Guerre ouverte à La France insoumise après un tweet du politologue Thomas Guénolé

PARTIS LFI est en crise depuis jeudi : après que son ex-candidat aux européennes Thomas Guénolé a publié un communiqué au vitriol sur les «méthodes staliniennes» du mouvement, ce dernier a répliqué en révélant un signalement pour harcèlement sexuel contre le politologue 

Laure Cometti (avec A. L.)

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Thomas Guénolé et Jean-Luc Mélenchon.
Thomas Guénolé et Jean-Luc Mélenchon. — IBO/SIPA // VINCENT DAMOURETTE/SIPA
  • A cinq semaines des européennes, La France insoumise est secouée par une polémique.
  • Le politologue Thomas Guénolé, qui figurait sur la liste du mouvement pour les européennes, a publié jeudi un communiqué au vitriol sur les «méthodes staliniennes» du mouvement qu'il compare à une «dictature».
  • En retour, LFI a révélé qu'elle examinait un signalement pour harcèlement sexuel contre le politologue. Une source proche du mouvement estime que Thomas Guénolé pourrait avoir servi de fusible pour étouffer d'autres rumeurs de harcèlement sexuel.

Depuis jeudi, La France insoumise et Thomas Guénolé sont en guerre ouverte. Responsable de l’Ecole de formation du mouvement, le politologue a publié dans la matinée un communiqué au vitriol pour dénoncer les « méthodes staliniennes » de LFI, organisée « comme une dictature », et contre l'« autocrate » Jean-Luc Mélenchon.

Dans la foulée, le mouvement a riposté avec un communiqué accusant Thomas Guénolé d'« instrumentaliser des prétextes politiques pour sa défense » : « Le comité électoral a reçu un signalement d’une jeune femme dénonçant des faits pouvant s’apparenter à du harcèlement sexuel de [sa] part ». Puis ce vendredi, la tête de liste Manon Aubry a annoncé sur RTL qu’ il « n’est plus 14e sur la liste LFI aux européennes. Il s’est débarqué tout seul ». A cinq semaines des élections européennes, cet affrontement très médiatisé est un coup dur pour LFI. « Il se flingue et il nous flingue en même temps. C’est affreux, pour lui et pour nous », souffle ce vendredi une source interne au mouvement.

 

« Il sort sa critique à un moment qui l’arrange beaucoup »

Les cadres de LFI plaident l’incompréhension. « Thomas Guénolé m’a affirmé son amitié et son soutien à de nombreuses reprises très récentes. Je suis stupéfait qu’il me mette en cause de cette façon. Décidément, rien ne me sera épargné », a tweeté Jean-Luc Mélenchon.

Chez les Insoumis, ce communiqué est perçu comme un contre-feu. « Il sort sa critique du mouvement à un moment qui l’arrange beaucoup. Jusqu’à présent, il se contentait très bien du fonctionnement non démocratique qu’il dénonce. Mais d’un coup, ça lui a posé un problème, à cause du signalement pour harcèlement sexuel, estime notre source interne au mouvement. Est-ce que c’est parce qu’il a flippé ? »

Thomas Guénolé dénonce à 20 Minutes des « méthodes accusatoires staliniennes pour me pousser dehors et me salir, me disqualifier ». Il dit avoir décidé de publier ce communiqué jeudi après « avoir subi des pressions, dont le but était de me pousser vers la sortie. C’est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase », affirme-t-il.

« Il nous a obligé à sortir l’information sur le harcèlement sexuel »

Le mouvement dit avoir été informé le 3 mars dernier d’un signalement pour harcèlement sexuel de la part de Thomas Guénolé. Le 14, le pôle de vigilance et d’écoute contre les violences faites aux femmes de LFI a rencontré la jeune femme concernée, qui a témoigné de faits remontant à la période 2015-2017, avant que le politologue ne rejoigne le mouvement. Danielle Simonnet, contactée par Mediapart, affirme que le pôle préconise ensuite « l’exclusion de Thomas Guénolé » au comité électoral. Ce dernier, habilité à trancher, a convoqué l’intéressé le 6 avril, devant trois délégués.

« Pourtant aucune décision du comité n’était arrêtée à ce stade », rapporte notre source interne au mouvement. « Mais il a subitement dit qu’il prenait un avocat et fixé un ultimatum ». Thomas Guénolé nous a confirmé qu’il avait, via son avocat, demandé au parti de lui transmettre tous les documents liés au signalement pour harcèlement sexuel, ce que LFI a refusé de faire. « En sortant son communiqué, il a obligé LFI à sortir l’information sur le signalement pour harcèlement sexuel », constate notre source.

« Ils se servent de lui comme fusible »

Le départ de Thomas Guénolé est-il lié à des tensions avec Sophia Chikirou ? « Ils se vengent car sa compagne ne l’a pas suivie l’été dernier », assure une personne proche du mouvement. Katerina Ryzhakova Guénolé travaille au Média depuis septembre 2017. « Après son départ du Média en juillet 2018, Sophia Chikirou a considéré tous ceux qui ne la suivaient pas comme des traîtres, elle les a blacklistés », poursuit cette source, convaincue que « c’est ça qui a détruit la carrière de Thomas Guénolé à LFI, jusqu’à cette saloperie : ils ont utilisé ce signalement pour harcèlement sexuel, car ils veulent se débarrasser de lui depuis longtemps ».

« Le mouvement se sert de Thomas Guénolé comme fusible », poursuit cette source. « LFI est accusée par des militants - qui avaient publié une tribune dans Le Média le 27 mars 2019 - de ne pas traiter les problèmes d’agressions et de harcèlements sexuels. Des noms circulent en interne, ceux de proches de Jean-Luc Mélenchon, mais ces personnes n’ont jamais été convoquées ou interrogées ».

Des poursuites judiciaires à venir ?

Dans son communiqué, le docteur en sciences politiques n’épargne pas Sophia Chikirou, écrivant que « de par sa proximité avec Jean-Luc Mélenchon en même temps qu’elle est prestataire de campagnes électorales passées et actuelles de LFI via [son entreprise] Mediascop, risque objectivement une condamnation judiciaire. La maintenir prestataire de campagnes électorales de LFI, c’est donc faire peser sur le mouvement un risque judiciaire extrêmement grave ».

Cette guerre ouverte médiatique pourrait se poursuivre dans les tribunaux. Thomas Guénolé a indiqué à 20 Minutes qu’il compte porter plainte contre son accusatrice « pour dénonciation calomnieuse » et lancer une procédure judiciaire contre LFI.