Européennes: Pourquoi LREM joue la stratégie du chaos face au RN

CAMPAGNE Dans la dernière ligne de la campagne des européennes, les marcheurs insistent sur le match avec le Rassemblement national...

L.C.

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Nathalie Loiseau en meeting à Caen le 6 mai 2019.
Nathalie Loiseau en meeting à Caen le 6 mai 2019. — SICCOLI PATRICK/SIPA
  • Les marcheurs ont accentué ces derniers jours leur communication visant le Rassemblement national (RN), dont la liste est leur principal concurrent d'après les sondages.
  • Dans la majorité, certains n'hésitent pas à dire que le scrutin va se jouer entre leur liste «et le chaos» du parti de Marine Le Pen.

Comment convaincre les électeurs français de voter pour la liste de la majorité le 26 mai prochain ? Les marcheurs ont accentué ces derniers jours leur communication visant le Rassemblement national (RN), dont la liste est leur principal concurrent selon les sondages. Sans hésiter à dramatiser les enjeux de l’élection européenne qui doit envoyer 79 élus français au Parlement européen. Alors que la campagne entre dans sa dernière ligne droite, l’opposition de droite comme de gauche dénonce cette stratégie.

 

Droite et gauche vent debout

Raphaël Glucksmann, tête de la liste Place publique/Parti socialiste, s’en est agacé lundi sur Twitter, dénonçant « ce chantage, ce kidnapping en règle de la démocratie française ». Il réagissait à un message de la secrétaire d’Etat Marlène Schiappa qui commentait le scrutin pour lequel 33 listes sont en lice : « la situation est assez simple : ou c’est Nathalie Loiseau et Renaissance qui remportent ces élections européennes le 26 mai. Ou c’est le Front/Rassemblement National ». Pour le meneur de la liste de gauche, « la stratégie électorale de LREM [est] résumée [dans ce] tweet ».

A droite aussi, c’est l’angle d’attaque contre les macronistes. « On voit bien que la stratégie du gouvernement, de Madame Loiseau, c’est 'moi ou le chaos', c’est une stratégie assez anxiogène », a dénoncé Frédéric Péchenard, en 9e position sur la liste des Républicains, sur Public Sénat lundi. « La campagne d’Emmanuel Macron se limite à dire aux Français : vous n’avez pas le choix, c’est moi ou le chaos, moi ou le RN », a renchéri la numéro 2 de la liste LR, Agnès Evren.

Le RN à Strasbourg, « une menace bien réelle » selon LREM

L’expression est en effet assumée chez les marcheurs. L’ancien secrétaire d’Etat au numérique Mounir Mahjoubi a posé la même alternative lundi dans un tweet : « le 26 mai, il y aura la renaissance européenne [en référence au nom de la liste de la majorité] ou le chaos nationaliste des Le Pen ».

Pourquoi opter pour cette dramatisation d’un face-à-face ? « Le RN a gagné les élections européennes en 2014. Ce n’est pas une menace virtuelle mais bien réelle. Cinq ans après leur victoire, l’Europe est au bord du chaos et ils ont affaibli la France en Europe », justifie à 20 Minutes le député LREM Pieyre-Alexandre Anglade, spécialiste des questions européennes.

« Malheureusement le RN est notre adversaire principal dans cette élection, donc sans vouloir annihilier toute forme de débat, nous assumons depuis le début de faire campagne contre eux, ce serait ridicule de faire campagne contre Glucksmann », développe Stéphane Séjourné, en charge de la campagne européenne de LREM, et numéro 6 sur la liste. S’il ne reprend pas la formule « nous ou le chaos », il pose tout de même un face-à-face : « il y a une bataille culturelle à mener, des pays européens tentés par des démocraties illibérales. C’est pour cela qu’on est en fronde contre le RN, et qu’on veut dire aux Français que l’Europe est une chance. Aujourd’hui, notre liste est la seule qui peut gagner contre le RN ».

De mauvais sondages pour LREM

A la peine dans les derniers sondages, la liste LREM/MoDem s’est fait devancer par le RN dans un récent sondage. Cette dynamique s’ajoute à un contexte de faible popularité d' Emmanuel Macron, alors que le scrutin européen « favorise traditionnellement le vote sanction », nous expliquait Bruno Cautrès, directeur de recherche au CNRS, en décembre dernier.

La majorité s’est donc plus fortement mobilisée depuis ce week-end : le Premier ministre, et plusieurs membres du gouvernement, sont venus au meeting de Caen de Nathalie Loiseau lundi. Le président pourrait également participer à des événements sur le thème de l’Europe, voire à un ou des meetings de campagne.