Conférence de presse d’Emmanuel Macron: Pour l’opposition et les «gilets jaunes», la réponse du président reste insuffisante à la crise

REACTIONS Après cinq mois de crise des «gilets jaunes» et la fin du grand débat national, le chef de l'État a dévoilé ses conclusions

S.A avec AFP

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Emmanuel Macron, en conférence de presse dans la salle des fêtes de l'Elysée, le 25 avril 2019.
Emmanuel Macron, en conférence de presse dans la salle des fêtes de l'Elysée, le 25 avril 2019. — ludovic MARIN / AFP

Un grand oral réussi ? Des réponses minimes face à la colère des Français ? Le président Emmanuel Macron s'est exprimé ce jeudi face à la presse pour apporter des réponses à la crise des «gilets jaunes», à l’issue du grand débat national et relancer son quinquennat à un mois des Européennes.

Pouvoir d'achat, retraites, écologie : l’opposition a pointé du doigt jeudi une réponse insuffisante et éloignée des attentes des Français de la part d’Emmanuel Macron, qui fait craindre à certains un regain de colère, après cinq mois de crise des « gilets jaunes ».

« Macron sait-il que son discours était censé conclure la crise politique ? Il vient de la relancer en se défilant comme il vient de le faire », a réagi sur Twitter le chef de file de La France insoumise Jean-Luc Mélenchon. Et si le chef de l’Etat « n’a rien compris aux attentes des Français, on lui réexpliquera le 26 mai ! », a lancé de son côté la tête de liste du mouvement pour les européennes, Manon Aubry. De son côté, le député LFI Adrien Quatennens estime qu' : « il est temps à présent de préparer sérieusement l’après Macron ».

« Ça sonne creux »

Rendez-vous aux prochaines manifestations. C’est le mot d’ordre du côté des « gilets jaunes ». Priscillia Ludosky, une des figures des « gilets jaunes », a tweeté les dates des prochaines mobilisations à venir : « 27/04 manif 01/05 manif 04/05 manif 08/05 manif 11/05 manif 18/05 manif 25/05 manif ».

Emmanuel Macron « n’a pas écouté ce qu’on a dit », ont réagi auprès de l’AFP les « gilets jaunes » Maxime Nicolle et Jérôme Rodrigues, sceptiques face aux décisions annoncées. « Il n’a pas écouté ce qu’on a dit dans la rue depuis cinq mois », a déclaré Maxime Nicolle. « Il a commencé son allocution par dire que ce qu’il avait fait depuis deux ans c’était très bien et qu’on l’avait pas compris. Nous, on a très bien compris, il est incapable d’un mea culpa. »

« Tout est repoussé, tout est vague, rien n’est précis, donc samedi on lui montrera que nous aussi on sait faire les choses en profondeur et le 1er mai aussi », a-t-il lancé, appelant à de nouvelles manifestations. « Ça sonne creux. Au fond, il garde le cap », a réagi Jérôme Rodrigues, autre figure du mouvement. « C’est un bon tchatcheur, il vendrait du sable à un berbère dans le désert, mais ça ne prend pas. »

« Je salue le travail réalisé, c’est un fait : ils ont planché sur le sujet ! (…) Mais les grands oubliés de la Nation sont les travailleurs pauvres, les agriculteurs, les temps partiels, les précaires, tous les ubérisés de la société »,, a réagi la « gilet jaune » Jacline Mouraud dans un communiqué.

« Ce n’est pas une conférence de presse, c’est un appel à descendre dans la rue », estime Olivier Besancenot, ancien porte-parole du Nouveau Parti anticapitaliste.

Le président « n’a rien compris »

« Baisse des impôts », « justice sociale », « lutte contre l’immigration clandestine et contre l’insécurité » : Emmanuel Macron « n’a rien dit, rien apporté », et « je crains très honnêtement que la colère des Français a de très beaux jours devant elle », a averti la tête de liste du parti d’extrême droite pour les européennes, Jordan Bardella, sur BFM-TV. Pour ses confrères Nicolas Bay et Sébastien Chenu, Emmanuel Macron n’a « toujours rien compris » et « ne change pas ».

