VIDEO. Exclusif. Elections européennes: «L’Europe est une civilisation, pas seulement un marché», dit François-Xavier Bellamy

INTERVIEW « 20 Minutes » publie une série d’interviews de têtes de liste aux élections européennes, avec aujourd'hui, François-Xavier Bellamy, pour Les Républicains.

Propos recueillis par Laure Cometti et Thibaut Le Gal

— 

François-Xavier Bellamy, tête de liste des Républicains aux européennes.
François-Xavier Bellamy, tête de liste des Républicains aux européennes. — Lionel BONAVENTURE / AFP
  • Les élections européennes ont lieu le 26 mai en France.
  • Dans ce cadre, 20 Minutes publie une série d’interviews de têtes de liste.
  • François-Xavier Bellamy, candidat des Républicains, veut faire émerger une autre voie entre le Rassemblement national et La République en marche.

François Xavier Bellamy a répondu aux questions de 20 Minutes lundi matin au siège des Républicains dans le 15e arrondissement de Paris. Le philosophe, adjoint au maire de Versailles, est la tête de liste de la droite et du centre pour les européennes. Fustigeant le duel installé entre Marine Le Pen et Emmanuel Macron, il nous explique pourquoi « l’Europe a besoin d’une autre voie ».

Vous êtes contre un budget de la zone euro, car vous estimez que « le budget est un acte de souveraineté essentiel ». Aujourd’hui, les budgets des Etats membres sont contrôlés par la Commission européenne. Faut-il lui retirer ce pouvoir ?

Cette proposition n’est pas crédible, aucun Etat ne souhaite un budget de la zone euro comme M. Macron le propose. Pour gommer les différences économiques entre les pays, certains doivent effectuer les réformes nécessaires pour redonner de l’oxygène à leurs entreprises, d’autres doivent relancer la demande intérieure comme en Allemagne.

Il faut aussi que la France retrouve sa crédibilité : quand vous êtes l’Etat qui a le plus fort déficit public en Europe [en réalité 26e sur 28], vous pouvez difficilement demander à vos partenaires de mettre en commun le bilan. La France doit se réformer pour retrouver son attractivité : en équilibrant mieux ses dépenses publiques et sa fiscalité, en faisant baisser les impôts de production pour les entreprises industrielles. Emmanuel Macron n’a réglé aucun des problèmes structurant de notre économie. La dépense publique n’a pas baissé et la France est désormais le pays qui prélève le plus d’impôts et de charges au monde. Il faudrait agir enfin pour tenir nos engagements auprès des autres pays européens.

La Commission était-elle dans son rôle lorsqu’elle a retoqué le budget italien après l’avoir jugé non conforme aux règles du pacte de stabilité et de croissance ?

Chaque pays a fait le choix de se doter d’une monnaie unique. Le budget est un élément de souveraineté mais nous sommes engagés avec nos partenaires européens à respecter un maximum de déficits [3 % du PIB], sinon nous mettons en danger toute la zone euro. Nous sommes liés par un destin commun. Si l’euro est fragilisé, nous serons tous affectés.

Vous souhaitez mettre en place une « double préférence » : européenne et française dans l’attribution des marchés publics. Comment ferez-vous pour convaincre vos partenaires européens ?

On a besoin d’une Europe qui assume de défendre nos entreprises et nos emplois. Contrairement au RN, qui veut se renfermer en quatre murs avec son localisme, nous ne renonçons pas aux échanges avec le reste du monde. Mais dans ce jeu de la concurrence, les règles doivent être les mêmes pour tous. Aujourd’hui, la naïveté de l’Union Européenne nous fragilise. Les Etats-Unis ont un Buy American act pour défendre leurs entreprises sur leurs marchés publics. Nous voulons faire la même chose en Europe.

Certains pays, au nord de l’UE notamment, sont contre cette idée…

Beaucoup d’Etats ont refusé pendant longtemps car ils avaient un modèle exportateur et ne voulaient pas se mettre à dos nos partenaires commerciaux. Mais aujourd’hui, la montée des tensions commerciales, l’agressivité de la Chine, l’affirmation des Etats-Unis font que même nos voisins allemands comprennent qu’un modèle uniquement exportateur les rend vulnérables si nous ne défendons pas nos intérêts.

Notre marché commun doit nous aider à peser dans la compétition mondiale, mais il faut appliquer une réciprocité. Ceux qui souhaitent prendre des marchés publics en Europe doivent ouvrir les leurs à nos entreprises, sinon les règles sont faussées. Nos partenaires sont capables de comprendre qu’il faut réorienter l’Europe, en finir avec la seule doctrine de la concurrence, qui interdisait, au nom du consommateur, de favoriser des entreprises localement. Je pense qu’avec [le refus de la fusion] Alstom-Siemens, on est arrivés à la fin d’un cycle. On ne peut plus continuer à fragiliser nos entreprises face aux géants internationaux.

Concernant l’immigration, comment articuler la « protection nationale et la protection européenne » comme vous proposez ?

