Election en Nouvelle-Calédonie: «Le mouvement indépendantiste occupe le présent politique sans attendre l'indépendance»

INTERVIEW Alors qu’un indépendantiste a été élu à la tête du Congrès de Nouvelle-Calédonie ce vendredi, « 20 Minutes » a interviewé Christiane Rafidinarivo, politologue à Science Po, sur les conséquences de cette élection et le mouvement indépendantiste

Propos recueillis par Jean-Loup Delmas

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Roch Wamytan, élu à la tête du Congrès de Nouvelle-Calédonie
Roch Wamytan, élu à la tête du Congrès de Nouvelle-Calédonie — Theo Rouby / AFP
  • A la surprise générale, un indépendantiste a été élu à la tête du Congrès de Nouvelle-Calédonie
  • Une élection d’autant plus surprenante qu’elle arrive six mois après le réferendum sur l’indépendance qui avait accouché du «non».
  • « 20 Minutes » a interviewé Christiane Rafidinarivo, politologue à Science Po qui analyse le résultat du scrutin.

A la surprise générale, Roch Wamytan, l’une des figures emblématiques de la lutte indépendantiste de Nouvelle-Calédonie, a été élu ce vendredi à la présidence du Congrès du territoire. Une élection d’autant plus surprenante qu’elle arrive six mois seulement après le résultat du référendum qui avait dit « non » à l’indépendance. 20 Minutes a interrogé Christiane Rafidinarivo, politologue au Centre de recherches politiques de Sciences Po (CEVIPOF) pour mieux comprendre ce mouvement indépendantiste.

Qu’est ce que cette victoire surprise signifie pour le mouvement indépendantiste en Nouvelle-Calédonie, alors que le référendum avait accouché de la victoire du « non » ?

Les gagnants du référendum se croyaient déjà gagnants de l’exercice du pouvoir et ne se sont pas mis en position de l’exercer. Divisés, ils ont perdu ainsi le vote législatif territorial qui organise le Congrès de la Nouvelle Calédonie et pourrait perdre celui qui élira le gouvernement du territoire.

Roch Wamytan a gagné en capitalisant la nette progression des voix indépendantistes au référendum complétée après la « défaite » par une coalition innovante à l’Assemblée
territoriale. L’Eveil Océanien, désormais faiseur de majorité, s’est assuré l’exercice du
pouvoir en le soutenant.

Le mouvement indépendantiste a démontré qu’il n’entend pas conquérir et exercer le pouvoir exclusivement dans le cadre statutaire de l’indépendance. Il a considéré stratégiquement que le référendum ne constitue pas le cycle de la conquête politique et de l’exercice du pouvoir.

On peut dire que par ce vote au Congrès de la Nouvelle-Calédonie, le mouvement
indépendantiste occupe le présent politique sans attendre la future indépendance qu’il appelle de ses vœux.

Est ce qu’on peut extrapoler ces conclusions à l’ensemble de l’Outre-mer ?

Certains pensent qu’il n’y a aucune pertinence à parler de l’Outre-mer en termes électoraux et qu’il n’y a que des Outre-mers. Il est vrai que les statuts sont différents. La Réunion par exemple, est un département et une région. Aux Antilles, il a été fait le choix d’une forme d’autonomie dans le cadre de l’Assemblée territoriale alors qu’en Nouvelle Calédonie, le Congrès est dans le cadre des Accords sur un processus d’auto-détermination vis-à-vis de l’indépendance.

Pour autant, le point commun est la volonté de conquérir et d’exercer un pouvoir territorial par le vote. Une vie politique démocratique se déploie avec cette volonté.

Est ce que cela peut justement inspirer d’autres territoires hors-métropole à suivre la même tendance ?


Il ne se manifeste pas de volonté politique d’auto-détermination portée par des partis politiques aux Caraïbes, en Guyane ou dans l’océan Indien depuis longtemps. En Polynésie Française cependant, c’est à l’initiative internationale des élus indépendantistes menés par Moetai Brotherson que ce territoire est de nouveau inscrit depuis 2013 sur la liste des « pays à décoloniser » des Nations Unies. Ce que l’Etat français récuse.

Le projet de réforme du statut d’autonomie de la Polynésie Française vient d’être voté à l’Assemblée Nationale le 23 mai 2019. Il est à noter que le grand-père de Roch Wamytan, Roch Pidjot, est signataire des Accords de Matignon et de Nouméa et était membre de la délégation indépendantiste océanienne, Polynésie et Nouvelle-Calédonie, aux Nations Unies. Ils y étaient avec Oscar Temaru, leader historique du parti de Moetai Brotherson pour contester les essais nucléaires de la France démarrés en juillet 1966. La réforme qui vient d’être votée reconnaît les conséquences de ceux-ci.

Est ce que cette élection peut relancer le débat sur l’indépendance ?

Cela met les indépendantistes en meilleure position de décider et d’organiser le prochain référendum d’auto-détermination prévu en 2020. Et ce, d’autant plus si la même majorité est en mesure de choisir le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie. En tout cas, la réflexion sur le vivre ensemble est plus que jamais d’actualité au présent autant que pour le futur, sans violences, espérons-le.