Exclusif. Elections européennes: «Nos eurodéputés seront les seuls à proposer la sortie de l’UE», estime Florian Philippot

INTERVIEW Dans le cadre d'une série d’interviews de têtes de liste aux élections européennes, « 20 Minutes » a interrogé Florian Philippot, candidat des Patriotes

Propos recueillis par Thibaut Le Gal

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Florian Philippot, décembre 2017 illustration
Florian Philippot, décembre 2017 illustration — Lionel BONAVENTURE / AFP
  • Les élections européennes ont lieu le 26 mai en France.
  • Dans ce cadre, 20 Minutes publie une série d’interviews de têtes de liste.
  • Florian Philippot, candidat des Patriotes, estime que la France doit sortir de l'Union européenne pour retrouver sa souveraineté.

Depuis son départ du Rassemblement national, il milite pour le Frexit au sein de son nouveau parti. Florian Philippot, tête de liste Les Patriotes pour les élections européennes a répondu aux questions de 20 minutes. Il nous explique pourquoi la France doit sortir de l’Union européenne pour retrouver sa souveraineté.

Vous prônez le Frexit, la sortie de l’Union européenne. Pourquoi ?

C’est le débat de cette campagne: vous choisissez l’Union européenne ou la France ? Certains veulent en faire un référendum sur Macron, c’est un piège. Le duo Le Pen-Macron se met d’accord pour refaire l’affiche de 2017 et la préparer encore pour 2022. C’est catastrophique.

Beaucoup de Français réclament du pouvoir d’achat, plus de démocratie et des protections sur l’écologie ou l’immigration. C’est impossible en restant dans l’Union européenne. Je pourrais faire comme beaucoup d’autres : promettre de changer l’Europe de l’intérieur, mais c’est une fausse promesse car il faudrait l’unanimité des Etats membres. Je propose donc un Frexit tranquille, plein d’espérance, car cela permettra de redonner de la prospérité et de la liberté à notre pays.

Vous ne croyez pas à la renégociation des traités actuels, que proposent de nombreux candidats ?

Pas une seconde. Même le grand de Gaulle, dans une Europe à six, n’a pas réussi. Vous n’imaginez pas qu’Emmanuel Macron, Jean-Luc Mélenchon, ou Marine Le Pen, dans une Europe à 28, très puissante, qui gère même notre monnaie, pourraient le faire? Ils savent que c’est faux.

Comment fait-on pour sortir de l’Union européenne (UE) ?

Je propose la méthode de notre allié, Nigel Farage (du Brexit Party britannique) : au-delà du travail pragmatique qu’il a pu faire au Parlement européen depuis 1999, il a utilisé le parlement comme une tribune politique pour faire progresser dans son pays l’idée du Brexit. Moi je fais exactement la même chose. Il faut sensibiliser les consciences sur le Frexit. Aujourd’hui, La France insoumise, le Rassemblement national ou Nicolas Dupont-Aignan veulent tous rester dans l’UE. Nos eurodéputés seront les seuls à proposer la sortie de l’UE.

Pourquoi ne pas être resté au RN pour convaincre Marine Le Pen de défendre ce Frexit ?

Je l’ai fait pendant cinq ans. J’ai obtenu qu’on mette dans le programme du FN dès 2013 la sortie de l’UE, ça a tenu jusqu’en 2017, et puis le Front national a totalement abandonné cette idée. Il veut même maintenant rester dans Schengen et dans l’euro. Marine Le Pen a fait revenir des éléments d’extrême droite au sein du parti, focalisés sur l’immigration, qui se moquent du Frexit et du programme social. Mon double combat, souverainiste et social, a été abandonné, donc je n’avais plus rien à faire au RN.

 

Que répondez-vous à ceux qui estiment que pour peser face à la Chine ou aux Etats-Unis, l’Union européenne est la meilleure échelle ?

C’est bidon. On est plus fort quand on est conscient de ses intérêts. Lorsque vous arrivez à une table de négociations et que vous ne savez pas ce que vous défendez, car sur tous les sujets, les positions de l’Allemagne, la Pologne, la France peuvent être divergentes, vous perdez car face à vous, même des petits pays comme la Suisse ou le Canada, savent, eux, ce qu’ils veulent. Avec le Frexit, la France saura seule ce qu’elle veut et pourra dire non au travail détaché ou aux accords de libre-échange qui polluent la planète.

Que vous inspirent les difficultés que connaît le Royaume-Uni pour sortir de l’UE ?

