Pitié-Salpêtrière: Christophe Castaner sous pression, l'opposition réclame son audition et la création d'une commission d'enquête

MANIFESTATIONS Plusieurs élus, sénateurs et députés de l'opposition, réclament la création de commissions d'enquête sur la gestion des manifestations du 1er mai

Helene Sergent

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Christophe Castaner a reconnu qu'il n'aurait pas du
Christophe Castaner a reconnu qu'il n'aurait pas du — NICOLAS MESSYASZ/SIPA
  • A l’issue des manifestations du 1er mai, le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner s’est rendu le soir même dans les locaux de l’hôpital parisien de la Pitié-Salpêtrière.
  • Il a dénoncé devant la presse « une attaque » du service de réanimation menée par des militants anticapitalistes.
  • Des propos démentis par plusieurs vidéos mises en ligne jeudi 2 mai. Depuis, plusieurs élus de l’opposition réclament son audition devant les commissions Lois du Sénat et de l’Assemblée nationale, ainsi que la création de commissions d’enquête.

« Christophe Castaner a perdu ses nerfs. Toutes les semaines il s’exprime à chaud, sans vérifier les faits et c’est grave. Il est discrédité dans sa fonction de ministre de l’Intérieur ». Elianne Assassi, présidente du groupe CRC (Communiste, Républicain, Citoyen et Écologiste) au Sénat a été l’une des premières, jeudi 2 mai, à exiger la mise en place d’une commission d’enquête parlementaire. Comme elle, plusieurs voix s'élèvent désormais au sein de l'opposition pour auditionner le ministre de l’Intérieur.

Depuis sa sortie le 1er mai sur une « attaque » de militants anticapitalistes d’ultragauche « black blocs » dans le service de réanimation de l’hôpital de la Pitié Salpêtrière, Christophe Castaner est sous le feu des critiques. La publication le lendemain de plusieurs vidéos et témoignages a largement remis en cause la version de l'exécutif, accusé depuis de « mensonges ». Une pression accrue qui a poussé le locataire de la place Beauvau à revenir sur ses propos.

Une demande de simple audition

Moins de deux mois après son audition devant la commission des Lois du Sénat pour la gestion chaotique de «l'Acte 18» des gilets jaunes à Paris, le ministre de l’Intérieur pourrait retrouver les élus de la Chambre haute dans les prochaines semaines. C’est ce que souhaite Jean-Pierre Sueur, sénateur PS, qui précise à 20 Minutes avoir d’ores et déjà déposé auprès du bureau du président de la commission des Lois, Philippe Bas, une demande formelle d’audition.

Un souhait formulé également dès le 2 mai sur Twitter par son collègue Patrick Kanner. « Nouvelle bavure du Ministre de l’Intérieur ? L’analyse objective des faits à la Pitié-Salpêtriere et leurs commentaires pour le moins hasardeux justifient pleinement la convocation que je vais solliciter de Mr Castaner devant la commission des lois du Sénat », justifiait-il. D’autres élus souhaitent, eux, aller plus loin et exigent la mise en place d’une commission d’enquête sur les manifestations du 1er mai.

L’éternelle question du maintien de l’ordre

Contacté par 20 Minutes, Eric Coquerel, député LFI de Seine-Saint-Denis, confirme vouloir déposer une proposition en ce sens à l’Assemblée nationale. « C’est nécessaire, l’année dernière on avait déjà fait cette demande qui avait été refusée avant que l’affaire Benalla n’éclate quelques mois plus tard. Il y a eu cette année encore des faits anormaux, et une gestion du maintien de l’ordre totalement anarchique », dénonce-t-il. Selon l’élu, la tentative des manifestants pour entrer au sein de la Pitié-Salpêtrière découle de cette gestion du maintien de l’ordre par le gouvernement : « Si les gens s’y sont réfugiés, c’est parce qu’il y a eu des charges policières », analyse Eric Coquerel.

Au Sénat, l’élue communiste Elianne Assassi a également déposé une demande de création d’une commission d’enquête, plus contraignante pour le ministre qu’une simple « audition » devant les parlementaires. « A l’évidence, plusieurs éléments montrent que la réalité n’est pas celle décrite dans un premier temps par Christophe Castaner. On a besoin d’explications parce que c’est aussi la question de la doctrine du maintien de l’ordre qui est posée », détaille-t-elle à 20 Minutes.

Le soutien indéfectible de l’exécutif

Au sein de la majorité, le député LREM membre de la commission des Lois, Raphaël Gauvin, reconnaît pudiquement que le ministre a peut-être « réagi trop tôt ». Il fustige en revanche les demandes formulées par ses collègues de l’opposition. « Il ne faut pas trop abuser des commissions d’enquête. Les faits qui se sont déroulés à la Salpêtrière relèvent de l’autorité judiciaire. Il ne faudrait pas que le parlement se substitue à la justice », juge-t-il, réitérant ainsi les critiques déjà formulées par les élus de la majorité lors de la création de la commission d’enquête sur l’affaire Benalla.

S’il estime « normal » que le ministre de l’Intérieur soit « au centre des débats politiques », l’élu réfute toute « pression » à l’égard de Christophe Castaner. Face à la polémique, le ministre de l'Intérieur est pourtant revenu sur ses propos ce vendredi 3 mai. « Je n’aurais pas dû employer le terme "attaque" après l’irruption de dizaines de manifestants le 1er mai dans l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière », a-t-il concédé lors d’un déplacement dans le Var. Interrogé quelques heures plus tard à Marseille par l’un de nos journalistes sur place sur une éventuelle audition du ministre par les parlementaires, l’entourage du ministre s’est contenté de préciser que « ce n’était pas à l’ordre du jour ».

Quant aux demandes de démission formulées par certains élus de l’opposition, Edouard Philippe y a répondu fermement ce vendredi soir : « S’agissant des polémiques qui ont agité le monde médiatico-politique pendant les 24 dernières heures, je crois savoir que le ministre de l’Intérieur a corrigé son propos. Il a sans doute eu raison de le faire en choisissant le terme qu’il a utilisé. Et je n’ai pas d’autres commentaires à faire sinon qu’il a évidemment, et comme depuis le début, toute ma confiance ».