L'incendie de Notre-Dame a-t-il vraiment provoqué une trêve dans la campagne des européennes?

POLITIQUE Emmanuel Macron a reporté ses annonces, et l'opposition a en partie décrété une «trêve» d'au moins 24 heures dans la campagne des européennes

Thibaut Le Gal

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Edouard Philippe, Emmanuel Macron, et Richard Ferrand
Edouard Philippe, Emmanuel Macron, et Richard Ferrand — Stephane Lemouton -POOL/SIPA
  • Après l'incendie de Notre-Dame, Emmanuel Macron a reporté ses annonces prévues lundi soir.
  • Plusieurs partis ont annoncé une trêve dans la campagne européenne.
  • La fuite des propositions du président pourrait accélérer l'agenda prévu par l'Elysée.

« Moi, j’ai pas la tête à la politique, pour au moins 24 heures, le temps d’avaler cette terrible réalité ». Après un tweet peu aimable à l’attention du chef de l’Etat, Jean-Luc Mélenchon a changé de tonalité sur son blog et face aux caméras. Comme lui, de nombreux responsables politiques ont exprimé « l’émotion de toute une Nation » après le terrible incendie de Notre-Dame de Paris.

Emmanuel Macron avait donné le ton, dès lundi soir, en repoussant ses annonces pour sortir de la crise des «gilets jaunes» puis sa conférence de presse, prévue mercredi. « Il faut respecter un temps de recueillement et avoir la responsabilité qui s’impose dans ce moment de grande émotion nationale », a justifié l’Elysée.

De « l’union nationale » à la mise en sourdine de la campagne

Nathalie Loiseau, candidate de la majorité aux européennes, lui a emboîté le pas sur Twitter, reportant le meeting prévu jeudi à Marseille. « Nous vivons un moment de tristesse profonde. La liste Renaissance se joint naturellement à ce moment d’union nationale ». Après les flammes, la trêve ? Un à un, plusieurs partis politiques ont annoncé une pause ou mis en sourdine leur campagne. Le Rassemblement national a suspendu la sienne au moins « jusqu’à la prochaine prise de parole » d’Emmanuel Macron.

Raphaël Glucksmann (Place publique/PS) et Ian Brossat (PCF) seront eux en retrait pour 24h, alors que Les Républicains ont annulé le meeting de Laurent Wauquiez et François Bellamy à Nîmes ce mardi soir.

« Ce type d’union nationale est d’ordinaire réservé à des périodes de crise majeure. Ca a débuté avec l’union sacrée au moment de la première guerre mondiale, où les activités parlementaires avaient été suspendues », rappelle l’historien Jean Garrigues.

Ces dernières années, certains attentats terroristes avaient également entraîné des suspensions de campagne. La trêve après les attaques du 13 novembre avait duré quatre jours, avant que la bataille pour les régionales reprenne dans l'hémicycle. Après les tueries de Mohamed Merah en 2012, les candidats à la présidentielle avaient suspendu leur campagne pendant trois jours. « C’est comme si l’incendie de Notre-Dame avait atteint une partie de l’âme nationale, au même titre qu’une guerre ou qu’un attentat. On est depuis lundi dans le temps du deuil », poursuit le spécialiste.

Une trêve politique, vraiment ?

La trêve est aussi motivée par la stratégie de communications des politiques. « Ils savent que la médiatisation de l’incendie aurait écrasé le reste, estime Jean Garrigues. Ainsi, étant donné le caractère décisif et solennel de l’allocution présidentielle, il paraît normal qu’elle ait été reportée ». En attendant, la présidence a fait savoir que l’opération de sauvetage de Notre-Dame était la « priorité » du gouvernement. Mercredi, le conseil des ministres sera « entièrement consacré » aux suites de l’incendie de la cathédrale et « suivi d’une réunion de lancement de la souscription nationale et de la reconstruction ».

Mais dans les moments de « trêve », la politique n’est jamais très loin. Gilles Lebreton, chef de file du RN au Parlement européen, a estimé que l’incendie de Notre-Dame « ne symbolise hélas que trop bien l’état de la France sous Macron », avant de supprimer son tweet.

La députée LR Brigitte Kuster a, elle, déposé une proposition de loi « pour inscrire Notre-Dame comme trésor national et rendre les dons pour sa reconstruction éligibles à la réduction fiscale de 90 % ». Une proposition dénoncée par l'ex porte-parole de La France Insoumise Raquel Garrido.

Nicolas Dupont-Aignan, le patron de Debout la France, a lui pointé du doigt la responsabilité politique : « Je crois qu’après l’émotion, il faut l’explication. Il faut savoir si c’est un accident ou si c’est un attentat », demandant que « toutes les mesures pour assurer la sécurité de nos bâtiments ». Une interrogation reprise par le député UDI Meyer Habib.

Combien de temps cette demi-trêve tiendra-t-elle ? Si La France insoumise a bien reporté des actions prévues sur les réseaux sociaux, « les réunions publiques ce mardi soir sont a priori maintenues ». Benoît Hamon (Générations) a lui annulé un déplacement mardi mais pas les autres prévus cette semaine, précise son entourage. La tête de liste EELV Yannick Jadot était dès ce mardi en déplacement.

Et Emmanuel Macron ? L’Elysée a fait savoir que le président s’exprimera « en temps voulu » sur la fin du grand débat. Mais la fuite des principales propositions pourrait précipiter l’agenda prévu.