Elections européennes: «Rester calme et boire frais»... Edouard Philippe à la rescousse du soldat Loiseau à Caen

MEETING A trois semaines du scrutin, le sprint final s’est engagé pour la majorité alors que la tête de liste Nathalie Loiseau reste au coude-à-coude avec le RN dans les sondages

20 Minutes avec AFP

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Edouard Philippe, le 6 mai 2019 à Caen lors d'un meeting de la liste Renaissance aux européennes.
Edouard Philippe, le 6 mai 2019 à Caen lors d'un meeting de la liste Renaissance aux européennes. — SICCOLI PATRICK/SIPA

Bousculé par Emmanuel Macron, le gouvernement a débarqué en force lundi dans la campagne des Européennes pour donner un second souffle à la liste de la majorité présidentielle et sa numéro 1 Nathalie Loiseau qui patinent dans les sondages.

« Rester calme et boire frais » face au « feu électoral », aux polémiques et aux « petits sujets » : le Premier ministre Edouard Philippe a adressé à la candidate ce conseil flegmatique, qu’il a dit tenir de son adjudant de service militaire. « Honnêteté », « solidité », « patience »… Edouard Philippe a loué toutes les qualités « essentielles » de la candidate. Lors d’un meeting à Caen, devant quelque 500 partisans, l’ancienne ministre des Affaires européennes a filé une autre métaphore militaire, comparant le scrutin du 26 mai à un « D-Day ».

Des propos de Mitterrand

« Nous sommes à Caen et ça ressemble un peu à un débarquement allié », a-t-elle lancé, sans craindre l’anachronisme avec une des plus grandes offensives alliées contre les Nazis. « Dans 20 jours, ce sera notre D-Day, notre jour J », a-t-elle encore lancé, appelant à mettre à profit ces 20 jours « pour convaincre les Français » d’adresser « un oui franc et massif à l’Europe » et « à la renaissance européenne ».

Lors d’une visite un peu plus tôt au Mémorial de Caen, l’ex- « Madame Brexit » d’Emmanuel Macron avait ciblé le Rassemblement national, avec qui sa liste « Renaissance » est désormais au coude-à-coude en tête des sondages. « Le nationalisme, c’est la guerre », avait-elle lâché, reprenant le célèbre propos-testament de François Mitterrand à la fin de ses deux septennats. A trois semaines du scrutin et deux ans pile après l’arrivée au pouvoir d’Emmanuel Macron, le sprint final s’est engagé pour la majorité avec plusieurs meetings lundi soir, dont un autre à Paris avec le numéro 2 de la liste Pascal Canfin et l’écologiste Daniel Cohn-Bendit.

« Trois apparatchiks dans une cabine téléphonique »

D’abord prévue autour du 20 avril, cette accélération a été retardée par l’incendie de Notre-Dame et la sortie du grand débat. Cette semaine, elle se traduira aussi par le dévoilement du matériel de campagne et surtout la présentation du programme le 9 mai, déclinée en régions.

Quand l’opposition lui reproche de traîner pour dévoiler son programme, Nathalie Loiseau a justifié le temps pris par le fait qu’il « n’a pas été préparé par trois apparatchiks dans une cabine téléphonique », avec des porte-à-porte comme lors de la campagne présidentielle. « Peut-être que nous ne ressemblons pas à ceux qui étaient là depuis très longtemps. Et peut-être que ce n’est pas une mauvaise nouvelle », s’est rassurée la primo-candidate, affichant les principes de « Renaissance » : « Pas de recasage, pas de recyclage, pas de casserole et de pas de combine ».

Au coude-à-coude avec le Rassemblement national

« « Keep calm, and carry on » » [rester calme, et continuer], a balancé la candidate, reprenant une célèbre campagne de soutien au moral des Britanniques pendant la Seconde Guerre mondiale. Elle a toutefois semblé laisser transparaître des doutes, confessant par exemple que les Conseils des ministres et les développements du Brexit qu’elle y faisait comme ministre « lui manquaient un petit peu ».

Au coude-à-coude avec le Rassemblement national dans les sondages, entre 21 et 24 % des intentions de vote, la liste de la majorité régresse légèrement depuis quelques jours, jusqu’à passer derrière le RN dans certaines enquêtes, après plusieurs déboires pour Nathalie Loiseau :  révélation de sa présence sur une liste d’extrême droite lors d’élections étudiantes, maladresses verbales. La candidate est également accusée par son concurrent républicain François-Xavier Bellamy de refuser de débattre avec lui.

Lundi, plusieurs membres du gouvernement ont volé au secours de la tête de liste. « Nathalie Loiseau fait totalement son travail », a déclaré celle qui lui a succédé au ministère des Affaires européennes, Amélie de Montchalin, sur Europe 1. « Si elle a été autant attaquée, c’est sans doute parce qu’elle faisait peur. C’est une candidate solide », a insisté la porte-parole du gouvernement Sibeth Ndiaye sur France 2.