EXCLUSIF. Européennes 2019: «La société est prête à changer, ce sont les gouvernements qui freinent», affirme Yannick Jadot

INTERVIEW « 20 Minutes » publie une série d’interviews de têtes de listes aux élections européennes, avec pour ouvrir le bal, Yannick Jadot, qui conduit la liste d’Europe Écologie Les Verts (EELV)

Propos recueillis par Laure Cometti

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Yannick Jadot, tête de liste EELV pour les européennes, le 25 mars 2019 à Paris.
Yannick Jadot, tête de liste EELV pour les européennes, le 25 mars 2019 à Paris. — http://cms.20minutes.fr/admin/etna/article/article//cms/content/actu-generale/politique/2019/04/26/europeennes-2019-yannick-jadot/preview
  • Les élections européennes ont lieu le 26 mai en France.
  • Dans ce cadre, 20 Minutes publie une série d’interviews de têtes de listes.
  • Yannick Jadot, qui mène la liste d’Europe Écologie Les Verts (EELV), nous explique pourquoi sa liste est selon lui « la seule qui est cohérente et claire sur l’écologie ».

A l’occasion des élections européennes, 20 Minutes interroge les têtes de liste en lice pour le scrutin du 26 mai prochain. On commence avec Yannick Jadot, qui mène la liste Europe-Ecologie-les Verts (EELV). Député européen depuis 2009, il siège à Strasbourg dans le groupe des Verts/Alliance libre européenne, qui rassemble 52 élus. Il a répondu à nos questions ce vendredi.

Hier, Emmanuel Macron a présenté ses mesures pour sortir de la crise des « gilets jaunes ». Qu’avez-vous pensé de ses propositions sur l’écologie ?

C’est une énorme déception. On sait tous l’urgence climatique, on constate l’anéantissement de la biodiversité. Or le Président de la République continue à procrastiner. Il fait deux propositions [la création d’un « conseil de défense écologique », qui réunira les ministres dédiés pour faire les « choix stratégiques », et une mission confiée dès juin à 150 citoyens tirés au sort, pour « redessiner toutes les mesures concrètes d’aide aux citoyens sur la transition climatique »]. Mais les organes en charge de la concertation sur l’écologie existent déjà : on a le conseil national de la transition écologique (CNTE) depuis 2013. Emmanuel Macron nous invente un machin au titre ronflant, laissant entendre que lors d’un conseil des ministres classique, on ne peut pas prendre de décisions sur le climat. C’est pour masquer son inaction, une inaction coupable.

 

 

Quelles sont les 3 mesures prioritaires qu’il aurait fallu annoncer selon vous ?

Un plan Marshall sur la transition énergétique, en particulier sur l’isolation des logements. Cela permettrait de réduire de plusieurs centaines d’euros par an la facture d’énergie des ménages, donc de lutter contre la vie chère, en préservant l’environnement et en créant des dizaines de milliers d’emplois d’artisans, d’ingénieurs, d’architectes, d’ouvriers du bâtiment, sur tout le territoire, même les zones rurales. Pour le financer, nous demandons que les 52 milliards de la fiscalité écologique soient totalement réinvestis sur la transition écologique. Et dans notre programme européen, nous défendons un plan d’investissement de 100 milliards par an sur la transition écologique.

Il faut aussi sanctuariser les services publics : les postes, les gares et les maternités, et pas seulement les écoles et hôpitaux. Emmanuel Macron renvoie aux maires la responsabilité de maintenir ou fermer un service public. C’est assez scandaleux et cynique de la part d’un gouvernement qui n’a cessé de réduire les dotations budgétaires des collectivités. Il faut également sanctuariser les infrastructures vitales qui relèvent de notre patrimoine commun :  les barrages hydroélectriques, qui sont en train d’être privatisés, et les aéroports.

Enfin, la transition de notre modèle agricole est une priorité. Il faut absolument interdire dès maintenant le glyphosate et sortir des pesticides en 15 ans.

L’Union européenne est-elle l’échelon idéal pour mettre en place votre programme ? Votre plan de 100 milliards d’euros annuels sera-t-il facile à défendre à Bruxelles qui fixe aux Etats un déficit public maximum à 3 % du PIB ?

