Affaire Nathalie Loiseau: «Tout comme on n'a jamais oublié pour Madelin, on n'oubliera probablement jamais ce passé»

INTERVIEW «20 Minutes» a contacté la politologue Fiammetta Venner, pour évoquer le cas des passés de politiques difficiles à porter, comme celui de Nathalie Loiseau

Propos recueillis par Jean-Loup Delmas

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Nathalie Loiseau
Nathalie Loiseau — ISA HARSIN/SIPA
  • Nathalie Loiseau a été épinglée par Mediapart pour avoir participé à une liste d’étudiants d’extrême droite en 1984.
  • Comme elle, de nombreux politiques ont dû composer avec un passé plus extrémiste que leur parti.
  • « 20 Minutes » a interviewé Fiammetta Venner, politologue, pour en évoquer ces passés.

Cachez ce passé que je ne saurais voir. Nathalie Loiseau a participé en 1984, à l’âge de 20 ans, a une liste électorale de l’Union des étudiants de droite (UED), « un syndicat étudiant né sur les cendres du GUD (Groupe union défense) à Sciences po. [Il prône] l’union des droites et de tous ses courants de pensée, maurrassiens, indépendants, gaullistes… » a révélé Médiapart. La tête de liste LREM aux européennes évoque une « erreur de jeunesse ». Pour parler de ces passés lourds à porter, 20 Minutes a interrogé Fiammetta Venner, politologue travaillant depuis 1991 sur les extrémismes politiques.

Le cas de Nathalie Loiseau est-il exceptionnel ?

On a déjà vu par le passé des personnes s’étant engagées dans leur jeunesse auprès de mouvements politiques extrémistes, adopter des opinions plus « acceptables » et devenir des membres du gouvernement. Notamment sous Jacques Chirac dans les années 1980, car il a récupéré beaucoup de membres passés par l’ extrême droite ou les mouvements ultra-catholiques, qu’on qualifierait d’extrême aujourd’hui. C’est notamment le cas d’Alain Madelin, qui a été l’un des fondateurs d’Occident, un mouvement étudiant d’extrême droite, et qui fut plusieurs fois ministres dans les décennies 1980 et 1990.

De manière plus générale, l’extrême droite comme l’extrême gauche ont toujours fourni des politiciens aux partis plus centristes. Le cas de Nathalie Loiseau est néanmoins différent car elle plaide l’erreur de jeunesse, mais nie avoir déjà eu de telles positions elle-même. Ce n’est donc pas une héritière de l’extrême droite, qui aurait normalisé son discours.

Comment se justifier d’une telle proximité passée avec ce type de mouvement ? Quelle ligne de défense adopter face aux attaques ?

Sa ligne de défense « erreur de jeunesse » est la moins problématique qu’elle peut avoir. Cela met dans une lignée déjà vue en politique. Et elle, qui tourne la campagne des Européennes autour du combat contre l’extrême droite, peut s’en servir pour dire qu’elle est partie de ce mouvement. En revanche, dire qu’elle n’était pas au courant de ce que portait le mouvement et qu’elle n’avait pas réalisé ce qu’était l’UED impliquerait une très mauvaise vision de la politique, car les motifs du mouvement étaient clairs. Il est fréquent que dans les mouvements nationalistes, on se serve d’individus un peu « potiches » pour rassurer les électeurs et ce n’est guère souhaitable pour sa communication d’endosser ce rôle.

Justement, on parle beaucoup en France d’une dédiabolisation de l’extrême droite. Comment expliquer alors qu’une expérience passée de la sorte choque à ce point ?

Justement parce que la dédiabolisation du Front/Rassemblement National n’a pas fonctionné, ce que prouve cette polémique. Cela apparaît encore très problématique d’avoir figuré sur cette liste, au vu des réactions de nombreuses personnalités publiques choquées tout comme de l’opinion. Malgré les efforts de l’extrême droite pour se « banaliser », on voit encore que l’extrême droite est loin d’être considérée comme normale, et personne ne considère ce passé comme anodin.

Est-ce qu’on va finir par oublier ce passé pour Nathalie Loiseau ?

Probablement pas. On n’a jamais oublié que Madelin avait été membre d’Occident, même des années après, même après son passage en tant que ministre. Il ne risque pas d’y avoir plus d’oubli pour Nathalie Loiseau et sans doute lors des débats avec l’extrême droite, cela reviendra dans les arguments employés. Après bien sûr, dans la politique, une campagne et une polémique en chassent toujours une autre. Mais cela risque de revenir souvent.