« Il y a encore beaucoup d’oubliés (…), d’abord les retraités », qui « ne seront pas réévalués sur l’inflation en 2019 », a réagi le patron des Républicains, Laurent Wauquiez, sur France 2, en regrettant qu’il y ait seulement des « petits gestes, des petites corrections des lourdes erreurs commises », et que « des compartiments entiers de Français ne sont pas concernés ».

Le député LR Eric Ciotti a dénoncé « un marché de dupes » proposé aux retraités, car en réalité « leur pouvoir d’achat va continuer à baisser pendant 2 ans ! » « Hypocrisie ! », a lancé Nicolas Dupont-Aignan, président de Debout la France : « l’âge de départ à la retraite de 62 ans ne sera pas touché (…) la durée de cotisation sera allongée. Autrement dit, on pourra partir "tôt" mais avec "très peu" ».

Dans un communiqué de presse, Florian Philippot, fondateur des Patriotes, juge qu’Emmanuel Macron est « passé totalement à côté de cette prise de parole pourtant très attendue ».

« Je, je, je »

Côté environnement, « tout ça pour ça ! », déplore Yannick Jadot, tête de liste EELV pour les européennes : « on attendait un plan Marshall sur le climat (logement et renouvelables), une sanctuarisation des services publics (gares, maternités…) et des infrastructures vitales (aéroports, barrages…) », et à la fin, "rien ! Ou si peu… »

« Evasif sur l’écologie, imprécis sur le nouvel acte de décentralisation et la réforme constitutionnelle, laborieux sur la laïcité mise en relation avec la migration et le regroupement familial. Le président de la République parle beaucoup de lui et pose plus de questions qu’il n’y répond", a également estimé le porte-parole d’EELV David Cormand.

« Je, je, je : 90 minutes sur lui-même, une minute pour le climat. De ce point de vue, rien n"a changé », a fustigé Raphaël Glucksmann, tête de liste PS/Place Publique pour les Européennes. Il n’y aura « pas d’acte II », en a conclu le patron du PS, Olivier Faure.

« Les Français demandent un changement de politique. Le président répond : je continue et j’accélère », a critiqué Fabien Roussel, premier secrétaire du PCF, dans la même veine qu’un Benoît Hamon (Générations) fustigeant un président qui « répond "je radicalise, j’intensifie et j’accélère ma politique" ».

Vers un nouveau cap

Mais Pascal Canfin, numéro deux sur la liste LREM pour les européennes, a salué auprès de l’AFP « deux réformes clés » pour « accélérer la transition » : « la conférence de citoyens va permettre de sortir des blocages en partant des demandes concrètes » tant en matière de logement ou de transports, et le « conseil de défense économique va rassembler les ministères clés pour la transition » (économie, logement, agriculture…) ». Même s’il a « regretté » d’avoir pu paraître « dur », le président a expliqué ne pas penser avoir fait « fausse route », et estimé que « les transformations en cours ne doivent pas être arrêtées ».

Le chef de file des députés LREM, Gilles Le Gendre a réagi auprès de l’AFP après la conférence de presse d’Emmanuel Macron : « Le Président était très attendu et il a réussi l’exercice en fixant un cap et en apportant des réponses concrètes aux problèmes exprimés par les Français lors du grand débat national : impôt sur le revenu, retraites, école, grande dépendance. Il décide d’aller plus loin et plus vite pour réussir les grandes transitions de notre société : écologie, numérique, vieillissement, temps de travail ». Invité du JT de France 2, Stanislas Guerini, délégué général de LREM estime que le président a fixé : « un cap clair, une révolution de méthode et des annonces concrètes ».

« Un cap clair et réaffirmé, un changement de méthode pour donner plus de pouvoir aux Français sur la vie démocratique, pour refaire nation. Une refondation pour un pays plus humain. Plus de libertés, plus de protections nouvelles, plus de transformations », a déclaré la députée LREM auprès de l’AFP.

Dans un communiqué commun, les Communes, Départements et Régions attendent une clarification après la conférence de presse d’Emmanuel Macron