Beaucoup de PS et peu de Place publique... Raphaël Glucksmann présente sa liste pour les européennes

POLITIQUE Raphaël Glucksmann a donné ce lundi le véritable coup d'envoi de sa campagne pour les européennes, mais son choix de s'allier avec le PS, très présent sur la liste, a été très critiqué

Thibaut Le Gal

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Raphaël Glucksmann lance officiellement sa campagne.
Raphaël Glucksmann lance officiellement sa campagne. — Lewis JOLY/SIPA
  • Raphaël Glucksmann a donné ce lundi le coup d'envoi officiel de sa campagne pour les européennes
  • Son choix de faire alliance avec le PS a été très critiqué par des fondateurs du mouvement citoyen.
  • La liste est composée à 50% de noms choisis par le PS

« Donc vous êtes venus ». Devant la vingtaine de journalistes présents au QG de campagne, dans le XIIe arrondissement de Paris, Olivier Faure a le sourire. Mais le patron du Parti socialiste ne prend pas de suite la parole. Il s’assoit d’abord au milieu des médias, laissant le micro à Raphaël Glucksmann.

« Enfin la campagne commence ! » se satisfait d’emblée le chef de file de la liste « Envie d’Europe écologique et sociale » soutenue par le PS et Place publique pour les européennes. « Enfin on va se lancer corps et âme dans cette campagne, qui a mis du temps à démarrer […] On va s’adresser à ces orphelins de la gauche, à ces gens qui peuvent être gagnés par la résignation, la lassitude et une forme de fatalisme ». Le fondateur de Place publique présente son projet européen en 120 points – « la rencontre du social et de l’écologie » –, et son équipe de « combattants et combattantes » pour le porter.

Des figures citoyennes et… de nombreux socialistes

Il insiste sur le profil de ses colistiers issus de la société civile, Jérôme Karsenti, avocat anti-corruption d’Anticor (11e) ou les deux lauréats du prix Goldman (sorte de prix Nobel de l’environnement) Bruno Van Peteghem (79e) et Claire Nouvian (78e). Mais la liste menée par l’essayiste est également « peuplée » de nombreux socialistes, dont beaucoup figurent en bonne place : la députée européenne Sylvie Guillaume (2e), l’eurodéputé Eric Andrieu (3e), la présidente du groupe PS d’Arles Nora Mebarek (6e), le conseiller régional Christophe Clergeau (7e), Jean-Marc Germain, proche de Martine Aubry (9e), ainsi que de nombreux autres en 12e, 13e et 14e positions… « Notre liste, c’est l’embryon de ce qui va reconstituer la gauche dans les années qui viennent », tente Raphaël Glucksmann.

«Sur l'ensemble de la liste, la moitié des noms vient du PS, l'autre moitié a été attribuée à Place Publique et les alliés [Nouvelle Donne, PRG]», insiste-t-on du côté de Place publique.

Cette marée de socialistes sur la liste, où figurent également l’ancienne porte-parole de Génération.s Aurore Lalucq (4e) et l’économiste Nouvelle Donne et ex-PS Pierre Larrouturou (5e), symbolise pour certains l’échec du projet initial. Place publique, qui rêvait d'unir toute la gauche, a finalement vu fuir EELV, Génération. s, et le PCF. Seuls le PS, Nouvelle Donne et le PRG ont répondu à l’appel. « Au démarrage, quand le mouvement a surgi tout le monde a voulu être avec Place publique, mais personne n’a voulu se ranger derrière. Nous sommes les seuls à avoir dit "banco !" », répond Olivier Faure, qui oublie que la présence du PS a pu agir comme repoussoir. Pis, l’alliance avec les socialistes a désintégré une partie du mouvement. Thomas Porcher, l’un des fondateurs, a claqué la porte, suivi par de nombreux autres déçus.

« Le mouvement semble être tombé dans un piège de sauvetage du Parti socialiste »

« L’idée initiale, qui était d’assembler des spécialistes de la société civile pour faire un mouvement indépendant des carrières politiques et des logiques de partis, a disparu. Le mouvement semble être tombé dans un piège de sauvetage du Parti socialiste, regrette l’un d’eux. Il aurait fallu écouter davantage la base. Il reste encore de belles idées mais elles ne suffisent pas pour ramener les gens derrière soi ».

Les fondateurs du mouvement ont évacué ces accusations de dévoiement. « C’est la gauche qui peut nous sauver et nous allons contribuer à la sauver », a justifié Glucksmann, qui a préféré mettre en avant ses propositions, comme le « grand plan européen de rénovation thermique des logements ». « Au Parlement européen, c’est simple, on [les écolos] ne gagne nos votes qu’avec le soutien du groupe social-démocrate. [Sans eux], on les perd. Donc il est indispensable de faire groupe commun », a abondé Claire Nouvian.

Cette stratégie d’alliance ne semble pas encore avoir séduit les électeurs puisque la liste stagne dans les sondages autour des 5 %, seuil indispensable pour obtenir des élus. Mais tous les candidats espéraient ce lundi remonter la pente grâce à leur dernier soutien en date: Christiane Taubira, ancienne ministre du gouvernement… socialiste.