Annonces d'Emmanuel Macron: «Un bon discours», «rien de concret», «il fallait restaurer l’ISF»… Nos lecteurs réagissent

TEMOIGNAGES A l’issue de la conférence de presse d’Emmanuel Macron jeudi soir, « 20 Minutes » a interrogé ses lecteurs pour savoir s’ils avaient été convaincus

Jean Bouclier

— 

Le président Macron a tenu jeudi soir la première conférence de presse de son quinquennat.
Le président Macron a tenu jeudi soir la première conférence de presse de son quinquennat. — MICHEL EULER/AP/SIPA
  • Le président a tenu jeudi à l’Elysée la première conférence de presse de son quinquennat, pour présenter ses solutions à l’issue du grand débat et sortir de la crise des « gilets jaunes ».
  • 20 minutes a demandé à ses lecteurs s’ils avaient été séduits par les propositions du chef de l’Etat, et la majorité répond par la négative.
  • Si la réindexation des retraites sur l’inflation a été remarquée, le rejet du RIC, lui, est vivement regretté.

Il était face à plusieurs centaines de journalistes, mais surtout des millions de Français. Jeudi soir, Emmanuel Macron a réalisé un exercice inédit depuis le début de son quinquennat : une conférence de presse depuis l'Elysée, destinée à présenter ses arbitrages du grand débat national. Il a ainsi avancé les solutions qu’il juge à même de calmer la colère des « gilets jaunes », dont il a reconnu les « justes revendications ».

Et s’il a expliqué qu’il était prêt à changer de méthode, Emmanuel Macron a aussi montré qu’il voulait maintenir le cap fixé depuis deux ans. Mais alors, est-il parvenu à convaincre ? 20 Minutes a donné la parole à ses lecteurs.

Emmanuel Macron a-il été convaincant ?

Dans une large majorité, nos lecteurs n’ont pas été séduits par les réponses apportées. « Je ne crois plus en ce gouvernement, il va donner d’un côté pour mieux reprendre de l’autre », analyse Nadine. A de très rares exceptions, les personnes qui se disent favorables aux « gilets jaunes » ont toutes été déçues. C’est notamment le cas de Serge, 61 ans, qui estime que même les solutions « qui pourraient au premier abord paraître profitables sont, après analyse, déjà prévues par la loi ».

Parmi les reproches faits au discours d’Emmanuel Macron, c’est le manque de clarté qui domine. Illustration avec Pierre-Philippe : « Il n’y a eu aucune annonce concrète à effet immédiat. Il est resté très flou ». Un moyen, selon lui, de « gagner du temps et de servir d’Edouard Philippe comme d’un potentiel futur fusible ». Christophe partage cette analyse : « Le président fait toujours de bons discours, mais les annonces concrètes sont toujours noyées », déclare le trentenaire. Saluant elle aussi le « bon orateur » qu’est Macron, Armelle, regrette elle qu' « après cinq mois de crise », l’Elysée dise que « maintenant, le gouvernement va travailler sur les dossiers ! ». Certains ont un avis moins tranché, comme Philippe, 59 ans, qui veut laisser du temps au temps : « Je ne serais convaincu que si ces annonces portent leurs fruits et si, dans trois ans, la situation de la France s’est améliorée ».

Mais la conférence n’a pas fait que des malheureux. Ainsi Jany, septuagénaire, évoque des mesures « relativement modestes, mais réalisables. » Avec un avantage : celui de ne pas être « tombé dans la démagogie ». Dans le même esprit, Nelly estime que le plan de Macron implique « la responsabilité de chacun, sans attendre (l’aide) de l’Etat ». Patrick, lui, propose une perspective dans le temps : « La majorité des mesures prisent par Macron sont bénéfiques sur le long terme. Malheureusement, le peuple français, ne comprenant pas le fonctionnement de l’économie d’un pays, veut des résultats immédiats en restant les bras croisés ». Et puis il y a ceux, comme Bruno, qui n’ont pas été convaincus par le président, mais qui ne sont pas non plus convaincus par la prolongation du mouvement des « gilets jaunes » : « il doit se terminer, sachant qu’ils n’obtiendront rien de plus ».