Contrairement au RN, nous pensons qu’il faut mettre en œuvre une stratégie commune pour défendre les frontières extérieures de l’Europe. Mais pour pouvoir accueillir ceux qui ont besoin de notre solidarité, il faut aussi que chaque pays garde la maîtrise de sa politique migratoire. Nous sommes là en désaccord profond avec Emmanuel Macron, qui veut imposer des quotas de migrants dans les pays européens. Chaque pays doit déterminer sa politique migratoire en fonction de ses capacités d’accueil et d’intégration.

Vous ne croyez pas qu’il existe « un peuple européen ». Voulez-vous aller plus loin ou moins loin dans l’intégration européenne ?

L’Europe a un modèle unique dans le monde : ni un éparpillement de nations, ni un modèle d’empire qui viendrait uniformiser les peuples qui le constituent. L’Europe est une civilisation commune, qui a donné naissance à une pluralité de langues et de cultures. L’Europe peut être un espace démocratique si elle est l’expression de ces démocraties et qu’elle partage des éléments d’actions communes. Au Parlement européen, il n’y a d’ailleurs pas de listes transnationales, comme Macron le voulait, mais chaque pays envoie ses représentants pour participer à ce dialogue démocratique. Chaque Etat partage en commun des éléments de sa souveraineté.

Les Républicains critiquent ce qu’est devenue l’UE. Pourtant, LR fait partie du groupe PPE, le plus important au Parlement européen, dont est issu le président de la Commission Européenne… N’êtes-vous pas responsable de l’état actuel de l’UE ?

Le PPE est un groupe important mais pas le seul au Parlement européen et le Parlement est un organe important mais pas le seul de la vie européenne. Le plus important est le Conseil de l’Europe [qui réunit l’ensemble des chefs d’Etat], où depuis 7 ans, François Hollande puis Emmanuel Macron représentent la France. C’est la même chose pour la Commission qui est plutôt l’émanation de tous les Etats membres. Le PPE n’a pas tous les leviers de décisions. Maintenant, si vous me demandez si le PPE a toujours tout bien fait, la réponse est non, mais il a souvent agi dans le bon sens. Et aujourd’hui je ne vois pas quel autre groupe peut réorienter l’action européenne dans les prochaines années.

Entre Macron et Le Pen, votre famille politique se résume-t-elle désormais à la « droite du Trocadéro », selon l’expression d’Edouard Philippe ?

La mise en scène de ce duel est un jeu de théâtre absurde. On voudrait nous faire croire que la France est partagée entre populistes et progressistes, mais si on se rapporte aux sondages, 80 % des Français en âge d’aller voter ne se reconnaissent pas dans ce débat. Emmanuel Macron joue cette stratégie pour pouvoir se retrouver seul face à Marine Le Pen en 2022. Ceux qui choisiront le vote utile, quel qu’il soit, seront en réalité utilisés par cette stratégie.

Entre Macron, qui veut rejoindre le groupe des libéraux qui sont pour toujours plus d’ouverture, et le RN qui n’a cessé d’expliquer qu’il fallait déconstruire l’Europe, nous portons une autre voie : la France a besoin d’Europe mais il faut la réorienter pour qu’elle soit plus efficace.

Votre campagne est aussi centrée sur les valeurs. Peu de listes mettent en avant des questions sociétales comme la GPA par exemple…

Ce qui est vrai, c’est qu’on est les seuls à dire que l’Europe est une civilisation. Elle doit donc porter des principes qui la fondent et la définissent. Parmi eux, il y a le sens de la dignité absolue de la personne humaine. Ce principe qui fait l’indisponibilité du corps humain. Aujourd’hui, dans notre droit, il est impossible de vendre son corps, certaines choses ne se marchandent pas. Nous devons agir en Europe pour faire entendre cette voix face par exemple à la tentation de la GPA, face à l’eugénisme. L’Europe est une civilisation, pas seulement un marché ou une organisation administrative. Il faut qu’elle fasse entendre une voix forte sur ces sujets pour préserver le sens de l’humain.

L’affaire Vincent Lambert s’est invitée dans la campagne. Vous soutenez ses parents qui demandent à Emmanuel Macron d’intervenir contre l’arrêt des soins. Est-ce un choix personnel ou une manière de mobiliser l’électorat catholique ?

On n’a pas le droit d’être électoraliste sur des sujets aussi fondamentaux. J’avais déjà eu l’occasion d’écrire sur le sujet en 2015. Au fond la question qui nous est posée est : Est-ce que la vie humaine, c’est la performance, l’autonomie, l’affirmation de soi ? Ou est ce qu’elle passe aussi par la fragilité et l’expérience de la dépendance extrême ? La dépendance de Vincent Lambert est à l’égard de l’alimentation et de l’hydratation. Mais est-ce que cette vie, parce qu’elle est absolument dépendante, ne mérite pas d’être respectée et considérée ? J’ai été très choqué quand certains ont pu parler de lui comme d’un légume par exemple… Nous avons tous été un petit bébé dans une vulnérabilité totale. C’est une immense question qui nous est lancée.