Emmanuel Macron cherche «l’effet wahou» pour sortir du grand débat

COUP DE POKER C’est ce lundi soir que le président de la République doit annoncer des mesures à la suite du grand débat en réponse au mouvement des « gilets jaunes », et il est attendu au tournant

Rachel Garrat-Valcarcel

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Emmanuel Macron lors du dernier sommet européen à Bruxelles.
Emmanuel Macron lors du dernier sommet européen à Bruxelles. — SIPA
  • Emmanuel Macron doit répondre cette semaine au grand débat en prenant la parole lors d’une allocution télévisée.
  • Une grande part des annonces doit concerner la fiscalité.
  • Autres pistes attendues : le soutien aux mères isolées et la crise démocratique.

Cinq mois de crise des « gilets jaunes », deux mois de grand débat et quoi à la fin ? C’est le défi auquel Emmanuel Macron doit répondre cette semaine. Aux dernières nouvelles il doit prendre la parole ce lundi, à 20 heures, sous la forme d’une allocution télévisée. Pour certains, le président de la République joue gros lors de cette intervention : rien de moins que sa capacité d’action pour la suite de son quinquennat… qui, rappelons-le, n’a pas encore soufflé sa deuxième bougie.

A défaut de savoir où on va – Le Monde rapportait récemment que même les poids lourds du gouvernement ne savent rien des intentions du locataire de l’Élysée – depuis plusieurs jours, chacun y va de sa petite priorité dans la presse. Et jusqu’au gouvernement. De quoi influencer Emmanuel Macron ? Rien n’est moins sûr.

La justice fiscale sur toutes les bouches

En attendant, il paraît à peu près évident qu’une grande part des annonces concernera la fiscalité. La « justice fiscale » est un thème récurrent du grand débat. Mais comment ? A 20 Minutes le député ex-LREM Matthieu Orphelin veut « rendre plus progressif d’impôt sur le revenu ». Idem pour la députée macroniste Fiona Lazaar, qui veut « une entrée plus douce dans l’impôt sur le revenu ». Cela pourrait se traduire par plus de tranches.

Une préoccupation qui rejoint de nombreuses demandes venues de l’opposition, Les Républicains veut notamment « rendre de l’argent aux Français ». En clair baisser les impôts, une hypothèse probable, rien qu’à l’écoute du discours du Premier ministre, Edouard Philippe, lundi dernier, lors de la synthèse du grand débat. Et puisque le retour de l’impôt sur la fortune (ISF) paraît exclu, la contrepartie pourrait venir d’un rabotage ou d’une suppression de certaines niches fiscales. Le député Orphelin l’appelle en tout cas de ses vœux.

Réponses à la crise démocratique

D’autres mesures sociales sont attendues. Fiona Lazaar voudrait, par exemple, du « soutien pour les mères isolées ». Améliorer le paiement de la pension alimentaire aux mères célibataires fait en effet partie des mesures qui reviennent le plus chez certains élus de la majorité. La place prise dans le mouvement des « gilets jaunes » par les femmes et notamment de ces mères isolées n’y est pas pour rien.

Du point de vue de la méthode, Mathieu Orphelin insiste sur la nécessité d’une réponse à la « crise démocratique » symbolisée par les « gilets jaunes ». Il faut, d’après lui, un nouvel outil pour que le « regard citoyen » soit en contact direct avec le système représentatif symbolisé par le Parlement. « J’ai proposé la création d’une assemblée citoyenne, par tirage au sort, avec présence des corps constitués. » Une sorte de Conseil économique social et environnemental amélioré « mais qui ne doit pas être un machin de plus ».

Le retour de la proportionnelle pour les législatives

D’autres parlent d’un retour probable d’une « dose de proportionnelle » pour l’élection des députés (20 % seraient élus sur liste, contre 15 % dans un précédent projet du gouvernement). Plus surprenant : l’idée de Nicolas Sarkozy du conseiller territorial (le conseiller régional et départemental ne feraient qu’un, qui siégerait dans les deux institutions) pourrait revenir sur le devant de la scène. L’ancien président n’avait jamais pu aller au bout de sa réforme des collectivités. En revanche, on ne devrait pas entendre parler du RIC, le référendum d’initiative citoyenne, devenu slogan des « gilets jaunes ».

Autant de mesures plus ou moins attendues, et finalement pas si éloignées de la ligne macroniste. C’est-à-dire pas forcément de quoi convaincre les « gilets jaunes » ou au moins leurs sympathisants plus ou moins vagues, qui représentent toujours environ la moitié du pays, d’après les sondages. C’est pour ça qu’Emmanuel Macron serait à la recherche, d’après les observateurs, d’une surprise, d’un « effet wahou » qui marquerait les esprits.

« Renverser la table »

Matthieu Orphelin se risque à une proposition, « une grosse côte », reconnait-il, mais, d’après lui, une manière de « retourner la table » : la taxation du kérosène. Ce député de sensibilité écologiste, proche de Nicolas Hulot, ne voit pas comment il ne pourrait pas y avoir des mesures écolos dans les annonces du président. « Cette contribution est largement demandée dans le grand débat. Les gens ne comprennent pas pourquoi on augmente les taxes sur le carburant mais pas le kérosène. »

« Cela permettrait de financer les petites lignes de train et les autres mobilisés alternatives », explique le député du Maine-et-Loire, qui n’oublie pas que le rendez-vous du 17 novembre est parti de là.