Quelle annonce a retenu le plus l’attention ?

Le pouvoir d’achat est, depuis le départ, le principal cheval de bataille des « gilets jaunes ». C’est donc naturellement que le geste en faveur des retraités compte parmi ceux qui ont le plus marqué les esprits. Que ce soit Fred, 43 ans, Christian, 57 ans et favorable aux « gilets jaunes », ou Françoise, 65 ans, tous citent la « réindexation des pensions de retraites de moins de 2.000 euros sur l'inflation ». Idem pour Stephan, qui regrette que la mesure ne soit pas appliquée « dans l’immédiat » (elle sera mise en place à compter de janvier 2020). D’autres, comme Sarah, 29 ans, sont en colère : « c’est un gros retour en arrière, il fait un gros cadeau à tous les retraités ».

Si la baisse de l’impôt sur le revenu et le maintien de l’âge légal de départ à la retraite à 62 ans sont souvent évoqués par nos lecteurs, la mesure qui concerne les familles monoparentales retient aussi l’attention. Alain, 74 ans, et Pierre-Louis, la cinquantaine, évoquent ainsi les « aides sur les pensions alimentaires non payées » (dont le recouvrement serait confié aux CAF). Un moyen, selon Laura, de redonner « du pouvoir d’achat aux femmes seules ».

Jeudi, Emmanuel Macron a aussi exprimé sa volonté de « changer notre administration », sachant que la « politique menée a été perçue comme lointaine, parfois trop froide, venant de Paris et donc technocratique ». Un discours qu’a entendu Laurent, convaincu par les « maisons de services publiques dans les cantons ». Une « décentralisation accrue », note Lionel, qui va « donner plus de pouvoir aux régions » selon Jérémy.

Et si de nombreux lecteurs affirment qu’aucune des mesures n’a été convaincante, certains, comme Florent, ont retenu l’aspect institutionnel. « L’introduction d’une dose de proportionnelle à l’Assemblée permettra de représenter un peu mieux le vote des citoyens. En revanche, 20 % de proportionnelle n’est pas suffisant pour une bonne représentativité des votes. Il y a encore du chemin à effectuer », avance le jeune homme.

Quelles annonces ont été « oubliées » par Emmanuel Macron ?

C’était l’une des revendications phares des « gilets jaunes » : le référendum d’initiative citoyenne (RIC). Mais pour Emmanuel Macron, il « remet en cause la démocratie représentative ». Et c’est donc l’une des idées que nos lecteurs mettent le plus en avant parmi celles qui ont été « oubliées ». Le RIC aurait pourtant permis un « changement véritable pour toutes les mesures qui concernent le peuple (travail, santé, sécurité, éducation…), la création d’un véritable contre-pouvoir », regrette Henry, 49 ans. Les citoyens « réclament une démocratie davantage participative et non plus seulement représentative », abonde Adrien. Et pour Freddy, qui soutient les « gilets jaunes », le RIC aurait permis « la démocratie, la vraie ».

D’autres « oublis » reviennent souvent : la restauration de l’ISF, l’abandon de la limitation de la vitesse à 80 km/h, la baisse des prix des carburants ou encore la prise en compte du vote blanc, lequel a été « balayé d’un revers de main », estime Jean-Luc. C’est aussi le cas de l’écologie, alors que les ONG n'ont pas manqué de montrer leur déception. « Il fallait relancer une véritable politique pour la sauvegarde de l’environnement », lance Thierry, 56 ans, tandis que Brigitte fustige la « création d’un énième groupe de réflexion (sur l’écologie)… Pas de taxation des grands pollueurs, des banques et de leurs investissements massifs dans les énergies fossiles, du trafic maritime et aérien… », énumère-t-elle.

La liste des attentes insatisfaites est encore longue, entre la « baisse des taxes sur les produits de première nécessité » évoquée par Sébastien, « l’augmentation de la TVA sur les produits de luxe » que veut Christophe, ou la « revalorisation des enseignants » réclamée par Patrick. Cindy, quant à elle, critique un président qui n’a pas été capable de trouver comment « remplir (son) frigo ». Ce à quoi Gérard, la soixantaine, pourrait lui répondre : « Macron n’est pas un magicien ».