Européennes 2019: Pourquoi y a-t-il un record du nombre de listes candidates?

INTERVIEW Un nombre record de 33 listes ont été publiées samedi pour les élections européennes du 26 mai en France...

Laure Cometti

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Les têtes de liste aux élections européennes en France
Les têtes de liste aux élections européennes en France — 20 minutes - Slideshow
  • Un nombre record de 33 listes ont été publiées samedi pour les élections européennes du 26 mai en France. En 1999, dernier scrutin comparable avec une circonscription unique, 20 listes de 87 candidats avaient été déposées.
  • Aux côtés de partis politiques connus, sont aussi en lice des formations bien plus petites qui sont parvenues à présenter des listes paritaires de 79 personnes.
  • Le scrutin de circonscription nationale, l’exposition médiatique et l’éclatement du paysage politique français peuvent-ils expliquer ce record ? 20 Minutes a interrogé Olivier Rozenberg, professeur associé à Sciences Po Paris.

C’est un record : 33 listes sont en lice pour l’ élection européenne en France le 26 mai prochain, après avoir été officiellement validées samedi. En plus des partis dits traditionnels, une myriade de formations bien plus petites et moins connues sont candidates à ce scrutin où l’abstention est traditionnellement élevée. Aux côtés de la majorité présidentielle et du Rassemblement national (RN), qui caracolent en tête des sondages, on retrouve par exemple le Parti animaliste, une liste Espéranto, ou encore Décroissance 2019. La crise des « gilets jaunes » a aussi contribué à ce record puisque trois listes se revendiquent du mouvement.

Pour essayer d’expliquer cette inflation de listes, 20 Minutes a interrogé Olivier Rozenberg, professeur associé à Sciences Po Paris, au Centre d’études européennes et de politique comparée.

Ce nombre record de listes est-il si surprenant ?

Cela va dans le sens d’une évolution générale des élections en France. Aux dernières législatives, certaines circonscriptions ont connu des record de candidatures.

Par ailleurs, ce nombre n’est pas étonnant car cela ne coûte pas cher de présenter une liste si l’on n’est que candidat. Ce qui coûte cher, c’est d’imprimer les bulletins et les mettre à disposition des électeurs dans tous les bureaux de vote, et éventuellement de préparer et imprimer des professions de foi. Mais une liste candidate n’est pas obligée de le faire, elle peut choisir de n’imprimer qu’un certain nombre de bulletins en fonction de ses moyens, et de les distribuer dans certains bureaux de vote. Elle peut demander aux électeurs d’imprimer eux-mêmes leur bulletin.

Est-ce que ce record illustre aussi le fait que pour ces petites formations, ce scrutin est surtout une tribune médiatique ?

Pour certains petits partis ou associations, cette élection est une occasion de se faire connaître, de décrocher des interviews, d’être mentionnés dans les médias. Présenter une liste à un scrutin national est aussi un argument qu’ils peuvent faire valoir dans leurs opérations de communication.

D’autant que cela ne leur coûte pas grand-chose : il faut juste trouver 79 personnes pour former une liste qui respecte la parité hommes-femmes. C’est d’autant plus attractif avec le retour à un scrutin de liste nationale, alors qu’en 2014 il y avait huit eurorégions françaises. C’est plus facile de présenter une seule liste, et c’est surtout plus facile d’intéresser les médias nationaux.

Cela dit, ces listes moins connues peuvent créer la surprise. Dans le passé, il y a eu des listes qui étaient tangentes entre le fait de faire de la figuration et d’avoir des élus qui ont finalement eu des sièges au Parlement européen. Par exemple, en 1999, Chasse, pêche, nature et traditions a obtenu 6 sièges, et la liste LO/LCR en a eu 3.

Ce record est-il aussi lié à l’émiettement du paysage politique en France ?

On ne peut pas vraiment parler de l’émiettement de l’offre. Certaines listes sont assez fantaisistes et émanent de formations qui pensent ne pas obtenir suffisamment de voix pour avoir des parlementaires élus à Strasbourg. Donc c’est plus de la communication et cela ne dit pas grand-chose sur l’offre politique en France en tant que telle. Mais il est vrai que très peu de partis se sont associés pour ce scrutin, à part La République en marche et le Modem. Il y a un émiettement important à gauche.