VIDEO. Conférence de presse: Emmanuel Macron a-t-il réussi son opération de communication?

REPORTAGE Démocratie, fiscalité, éducation et immigration ont notamment été évoquées par Emmanuel Macron dans un discours deux fois plus long que prévu

Laure Cometti

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Emmanuel Macron, le 25 avril à l'Elysée.
Emmanuel Macron, le 25 avril à l'Elysée. — Macron a-t-il réussi son opération de communication?
  • Emmanuel Macron s’est exprimé ce jeudi pour présenter ses solutions à la crise des « gilets jaunes ».
  • Après une allocution de près d’une heure, il a répondu aux questions des journalistes présents à l’Elysée. Démocratie, fiscalité, éducation et immigration ont notamment été évoquées.
  • Pas d'effet de surprise sur le fond des annonces, mais une volonté affichée de changer de méthode dans le discours du président.

« On ne peut créer la surprise avec un plat qu’une seule fois », disait Joël Robuchon. Une semaine après que ses annonces ont fuité dans la presse, Emmanuel Macron les a présentées devant la presse française et internationale invitée à l’Elysée. Il y a bien eu quelques nouveautés, mais sur la plupart des mesures le président n’a pas livré de détails, s’en remettant au travail futur du gouvernement ou du Parlement. La séance de questions-réponses avec les journalistes n’a pas non plus réservé de surprises.

L’effet surprise gâché

Contraint d’annuler son allocution le 15 avril après l’incendie de Notre-Dame de Paris, le chef de l’Etat a vu son discours publié dans les médias et la quasi-totalité des annonces dévoilées. Dix jours plus tard, il a présenté ces mêmes annonces sur la fiscalité, la décentralisation, les services publics, au fil d’un discours bien plus long que prévu.

L’Elysée avait annoncé une vingtaine de minutes de propos liminaire, Emmanuel Macron a finalement parlé pendant une heure, raccourcissant la séance de questions-réponses, qui a duré 1h30 environ. Et diluant son propos, selon le politologue Olivier Rouquan : « On pouvait s’attendre après les mois écoulés à un discours liminaire plus ramassé et plus fort, avec des propositions qui pouvaient marquer la suite de son quinquennat. Cette longueur a fait perdre de la force à l’exercice », estime le chercheur associé au CERSA.

Des annonces moins fortes que celles de décembre ?

Les annonces de ce jeudi pâtissent-elles aussi de la comparaison avec celles dégainées à la fin de l’année 2018 ? Le 10 décembre, le président avait dégainé un bouquet de propositions sur le pouvoir d’achat, pour un coût global de 10 milliards d’euros. « Les gilets jaunes avaient alors obtenu une vraie inflexion du quinquennat », note Alexis Lévrier, historien de la presse, maître de conférences à l’Université de Reims.

Ce jeudi, le président a dessiné de grands chantiers, sur l’écologie, avec la création d’un « Conseil de défense écologique » (rassemblant les ministres) et d’un « Conseil de participation citoyenne » composé de 150 Français tirés au sort en juin, dont la première mission sera de « redessiner toutes les mesures concrètes d’aide aux citoyens sur la transition climatique ». « La plupart des sujets qu’il a abordés ce soir ont des échéances très longues, à 10, 15 ans », note Bruno Cautrès, directeur de recherche au CNRS.

Sur la fiscalité, le chef de l’Etat a pu être plus concret, promettant 5 milliards d’euros de baisse annuelle de l’impôt sur le revenu, en réponse à un journaliste. « Mais il n’a pas dit qui bénéficiera de cette baisse, et le paramétrage que fera le gouvernement va forcément décevoir certains Français », prévient le chercheur. Par ailleurs, cette baisse doit être financée par la suppression de « niches fiscales pour les entreprises » mais aussi « la nécessité de travailler davantage ».

Sur le renouvellement de la vie démocratique, Emmanuel Macron a annoncé l’abaissement du seuil des signatures de citoyens pour un référendum d’initiative partagée (RIP), de 4,5 millions aujourd’hui à 1 million. Mais il a rejeté le vote obligatoire, la reconnaissance du vote blanc, et a circonscrit le référendum d’initiative citoyenne (RIC) à des sujets locaux, sans dire s’il sera contraignant ou purement consultatif.

Un président en campagne ?

L’un des rares points qui ne faisaient pas partie des fuites est l’immigration. Emmanuel Macron l’a abordée ce jeudi : « Schengen ne marche plus (…) Pour accueillir il faut avoir une maison, donc il faut des frontières, des règles (…) Nous devons profondément refonder notre politique migratoire ». Pour Bruno Cautrès, en abordant ce thème, « il est clairement en campagne, alors que La République en marche et le Rassemblement national sont au coude-à-coude dans les sondages ». Dans sa lettre aux Français du 14 janvier, le président leur demandait s’ils étaient favorables à des quotas annuels d’immigration. Sans trancher ce jeudi, il a annoncé un « débat annuel » au Parlement sur le sujet.

Un mea culpa ?

Le chef de l’Etat a aussi longuement parlé de lui et de son rapport à sa fonction, à la demande de certains journalistes. « Sur le fond, il a essayé d’assumer ses erreurs et de mettre en place une présidence et une République plus modeste, moins hyperprésidentielle. Il a beaucoup insisté sur le rôle du gouvernement et du Premier ministre », souligne Alexis Lévrier. « Il semble avoir tiré des leçons de la crise des gilets jaunes. Mais c’est en contradiction avec la forme de cette conférence : il était assis, a fait de longs monologues, le gouvernement n’a pas eu la parole, et il est resté très jupitérien dans sa réponse sur l’affaire Benalla par exemple. Ses techniques de communication se sont un peu retournées contre lui ».

De fait, il reviendra au gouvernement de transformer l’essai après cette conférence de presse. Il doit se réunir en séminaire dès lundi.