Du recyclé, du neuf et du flou... Les annonces qu'Emmanuel Macron comptait dévoiler

GRAND DEBAT Parmi les annonces qu'Emmanuel Macron aurait dû faire lundi soir, il y a du neuf et du moins neuf, notamment sur l'ISF ou la décentralisation

L.C.

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Emmanuel Macron à l'Elysée le 16 avril 2019.
Emmanuel Macron à l'Elysée le 16 avril 2019. — YOAN VALAT- POOL/SIPA
  • Présentée comme le grand tournant de son quinquennat, l'allocution d'Emmanuel Macron prévue lundi a finalement été annulée en raison du spectaculaire incendie ayant ravagé Notre-Dame de Paris.
  • Le contenu du discours a fuité dans plusieurs médias, et il comporte un mélange de mesures nouvelles et de dispositions recyclées du programme de la majorité, ou déjà spoilées par l'exécutif.

La vidéo était prête, mais l’incendie de Notre-Dame de Paris a bousculé l’agenda d’ Emmanuel Macron. Le président comptait annoncer lundi soir dans une allocution télévisée ses mesures pour sortir du  « grand débat national » et répondre à la crise des « gilets jaunes ». Annulé, son discours a toutefois fuité dans plusieurs médias et l’AFP en a obtenu une copie.

Parmi les propositions du chef de l’Etat, quelques nouveautés mais aussi des mesures recyclées de son programme présidentiel ou déjà annoncées par l’exécutif ces dernières semaines.

Prime défiscalisée, référendums… Des nouveautés

Commençons par le neuf. En matière de pouvoir d’achat, Emmanuel Macron compte pérenniser la prime exceptionnelle de 1.000 euros défiscalisée et sans cotisations sociales, décidée fin décembre 2018, qui serait ouverte aux employeurs « chaque année ».

Le président annonce aussi dans ce texte qu’il n’y aura « aucune fermeture d’école et d’hôpital jusqu’à la fin du quinquennat », « sauf demande des maires ». A l’école, il veut limiter à 24 élèves par classe les grandes sections de maternelle et les CE1.

Une partie des Français attendait le RIC (référendum d’initiative citoyenne), Emmanuel Macron en propose sa version : des référendums « sur certains sujets d’intérêts locaux ». Il veut aussi rendre « plus accessible » le référendum d’initiative partagée (RIP), prévu par la Constitution mais extrêmement compliqué à mettre en œuvre. Autre nouveauté : « une convention de 300 citoyens tirés au sort » mise en place en mai pour « travailler à la transition écologique et aux réformes concrètes à prendre ».

Le président se dit favorable à la suppression de deux écoles, l’ENM et l’ENA. La première forme les magistrats et la seconde les hauts fonctionnaires ; Emmanuel Macron en est sorti diplômé en 2004. Ces symboles ne faisaient pas partie des principales revendications des « gilets jaunes ». Il avait toutefois annoncé une réforme de l’ENA en 2018.

ISF, baisse d’impôts… Du recyclage et des mesures déjà spoilées

Sur le très symbolique impôt sur la fortune (ISF), le président refuse toujours de faire une volte-face. Mais il prévoyait d’annoncer lundi une « évaluation objective » de sa suppression en 2017 (et de la création de l’IFI), s’engageant sur cette base à « apporter toutes les modifications et corrections nécessaires ». C’était déjà prévu : l’exécutif a même mis en place fin décembre 2018 un «comité d'évaluation des réformes sur la fiscalité du capital », qui doit remettre un rapport d’ici septembre 2019.

Une autre annonce a été spoilée, la baisse « des impôts des classes moyennes », à laquelle plusieurs ministres se sont dits favorables dès le début de la crise des « gilets jaunes ». « Il faudra baisser les impôts plus vite pour répondre à l’exaspération fiscale », avait lâché Edouard Philippe lors de la restitution du grand débat le 9 avril dernier à l’Assemblée.

Le projet d’allocution contient, pour les retraites de moins de 2.000 euros, la réindexation des retraites sur l’inflation à partir du 1er janvier 2020. L’idée a été lancée en mars par le parti présidentiel, La République en marche, et le Premier ministre Edouard Philippe avait laissé la porte ouverte. Ce serait un retour en arrière pour l’exécutif qui avait annoncé en août 2018 la non-indexation des retraites sur l’inflation afin de faire des économies.

Il prévoit aussi « un nouvel acte de notre décentralisation ». Ce projet est déjà dans les tuyaux  depuis la campagne présidentielle. Emmanuel Macron en avait d’ailleurs reparlé en juillet 2017  au Sénat lors de la conférence des territoires.

Enfin, plusieurs points de cette allocution qui n’a pas eu lieu restent flous, comme la baisse de la dépense publique et le projet de transition écologique. Il faudra attendre les précisions d’Emmanuel Macron, qui compte s’exprimer « en temps voulu » selon l’Elysée.