Municipales 2020 à Marseille: Va-t-on vers une union de la gauche pour rafler le fauteuil de Gaudin?

ELECTIONS A l’image du Parti communiste, qui donne rendez-vous après les européennes pour construire un projet progressiste pour Marseille, des citoyens poussent une dynamique d’union

Caroline Delabroy

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Jean-Claude Gaudin au Sénat en 2013.
Jean-Claude Gaudin au Sénat en 2013. — V. Wartner / 20 Minutes
  • Le PC a lancé à Marseille un appel au rassemblement des forces de gauche pour les élections municipales de mars 2020.
  • En coulisses, les rencontres vont bon train pour porter une alternative progressiste unique face à la droite et l’extrême droite.
  • Samia Ghali, qui a fondé son microparti, se tient pour le moment à l’écart de la dynamique portée par des collectifs citoyens.

Ils ont dégainé, sans attendre la fin du scrutin européen. A Marseille, le PCF a lancé un appel au rassemblement des « forces de gauche, syndicales, associatives et citoyennes » pour reconquérir Marseille aux prochaines élections municipales. Une union de la gauche, qui ne dit pas encore son nom, esquissée déjà début mars par un communiqué signé alors par huit partis de gauche, et qui dénonçait le manque de transparence dans la concertation sur le nouveau plan local d'urbanisme métropolitain. « Nous considérons qu’il y a une petite opportunité en 2020 de changer non seulement de politique mais de façon de gérer la ville », lance Jean-Marc Coppola, conseiller municipal PCF, conscient qu’il va falloir faire poids face aux forces en présence, en particulier les Républicains et le Rassemblement national.

« Il ne faut pas reproduire les erreurs du passé, il faut arriver à provoquer une alternative, changer de priorités et de méthodes », embraye Benoît Payan, chef de file du groupe socialiste au conseil municipal. Aussi a-t-il pris « de manière très positive » cet appel à se réunir début juin en vue de « définir les contours ou la méthode d’un projet rassembleur et progressiste pour Marseille ». « Je ne crois pas à un assemblage de logos ni à refaire l’union de la gauche, il faut aller plus loin, prend-il la peine de nuancer. Il faut être capable d’entendre ce qui se passe dans la ville. »

« Sortir Marseille des logiques nationales d’appareils »

Pour Jean-Marc Coppola, le drame de la rue d’Aubagne a en effet bouleversé l’échiquier de la mobilisation citoyenne, et l’échiquier tout court. « Auparavant, pense-t-il, cette mobilisation butait sur deux difficultés, d’abord l’absence de convergences entre les collectifs et leur grande défiance à l’égard de la politique. Il y a eu une prise de conscience qu’il faut un prolongement politique. La première chose à faire est de se rassembler autour d’un projet, pas d’une personnalité. »

Si une telle assertion ne plaira sans doute pas à tous les collectifs citoyens, elle est douce à l’oreille d’Olivia Fortin, qui anime Mad Mars, un « mouvement politique citoyen constitué de gens comme vous et nous »…. et convaincus qu’il est possible d’offrir une alternative progressiste à Marseille. « En face d’une situation marseillaise délabrée, à bout de souffle, la politique peut et doit pouvoir », martèle cette entrepreneuse qui s’est lancée dans « le rêve fou » de construire la convergence entre initiatives citoyennes et responsables politiques. Avec un credo : sortir Marseille des logiques nationales d’appareils. « Nous sommes reconnus comme un acteur par les responsables politiques et par les gens de la société civile qui viennent participer à nos réunions, affirme-t-elle. Aujourd’hui, le rapport de force s’inverse. »

« C’est comme les “gilets jaunes”, on trouve de tout dans les collectifs »

A ces mots, la sénatrice socialiste et maire du 8e secteur Samia Ghali bondit littéralement. « Je ne discute pas avec les collectifs, il faut les laisser à leur place. C’est comme les “gilets jaunes”, on trouve de tout dans les collectifs », s’énerve celle qui a créé son microparti « Marseille avant tout », et dit discuter avec tout le monde. Renaud Muselier («mais de là à imaginer un ticket avec lui, il y a un monde », sourit-elle pour couper court aux « fantasmes »), comme Yannick Jadot, tête de liste EELV aux européennes, qu’elle accueille samedi pour son déplacement à Marseille.

« Pour moi, l’union, c’est l’union des Marseillais, poursuit-elle. Il ne faut fermer la porte à personne, cela a toujours été mon état d’esprit et il n’a pas changé. Je suis une femme politique, j’assume ce que je suis, je fais de la politique et ne vais pas m’en cacher. Je ne suis pas là pour infiltrer des collectifs. Si demain les collectifs veulent parler avec les candidats aux municipales, bien entendu, mais dans cet ordre-là ». De par sa notoriété, Samia Ghali sait qu’elle cristallise les attentions. Il sera sans doute difficile de faire le rassemblement sans elle, mais la sénatrice n’entend se laisser dicter ses choix. Et encore moins le tempo. « Je n’ai pas le sentiment qu’il y a foule au portillon pour répondre à l’appel au rassemblement du PCF », tranche-t-elle.

« Personne ne peut gagner seul, l’union est la seule porte de sortie possible », martèle de son côté Olivia Fortin, qui en appelle à la responsabilité des élus progressistes : « Il y a des choix qui vont devoir être faits de la part de gens, entre un choix personnel et un choix collectif pour la ville. La fiche de poste du prochain maire, cela va être avant tout de savoir s’entourer d’adjoints compétents. » « Si on donne un signe fort de rassemblement, il y a des gens qui ont envie que les choses changent qui vont se mobiliser et aller voter », espère de son côté Jean-Marc Coppola, avant de rappeler cette réalité : « A Marseille, on a 50 % d’abstention, et il va falloir aller les chercher. » Union de la gauche ou pas, l’abstention reste dans tous les cas la clé pour rafler à la droite une mairie qu’elle détient depuis un quart de siècle.