Que le Brexit se fasse au mois de mars ou octobre 2019 n’a aucune importance. Ce qui compte, c’est qu’ils seront sortis de l’UE. Et que l’apocalypse annoncée n’a pas eu lieu : le chômage est très bas à 3.8 %, les salaires augmentent de 3% par an et l’immigration commence à baisser. Surtout, le Royaume-Uni retrouve sa souveraineté donc demain, il pourra mener des politiques conformes à ses intérêts nationaux. La France, elle, ne le pourra pas.

Vous dites qu’« il n’y a pas de peuple européen ». Vous ne vous sentez pas plus proche de pays européens que d’Etats sur d’autres continents ?

Culturellement, bien sûr. Mais il y a une civilisation française d’abord, avec sa langue mondiale. Ca ne doit pas nous empêcher d’être ouvert sur des pays avec qui on a de nombreux points communs. Certains pays africains partagent par exemple notre langue, pas l’Estonie, donc forcément ça nous rapproche. La France doit être dans une coopération mondiale, pas seulement avec les pays européens.

Nicolas Dupont-Aignan ou Marine Le Pen ont renoncé à sortir de l’euro car ils considèrent que les Français y sont attachés. Vous assumez une sortie de l’euro contre l’opinion ?

Je suis navré de voir que des gens qui se disent patriotes et souverainistes osent se fonder sur quelques sondages pour décider à la place de leur peuple. Qu’est ce qu’ils en savent ? Il n’y a pas eu de débat, pas de référendum. Les mêmes auraient dit en 2005 : ça ne sert à rien de voter, les Français sont pour le traité européen [rejeté par les Français] ? Car à l’époque les sondages disaient que le oui allait l’emporter.

On est actuellement dans un système d’austérité permanente, car nos dirigeants ne peuvent plus jouer sur la monnaie. Ils jouent donc à la baisse sur les salaires et les retraites. Le pouvoir d’achat est en berne. En sortant de l’euro, nous pourrons redonner du pouvoir d’achat et offrir une priorité économique pour les petites entreprises, ce qui est interdit par les règles européennes aujourd’hui.

Plusieurs candidats, dont Jordan Bardella (RN), espèrent plutôt obtenir plus de marge de manœuvre sur l’euro, en modifiant l’indépendance de la Banque centrale européenne…

Bardella a sorti cette idée de son chapeau magique ? Demain, je vais dire « moi je veux que la BCE donne 1.000 euros à chaque Français. Je vous le promets ». Ca s’appelle prendre les gens pour des imbéciles. Evidemment que la BCE se moque de leurs avis sur ce sujet. Elle fera ce que lui demande l’Allemagne.

La sortie de l’euro est indispensable car la monnaie est aujourd’hui beaucoup trop chère pour la France, l’euro nous désindustrialise. Tant que vous êtes sous le chantage d’une Banque centrale [européenne] que vous ne maîtrisez pas, qui peut couper les vivres à tout moment, vous n’êtes pas en démocratie. Une démocratie a aussi besoin de gérer son système bancaire et son système monétaire.

Aujourd’hui, nous ne sommes plus en démocratie dans le cadre de l’UE ?

Non, la Grèce l’a prouvé : Tsipras est arrivé au pouvoir en Grèce, tout feu tout flamme, pour tout changer. Au bout de six mois, la BCE lui a coupé les vivres, il s’est couché. L’Italie est en train de le démontrer aussi. Elle est en récession, l’immigration ne baisse pas, et le gouvernement a renoncé à une large part de son programme social. Pourquoi ? Parce qu’ils ont fait le choix de rester dans l’UE et l’euro, donc ils sont sous chantage de l’UE.

Pourquoi vous présenter au scrutin européen et ne pas attendre la présidentielle 2022 ?

On peut faire des choses au Parlement européen. On a par exemple fait voter il y a six mois un amendement pour faire interdire l'épandage des pesticides auprès des écoles ou des hôpitaux. On peut faire des petites avancées pour la vie des gens. Le Parlement européen est aussi une caisse de résonance politique pour faire avancer l’idée du Frexit. Bien sûr, l’échéance fondamentale pour décider de cela est 2022 mais si les Patriotes pèsent beaucoup le 26 mai, on pourra demander légitimement à Macron d’organiser un référendum sur la sortie de l’UE.

N’avez-vous pas peur d’être un peu seul au Parlement Européen, si vos alliés britanniques s’en vont après le Brexit ?

On siégera au début avec eux car ils auront un contingent énorme d’eurodéputés selon les sondages. J’essaierai de constituer un groupe d’exiteurs, car beaucoup de forces émergentes en Europe souhaitent la sortie de leur pays de l’UE.