VIDEO. Pas de RIC, des pensions réindexées… Que faut-il retenir de la conférence de presse d’Emmanuel Macron?

QUESTIONS REPONSES Le chef de l'Etat a dévoilé ce jeudi les mesures inspirées par le «grand débat national»

Nicolas Raffin, avec Jean Bouclier

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Emmanuel Macron lors de son discours à l'issue du Grand débat national, à l’Élysée, le 25 avril 2019.
Emmanuel Macron lors de son discours à l'issue du Grand débat national, à l’Élysée, le 25 avril 2019. — Ludovic MARIN / AFP
  • Emmanuel Macron s’est exprimé ce jeudi pour présenter ses solutions à la crise des « gilets jaunes ».
  • Après une allocution de près d’une heure, il a répondu aux questions des journalistes présents à l’Elysée.
  • Démocratie, fiscalité, éducation et immigration ont notamment été évoquées.

Sagement assis derrière son pupitre de l’Elysée, Emmanuel Macron n’a pas renversé la table. Le chef de l’État a dévoilé ce jeudi ses propres conclusions du «  grand débat national » né de la crise des « gilets jaunes ». D’emblée, il a clairement indiqué qu’il ne changerait pas sa politique. « Est-ce qu’il faudrait arrêter tout ce qui a été fait depuis deux ans ? Je me suis posé la question. Je crois tout le contraire. »

Pendant son allocution, Emmanuel Macron a donc souvent rappelé ses réformes engagées ou promises – fonction publique, assurance-chômage, retraites, démocratie participative – en répétant qu’il fallait aller « plus loin ». Sans se renier, il a néanmoins annoncé plusieurs mesures concrètes, que 20 Minutes a compilé.

Vie démocratique : Exit le RIC

Le chef de l’État a rejeté l’idée d’un référendum d’initiative citoyenne (RIC), porté par les « gilets jaunes » et qui aurait pu permettre par exemple de révoquer le mandat d’un élu. « Tel qu’il est proposé, il me semble remettre en cause la démocratie représentative » a-t-il évacué. Il a également écarté l’idée d’un référendum pour valider ses propositions présentées ce jeudi.

En compensation, il a promis de faciliter l’accès au référendum d’initiative partagée (RIP) : si un million de citoyens cosignent une proposition, elle devra être examinée au Parlement (jusqu’à présent, l’initiative devait venir des députés ou des sénateurs). En revanche, Emmanuel Macron a indiqué qu’il ne soutiendrait pas la reconnaissance du vote blanc. Selon lui, voter blanc, « c’est trop facile », indiquant que les électeurs devaient « choisir » un projet, même « s’il ne plaît pas totalement ». En complément, il a aussi évacué la question du vote obligatoire.

Parlement : Une proportionnelle à 20 %

L’ayant évoqué lors de son introduction, puis questionné par les journalistes sur le sujet, Emmanuel Macron a indiqué qu’il était favorable à l’introduction d’une dose de proportionnelle « à hauteur de 20 % » à l’Assemblée. Et ce alors que la réforme des institutions, qui a été mise de côté depuis l’été dernier, tablait davantage sur 15 %. Sur le même thème, il souhaite que le nombre de parlementaires puisse être abaissé de 25 à 30 %, une volonté là encore présente dans la réforme des institutions.

Organisation de l’État : Des fonctionnaires qui vont bouger

Le président de la République veut « remettre plus de fonctionnaires sur le terrain », avec des « services publics à moins de 30 minutes » de chaque Français. Il propose donc que chaque canton dispose d’une « maison » baptisée « France services », qui pourrait agréger plusieurs administrations et guichets à un même endroit (impôts, CAF, Pôle emploi…). Emmanuel Macron n’a cependant pas précisé quels services publics pourraient être regroupés : un projet devrait être présenté par Edouard Philippe le mois prochain.

En complément, « un nouvel acte de décentralisation » devrait voir le jour en 2020. Les collectivités locales pourraient donc se voir confier de nouvelles compétences. Mais Emmanuel Macron a prévenu : les collectivités devront pleinement en assurer la responsabilité, sans appeler l’État au secours.

En ce qui concerne les hauts fonctionnaires, le chef de l’État a confirmé qu’il allait supprimer l’ENA. Une mission devra « refonder » le mode de formation et de recrutement des hauts fonctionnaires. Les « grands corps », c’est-à-dire les filières qui permettent aux jeunes hauts fonctionnaires de démarrer leurs carrières au sommet (Conseil d’État, Cour des comptes, inspection générale des finances) seront aussi supprimés. Les jeunes recrues devraient d’abord être « mises à l’épreuve ».

Education : Pas plus de 24 élèves dans les classes

Affirmant sa volonté de ne voir aucun hôpital ni aucune école fermer lors de son quinquennat, le chef de l’Etat a rappelé son souhait que les classes allant de la grande section de maternelle au CE1 ne comportent jamais plus de 24 élèves. Autre mesure : le locataire de l’Elysée veut « étendre le dédoublement des classes de CP et de CE1 », qui réduit fortement le nombre d’élèves par classe. Un système mis en place en 2017 et qui a, selon lui, de « très bon résultats dans les quartiers défavorisés ».

Pouvoir d’achat : Les retraités cajolés, les impôts baissés, les mères seules aidées

Touchés de plein fouet par la hausse de la CSG, les retraités avaient manifesté à plusieurs reprises pendant les deux premières années du quinquennat. Le gouvernement avait déjà partiellement reculé, en supprimant cette hausse pour 300.000 retraités en décembre dernier. Ce jeudi, Emmanuel Macron est allé plus loin, en annonçant la réindexation des retraites sur l’inflation : celles inférieures à 2.000 euros seront concernées en 2020, celles supérieures à ce montant en 2021. Cela évitera à ceux qui perçoivent des pensions une perte de pouvoir d’achat, comme cela avait été le cas en 2018 et 2019 notamment.

Sur les impôts, le chef de l’État a promis « des baisses pour ceux qui travaillent », laissant au gouvernement le soin de préciser l’ampleur de cette réduction fiscale, tout en évoquant une baisse de l’impôt sur le revenu de 5 milliards d’euros. Un projet qui doit passer, selon lui, par la suppression de certaines niches fiscales et par le fait de « travailler plus ». Mais comment ? Emmanuel s’est dit défavorable à la suppression d’un jour férié ou au recul de l’âge de départ à la retraite, et mise sur un allongement de la durée des cotisations, sur laquelle doit travailler le gouvernement. Il s’est également opposé au rétablissement de l’ISF, estimant que sa transformation en impôt sur la fortune immobilière (IFI) permettait « d’encourager l’investissement ». « C’est une réforme pour produire, pas un cadeau pour les plus fortunés » a-t-il asséné.

En parallèle, le président souhaite apporter une aide aux familles monoparentales, et plus particulièrement aux mères seules. L’idée : donner la prérogative à la Caisse d’allocations familiales pour qu’elle puisse aller prélever directement les pensions alimentaires quand elles ne sont pas versées. Un moyen, selon le chef de l’Etat, de ne pas faire payer à ces mères « l’incivisme de leurs anciens conjoints ».