VIDEO. Municipales 2020: «La réunionite, c'est le mal français», à 97 ans, le doyen des maires juge les évolutions de la fonction

ELECTION Marcel Berthomé est maire de Saint-Seurin-sur-l’Isle depuis… 1971. Pour «20 Minutes», il revient sur les évolutions de la fonction

Clément Carpentier

— 

Marcel Berthomé dans son bureau de maire à Saint-Seurin-sur-l'Isle.
Marcel Berthomé dans son bureau de maire à Saint-Seurin-sur-l'Isle. — Clément Carpentier / 20 Minutes
  • A 97 ans et dans son huitième mandat de maire, Marcel Berthomé parle des grandes évolutions de sa fonction entre réunionite et mille-feuille administratif.
  • Le doyen des maires de France peut aujourd’hui s’appuyer sur un vrai staff.

Marcel Berthomé est un monument français à lui tout seul. A 97 ans, il est le plus vieux maire de France. Le doyen. D’ici le premier tour des élections municipales de 2020, il aura, à la tête de Saint-Seurin-sur-l’Isle, même dépassé Jacques Chaban-Delmas avec 49 ans de mandat. Ce sera un an de plus que l’ancien maire de Bordeaux. Alors se représentera-t-il pour un neuvième mandat ? « Je n’ai pas encore pris ma décision. On verra après l’été », glisse sagement cet ancien commandant de l’armée de l’Air qui a participé à trois guerres : Seconde Guerre mondiale, Indochine et Algérie.

En attendant de connaître sa réponse, Marcel Berthomé revient pour 20 Minutes sur les grandes évolutions de sa fonction. « Quand j’ai commencé en 1971, les maires vivaient encore au rythme de l’avant-guerre. C’est-à-dire, rester au statu quo ! Bien gérer sa commune, c’était par exemple ne surtout pas augmenter les impôts. » Traduire : il ne se passait pas grand-chose dans les communes. Il fallait avant tout faire tourner la boutique mais pas forcément la développer. Dans sa petite commune de l’est de la Gironde, « ça frémissait tout doucement », se souvient-il.

Toujours plus de réunions

« La fonction a depuis pas mal changé car aujourd’hui, on doit faire le mille-feuille administratif. Etat, région, département, commune d’agglomération, communauté de communes, syndicat… », explique celui qui est aussi aujourd’hui le président du Pays du Libournais, un syndicat mixte composé de 137 communes. Pour lui, « la réunionite, c’est le mal français actuellement alors il faut tout le temps essayer de condenser les réunions pour gagner en rapidité. Sans oublier toute la paperasse et les déplacements qui vont avec. »

Derrière son bureau, Marcel Berthomé signe, re-signe des papiers. Et encore, il a le luxe d’être à la retraite et de ne pas avoir un métier à plein temps à côté. Le temps est devenu si précieux pour les maires. La fonction a également « évolué en même temps que l’intercommunalité. Aujourd’hui, il faut faire des compromis. Parfois même se soumettre… », souligne celui qui n’a pas hésité à interpeller le président de la République, Emmanuel Macron, lors du grand débat à Bordeaux, il y a quelques semaines.

Aujourd’hui, il peut s’appuyer sur un vrai staff

L’autre grand changement, « c’est l’organisation du travail, pour l’édile, c’est-à-dire qu’un maire aujourd’hui a un staff autour de lui. Il doit déléguer et surtout, savoir le faire tout en gardant la main. Il faut savoir bien s’entourer avec des agents de service ou des cadres. » Encore plus avec une commune qui est passée de 1.800 habitants en 1971 à 3.200 en 2019. Ici, c’est peut-être une exception mais l’exode rural, on ne connaît pas. La ville a même connu un fort développement ces dernières décennies à l’image de la mise en place d’un marché qui accueille plusieurs centaines de personnes chaque semaine.

Enfin, ne parlez surtout pas de téléphone portable à Marcel Berthomé. Il est en effet une espèce en voie de disparition puisqu’il n’a « jamais voulu de portable » car pour M. le Maire, c’est tout simplement « trois heures de perte de travail par jour ! J’ai une bonne mémoire, pas besoin de tout ça. Alors certains diront, c’est le vieux. Mais le vieux (il insiste), il continue… » Et il vous salue bien du haut de ses 97 ans.