Elections européennes: «Ça aurait pu être pire…» A la Mutualité, les macronistes estiment qu'ils ont sauvé les meubles

REPORTAGE Pour les macronistes, devancés par le Rassemblement national lors de l'élection européenne ce dimanche, leur score est une défaite et en même temps une victoire

Laure Cometti

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Des militants de La République en marche à la maison de la Mutualité, à Paris, le 26 mai 2019, pour les résultats de l'élection européenne.
Des militants de La République en marche à la maison de la Mutualité, à Paris, le 26 mai 2019, pour les résultats de l'élection européenne. — LUDOVIC MARIN / AFP
  • Le parti d'Emmanuel Macron est arrivé en deuxième position, derrière le Rassemblement national, lors de l'élection européenne ce dimanche 26 mai.
  • La République en marche organisait sa soirée électorale à la maison de la Mutualité, dans le 5e arrondissement de Paris.
  • Ministres, élus et militants macronistes ont eu du mal à cacher leur déception, même s'ils ont insisté sur le faible écart entre leur liste et celle de Marine Le Pen.

Un soulagement doux-amer flottait ce dimanche à la maison de la Mutualité, à Paris. Les élus et militants de la majorité présidentielle s’y étaient rassemblés pour suivre les résultats de l'élection européenne. La liste de  la République en marche (LREM) et ses alliés a été devancée par le Rassemblement national de Marine Le Pen (qui obtient 25,11% des voix après dépuillement de 80% des bulletins, contre 21,53% pour LREM). Mais les marcheurs relativisent l’écart entre les deux listes et leurs réactions dessinent les contours d’une défaite, en même temps qu’une victoire)

« Ça aurait pu être pire… »

Suréquipés en t-shirts et polos « Renaissance », ainsi qu’en pin’s, autocollants, drapeaux tricolores et européens, les marcheurs n’en font pas moins la grimace ce soir. « Ça aurait pu être pire », souffle Stéphanie, universitaire et bénévole LREM à Paris. « A 19 heures, les premiers sondages, c’était la fin du monde », lâche une militante. Certains instituts donnaient alors jusqu’à six points d’écart entre la majorité présidentielle et le RN, en tête. « On n’a peut-être pas été assez convaincants », constate Agathe, engagée chez les Jeunes avec Macron (JAM). 

A 20 heures, de nouvelles estimations donnent un écart plus faible entre les deux listes. Ces résultats prennent comme un goût de victoire pour des militants déjà résignés à être relégués en deuxième position derrière la liste menée par Jordan Bardella.

L’espoir que l’écart avec le RN se réduise encore

« On voulait gagner… mais l’écart n’est pas très marqué, ça se joue à pas grand-chose et ça peut encore bouger », estime le député LREM de Paris Sylvain Maillard, dans l’attente du dépouillement définitif dans la capitale. Les macronistes placent en effet beaucoup d’espoirs dans les grandes villes. « Je ne suis pas utopiste, à dire qu’on peut revenir en tête, mais ça peut réduire l’écart avec le RN », espère Ayom, des JAM. A quelques pas, le buffet n'a pas l'air des soirs de fête, garni de quelques bretzels et de chips, de vin et de bière locale.

Au sujet de la participation, en hausse par rapport à 2014, les macronistes s’en réjouissent, tout en déplorant ne pas en avoir tant bénéficié. « Les Français ont compris que c’était un moment important », souligne Sylvain Maillard. Mais « peut-être que la société penche plus vers l’euroscepticisme », regrette Agathe, militante.

Le discours de la tête de liste Nathalie Loiseau illustre bien ce « en même temps ». « Après 6 mois de crise et alors que toutes les autres listes en avaient fait leur cible, la majorité présidentielle fait la démonstration de sa solidité (…) Pour autant, nous ne sommes pas arrivés en tête et nous le regrettons ». Malgré les critiques sur sa campagne, l’ex ministre des Affaires européennes est applaudie par les militants, surtout les JAM. Pour l'occasion, ils ont revisité le chant à la gloire du footballeur Benjamin Pavard : « C’est notre tête de liste, elle a tout cassé, on a Nathalie Loiseau ! » 

« Ça ne change rien pour la suite du quinquennat »

Ni triomphalisme, ni aveu d’échec. Pourtant le leitmotiv de la campagne macroniste était de devancer le parti de Marine Le Pen. Le président  Emmanuel Macron avait même affirmé qu’il mettrait « toute [son] énergie pour que le RN ne soit pas en tête le 26 mai ». Le score de ce dimanche montre-t-il l’échec du discours du « rempart au RN » et de la participation du chef de l’Etat dans la campagne ? « S’il ne s’était pas impliqué, on lui aurait reproché, et on lui aurait quand même attribué notre score », réplique François Patriat, sénateur LREM de la Côte-d’Or.

Nathalie Loiseau, tête de liste, n’abandonne pas cette stratégie anti-RN : « J’appelle toutes les forces européennes à s’unir pour ne pas laisser notre maison commune livrée aux coups de boutoir de ceux qui veulent la détruire », déclare-t-elle sous les applaudissements des militants.

D’ailleurs les ministres et parlementaires présents à la maison de la Mutualité martèlent qu’il n’y aura pas de changement de cap après ce résultat électoral. « Ça ne change rien pour la suite du quinquennat », assure François Patriat. « Il faut ce soir de l’humilité et du courage. Du courage, parce qu’il reste quatre réformes à mener, et ça va être dur », poursuit-il, évoquant notamment celles des retraites. « Mais le résultat de ce soir montre que nous sommes la seule force républicaine, démocratique, capable de gouverner le pays ». Les scores des Républicains, du PS et des Insoumis sont en effet une maigre source de consolation pour la majoritég