblement national (RN) de Marine Le Pen est arrivé en tête dimanche des élections européennes en France, devançant légèrement la liste soutenue par le président Emmanuel Macron

Thibaut Le Gal

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Jordan Bardella
Jordan Bardella — Bertrand GUAY / AFP
  • Le Rassemblement national est arrivé en tête dimanche des élections européennes en France
  • La liste de Jordan Bardella devance légèrement celle de la majorité.
  • Marine Le Pen a estimé que le président de la République « n'[avait] d’autre choix que de dissoudre l’Assemblée nationale » compte tenu du « désaveu démocratique subi ».

En début de soirée, l’attente règne au milieu des palmiers. Le Rassemblement national organise ce dimanche sa soirée des européennes dans la tropicale ambiance de la Palmeraie, dans le 15e arrondissement de Paris. Deux heures avant les résultats, qui donnent le parti en tête, les militants se réunissent par petits groupes, les yeux rivés sur leur téléphone pour obtenir les premières tendances. « Les “gilets jaunes” ont été un premier coup dur pour Emmanuel Macron. Notre score ce soir sera une seconde claque », prophétise un jeune frontiste devant ses amis.

Certains veulent voir dans la forte participation un signe positif pour le RN. « La hausse des votes dans les zones rurales est une bonne nouvelle pour nous. D’ailleurs, les chiffres qui remontent sont très bons… », sourit Gérard de Mellon, conseiller régional de Bretagne. « Notre objectif est d’être en tête pour marquer un coup d’arrêt à Macron, sur le plan de la politique nationale et sur sa politique européenne ».

Champagne et cris de joie

Au fil de la soirée, les visages se détendent, les langues se délient. Un cadre du RN passe furtivement, s’emballe : « Un écart de 5 points serait une raclée. Monsieur Macron voulait qu’on aille le chercher, les Français l’ont entendu et lui envoient un message. » Plus loin, un serveur ouvre, le plus discrètement possible, les bouteilles de champagne. Entre deux petits fours, la première place du scrutin est sur toutes les lèvres. A 20h, on se presse quand même devant l’écran (et les caméras) pour en être sûrs : le couperet tombe, la salle exulte.

Marine Le Pen demande la dissolution

Selon les premières estimations, la liste menée par Jordan Bardella est en tête (23-24,2 %), proche de son score des européennes de 2014 (24,9 %). Et qu’importe, ici, si l’écart avec la liste de la majorité n’est pas si grand que prévu (1 à 2 points).

Un seul enseignement pour le RN : le duel mis en scène par Marine Le Pen et Emmanuel Macron pendant la campagne est remporté. « Cette mobilisation inédite […] témoigne d’un sursaut populaire contre le pouvoir en place qui subit ce soir un véritable échec. Ce soir c’est lui et sa politique qui sont rejetés », tranche Jordan Bardella, sous les vivats. « Compte tenu du désaveu démocratique que le pouvoir subit ce soir [le président] n’a d’autre choix que de dissoudre l’Assemblée nationale », enfonce Marine Le Pen quelques minutes plus tard.

Même tonalité chez les militants. « On envoie un message à Macron ce soir, mais aussi aux “gilets jaunes” », assure Stéphane. « C’est une satisfaction pour les manifestants qui se sont battus pendant plusieurs mois contre ce que le président leur a fait subir », abonde Gérard de Mellon. « Le RN était dans un état convalescent depuis la présidentielle. Nous prouvons ce soir que le socle de base reste puissant et nous ouvrons une nouvelle étape pour le futur ».

Dany, militante parisienne, est moins euphorique. « Macron est terriblement sûr de lui, il pourrait penser que la défaite de ce soir n’est qu’un égarement ». Dans la soirée, l’Elysée a fait savoir qu’il n’y aurait « pas de changement de cap » à la politique menée depuis deux ans.