On peut sortir les investissements écologiques des 3 % de déficit. Il n’y a pas besoin de changer les traités, il faut simplement en avoir la volonté politique. Par ailleurs, la banque centrale européenne a sorti près de 4.000 milliards d’euros après la crise financière pour renflouer les banques. Il faut qu’elle rachète des prêts émis pour financer la transition écologique.

Pour mener la transition agricole, l’Europe est le bon échelon : les 9 milliards d’euros annuels que la France reçoit de la PAC [politique agricole commune] doivent être réorientés pour accompagner les agriculteurs vers l’abandon des pesticides.

Le climat, les océans, la biodiversité n’ont pas de frontières. Il nous faut un échelon capable de peser face à Trump, Poutine, à la Chine et de porter à l’échelle internationale les enjeux écologiques qui concernent toute l’humanité. Il nous faut la force de frappe européenne pour faire de la recherche, de l’innovation, et investir dans la transition écologique.

Yannick Jadot au Parlement européen, le 16 avril 2019.
Yannick Jadot au Parlement européen, le 16 avril 2019. - ISOPIX/SIPA

Votre liste est-elle la plus écolo ? D’autres listes présentent elles aussi des mesures pour l’environnement, certaines listes comptent des candidats engagés en écologie, comme Pascal Canfin sur la liste de La République en marche (LREM)

La bonne nouvelle c’est que nos sujets sont au cœur du débat public. Il y a dix ans ce n’était pas le cas. Donc tout le monde s’en saisit. Mais notre liste est la seule qui est cohérente et claire et qui fait de l’Europe et de l’environnement l’alpha et l’oméga de son programme.

La liste LREM c’est la liste attrape-tout, on y trouve tout et son contraire : des antiglyphosate et des proglyphosate, des antinucléaire et des pronucléaire, des antichasse et des prochasse, des anti accords de libre-échange et des pro… Cette liste ne peut pas prétendre incarner l’écologie.

Celles des socialistes non plus : dans leur liste il y a l’un des responsables qui voulait l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, alors que dans la mienne il y a le leader du combat contre l’aéroport de NDDL. Les socialistes, les libéraux de LREM et la droite soutiennent le projet de LGV Lyon-Turin, tout comme celui du grand contournement de Strasbourg, qui va détruire la nature pour faire des autoroutes.

Je veux dire, y compris à tous ceux qui se sentent un peu orphelins à gauche, que s’ils veulent voter pour l’environnement, pour la santé, pour une vraie refondation de l’Europe, il faut voter Verts. Je veux pouvoir regarder les électeurs droit dans les yeux, pour leur dire que ce que je leur promets en campagne, c’est ce que nous faisons au Parlement européen. C’est notre groupe au Parlement européen qui, par sa cohérence, permet d’arracher ce qu’on a arraché sur la pêche électrique, les énergies renouvelables, la protection des lanceurs d’alerte. Les autres candidats font beaucoup de promesses qu’ils ne pourront jamais tenir, parce que même pour les quelques-uns qui sont sincères, ils siégeront dans un groupe qui ne défendra pas leurs idées, car les autres groupes européens n’ont pas la cohérence des Verts.

« Bien entendu que les écologistes sont pour le commerce, la libre entreprise et l’innovation », avez-vous déclaré au Point début mars. A gauche et chez les écolos, cette phrase a été très critiquée, certains vous accusant d’être dans la stratégie électorale. Est-ce que vous la regrettez ?

Pas du tout, elle a été instrumentalisée. S’il y a un député qui est reconnu pour son combat contre les accords de libre-échange au Parlement européen, toutes nationalités confondues, c’est moi. Donc je n’ai pas de leçons à recevoir sur un libéralisme prédateur, un capitalisme financier, que je combats.

Les écologistes ont toujours été pour une économie plurielle, au service de l’environnement, des droits sociaux et humains. Aujourd’hui, l’économie s’affranchit totalement des limites la planète et du bien-être des hommes et des femmes. Il faut la mettre au service de la transition écologique.

Faut-il aussi éduquer les générations futures à consommer autrement ?

Je pense qu’il faut surtout éduquer les générations actuelles. Les jeunes ont bien plus conscience du péril climatique. La société est prête à changer, ce sont les dirigeants et les gouvernements qui freinent les changements, au nom du vieux monde qu’ils veulent défendre, et ça, c’est inacceptable.